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06.07.2007
Science-fiction 2001 : Mort et renaissance du futur (2)

Le futur en ligne droite
Les premiers ouvrages de proto-science-fiction sont apparus au début du XVIIe siècle, avec la première révolution industrielle.
Les premiers ouvrages de science-fiction proprement dite ont été écrits à la fin du XIXe siècle. Le genre s'est constitué et développé pendant toute la durée du XIXe et du XXe. Son imaginaire s'est propagé dans de nombreux médias, dont le cinéma, les jeux vidéo et les jeux de rôle, la publicité, le design et la mode.
Mais aujourd'hui, sa forme littéraire la plus profonde, la plus achevée, n'est vraiment connue et appréciée que d'une minorité de lecteurs.
On se trouve donc devant le plus étonnant des paradoxes, où un genre littéraire qui a produit des images qui se sont répandues partout dans la société est pour ainsi dire inconnu de celle-ci.
Mais cette contradiction n'en est peut-être pas une. La naissance de la science-fiction en tant que genre est inséparable de la naissance des notions d'avenir et de progrès. Or, s'il est des notions qui emportent à la fois l'enthousiasme et le rejet, ce sont bien celles-ci — et ce d'autant plus qu'après tout, la notion de progrès est fort récente.

En effet, de quand date cette idée qu'il y a un avenir, un futur, vers lequel le monde se dirige et dans lequel on peut situer des œuvres de fiction ? Eh bien, des Lumières, de Voltaire qui disait « Le paradis, c'est là où je suis. » Ce qui permet à un essayiste et journaliste conscient de l'importance de cette notion de progrès pour notre civilisation de dire qu'on « a trop oublié que le thème du progrès […] procédait d'une interprétation judéo-chrétienne du temps : le temps défini comme une “flèche” orientée par opposition au temps cyclique ou circulaire des cultures païennes […]. » (2)
Historiquement, l'existence d'un genre littéraire nommé science-fiction n'est devenue possible que lorsque les hommes ont pensé que le temps pouvait être orienté en ligne droite vers le futur. La science-fiction n'a émergé que lorsqu'ils ont conçu que la force principale de compréhension et de transformation de leur monde était la technoscience. Elle s'est pleinement développée lorsque des auteurs, des poètes, se sont mêlés de jouer avec ces concepts. Mais, toujours selon Jean-Claude Guillebaud, nos sociétés, en cette fin de millénaire, auraient perdu le « sens du futur » : « Les choix monétaires (équilibre des comptes, taux d'intérêt élevés, stabilité, etc.) correspondent à un dynamisme au jour le jour qui postule — pas toujours, mais souvent — une dépréciation de l'avenir le plus lointain, du moins en terme de volonté agissante, de civilisation et d'espérance. » (3) Selon lui, le consumérisme, les crises économiques, le chômage, le doute quant aux valeurs à transmettre par des générations traumatisées par les échecs de deux siècles passés, auraient engendré un grand désenchantement. À l'heure du marché mondial et d'Internet, le citoyen mondialisé se sent submergé par un déluge d'objets et d'informations dont il sait d'autant moins quoi penser qu'on lui répète à l'envi que tout cela est trop compliqué pour être compris du commun des mortels.
« Par tous les bouts, dