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16.04.2008
Sauve qui peut ! (3)
Les limites du genre
Tout en se situant dans la droite continuation de ses prédécesseurs, Ysée-A (1970) élargit encore le cadre spatio-temporel du récit. Partant du postulat d'un univers cyclique où alterneraient phases d'expansion et de contraction, Thirion fait débuter son récit avant le Big Bang. L'empire des Tulgs est menacé par le mystérieux Glorvd. Après une fuite insensée à travers l'espace — cinq cent milliards de parsecs, une bagatelle ! —, un Tulg nommé Oen-Vur parvient sur Gmour, où l'attend Ysée-A, sa compagne. Tous deux vont dormir sur ce monde durant quelques milliards d'années, le temps que le Cosmos se contracte avant de se dilater à nouveau. Les Tulgs ayant survécu à quarante pulsations universelles, cela ne leur pose aucun problème. Quelques éons plus tard, en l'an 2370, Jord Maogan est envoyé explorer Cirva, un monde que l'on songe à terraformer. Seul problème : un sensitif-empirique a déclaré qu'il y a sur ce monde une forme de vie dotée de pouvoirs télépsychiques. Cela n'a rien d'étonnant, car Cirva n'est autre que Gmour, où dorment toujours les deux Tulgs. Ysée-A s'empare du corps de Solène, une biologiste stol, tandis que Maogan tombe sous le contrôle psychique d'Oen-Vur, qui conserve sa forme d'oeuf lumineux.
Délicieusement paranoïaque — mais on le serait à moins dans sa situation —, celui-ci craint que l'humanité ne soit contrôlée par un Tulg qui se serait réveillé avant lui ; il ne peut imaginer que sa race a disparu. Lorsque Maogan et Sloène/Ysée-A — qui est tombée en catalepsie — reviennent sur Terre, ils sont pris en charge par l'Organisation Mondiale de Sécurité Sidérale, que dirige Sedor-Slim-Helsingborg, un mutant au nom pas plus improbable que d'autres. Celui-ci ne tarde pas à découvrir des incohérences dans le rapport de l'astronaute. Confronté à Oen-Vur, qui lui propose de s'associer pour prendre le pouvoir, il refuse et tente de le détruire. Ysée-A parvient à fasciner la planète entière - sauf Jord Maogan qui, se rappellant soudain ce qui s'est passé sur Cirva, décide que le moment est venu de fuir. Pour ce faire, il s'entoure d'animaux extraterrestres indestructibles, conçus à l'origine pour servir de réceptacles aux Tulgs. « Ce qu'Oen-Vur parvenait à réussir sur un être humain — imposer sa pensée et sa personnalité — Jord Maogan pensait y parvenir sur des êtres au cerveau vierge. Se projeter à l'extérieur d'eux-mêmes était une pratique courante chez les mutants et Maogan en savait largement assez à ce propos pour réussir l'opération. » La ficelle typique de la littérature populaire, qui consiste à tirer un personnage d'une situation insensée par le biais d'une pirouette, débouche sur une scène délirante, où les animaux en question — dont l'aspect n'a rien d'humain — parlent et agissent comme Maogan. Le côté absurde de la situation finit par dérégler les robots de garde, que le commodore se fait un plaisir de détruire. Après une conversation avec l'image holographique d'Ysée-A, il s'envole jusqu'au Tibet entré en rébellion, où il ne trouve qu'un champ de ruines. Tiré d'affaire par les Nerviens, des humanoïdes refusant le joug des Tulgs, il leur sert d'appât pour attirer Oen-Vur, qui tombe dans le piège. Comprenant que la partie est perdue, Ysée-A s'endort à bord d'un vaisseau qui part pour une lointaine galaxie, où elle a rendez-vous avec son compagnon. Celui-ci s'enfuit de son côté, poursuivi par les Nerviens, qui ne sont à eux tous qu'une partie de Glorvd, le créateur des Tulgs. Quant à ces derniers, il se révèlent être des robots conçus pour le plaisir de la chasse à courre. Nous sommes bien peu de choses.
Sterga la Noire (1971) s'ouvre en prologue sur l'errance inexpliquée d'un homme sans mémoire dont le vaisseau s'est écrasé sur un monde sauvage. Aldenor 6, une planète peuplée de proscrits, est voisine de Sterga, un monde industriel appartenant au puissant consortium Mac Dewitt. Les femmes d'Aldenor venaient sur Sterga, s'y mariaient, puis entraînaient leur mari vers leur monde natal. Les trois croiseurs rapides envoyés pour régler le problème ayant disparu - ainsi que la planète elle-même, à en croire les dires des gens d'Infinite Point -, Maogan est parti pour tenter de percer le mystère, et son dernier message laisse supposer qu'il est devenu fou, ou est mort, ou les deux. Le narrateur, Stephan Drill, membre de la « promotion Dwianoukwadar » — dont le nom, une fois de plus impossible, a été choisi par Dortwich, le chef de la Force Cosmique —, part pour Sterga où il découvre la devise de la Mac Dewitt : « Tout ce qui est bon pour la société Mac Dewitt est bon pour la Confédération. » Comme il est impossible de dépasser la vitesse de la lumière au voisinage d'Aldenor 6, la traversée dure deux ans et demi. Mais sur les trois vaisseaux de l'expédition, seul le Farfadet atteint sa destination. Les deux autres sont détruits au début du voyage par de mystérieux agresseurs, eux-mêmes anéantis par un astronef que Dortwich a chargé de protéger ses hommes. Il semble que Douglas M. Bullitt, le maître de Sterga, n'ait pas envie que l'on apprenne ce qui se passe dans le système d'Aldenor. En cours de route, le Farfadet découvre l'épave d'un navire de guerre de la Mac Dewitt, ainsi que la preuve que les gens de Sterga ont massacré la population aldenorienne. Mais une étrange "chose" semble les avoir vengés. Alors qu'il pilote l'épave pour la ramener au port le plus proche, Kurt devient fou et s'éloigne au milieu d'une tempête radio-électrique. Stephan Drill est donc seul lorsqu'il aborde sur un astéroïde sinistre, Infinite Point. L'espace de quelques chapitres aux titres évocateurs, le space opera cède le pas à une curieuse ambiance mi-rêveuse, mi-désenchantée. « Et ce qui me frappa, ce fut la rose. L'homme avait une rose sur son bureau. Une seule rose ! J'ai déjà vu des fleurs de toutes sortes. Les géantes rouges de Fwor qui dévorent des tonnes de viande, les cahams de Rustrel qui s'étendent sur soixante millions d'hectares et les petites fleurs des champs qui poussent sur les toits des buildins de Svorlowsk et d'ailleurs. J'ai même vu des roses, mais une seule rose dans un vase ! Je n'avais jamais imaginé, non ! » Cloué au sol par manque de carburant, Stephan rencontre la fascinante Alioutcha, se met à boire et à faire d'étranges rêves. Il y visite une cité rose, où sa compagne lui raconte les horreurs perpétrées par la Mac Dewitt et lui révèle qu'il est un mutant envoyé sur Terre pour y recevoir son éducation. Il existe en effet sur Aldenor 6 une race ancienne d'hommes-chats qui se sont métissés avec les colons terriens. Après bien des doutes et des souffrances, Stephan finit par accomplir sa mutation. Alioutcha l'entraîne alors sur Terre — les Aldenoriens ont en effet le pouvoir de voler dans l'espace à des vitesses bien supérieures à celles de la lumiètre, bien évidemment sans scaphandre ! — pour essayer de sauver Dortwitch, lui aussi métis de Terrien et d'homme-chat. Ils échouent et celui-ci se suicide. Ils mettent alors le cap sur Sterga, où ils découvrent l'existence des terribles robots-méduses, capables de triompher des illusions qui sont la meilleure défense de leur peuple. Ils apprennent aussi que Jord Maogan, que la Mac Dewitt retenait prisonnier, s'est évadé. Le couple parvient à l'aider dans sa fuite au cours d'un combat qui tient du morceau de bravoure. Séparé d'Alioutcha, Stephan erre à travers l'espace et le temps — et retrouve Dwianoukwadar, la Cité Bleue où son peuple vivait autrefois, détruite des millions d'années plus tôt par les Dongars, ancêtres de l'humanité contemporaine. Sterga, quant à elle, sera bien entendu vaincue. Dans le rapport final de Maogan, qui clôt le roman, on apprend que la Mac Dewitt convoitait Aldenor à cause du minerai des waal, qui permet de fabriquer un explosif surpuissant : la bombe-soleil - jadis employée par les Dongars pour anéantir Dwianoukwadar.
La citation de Platon qui ouvre Le Secret d'Ipavar annonce un texte où l'illusion joue à nouveau une place importante. Ce n'est pas tout à fait le cas, même si des visions hallucinées traversent le roman. Narada et Urgalek explorent Ipavar, une planète abandonnée depuis cinquante mille ans. Séparé de sa maîtresse, Urgalek tombe sur une bande de Vengeurs dirigée par Torle. Ce dernier disparaît, comme Narada, devant une étrange porte-miroir. Les Vengeurs repoussent un assaut de la police et apprennent que Torle n'est pas humain. Il s'avère bientôt qu'il a été le dernier roi d'Ipavar et que Wincha, son épouse remplacée depuis par Narada, a décidé de les traquer où qu'ils aillent. Empruntant la porte-miroir, Urgalek et elle se retrouvent au sein d'une immense sphère tapissée de miroirs qui donnent sur une myriade d'univers parallèles. Ils essayent de nombreuses portes, avec des fortunes diverses. Il semblerait que Torle veuille devenir immortel et créer un empire qui s'étendrait sur des milliers de lignes historiques. Après diverses scènes d'action mal reliées entre elles - peut-être pour donner la sensation que les personnages tâtonnent -, Wincha et Urgalek apprennent que Torle combat les Visqueux, des "suppôts du passé", vampiresse nourrissant de la terreur humaine. La reine répudiée décide de favoriser leur victoire pour se venger de son époux et de la maîtresse de celui-ci. Utilisant la sphère, elle déchaîne la violence et la destruction sur tous les plans de réalité qui lui sont accessibles. Le roman s'achève dans la confusion la plus totale et l'on apprend, avec une certaine indifférence, qu'Urgalek n'est autre que Jord Maogan.
18:13 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, anticipation, fleuve noir, space opera, louis thirion, extraterrestres, van vogt



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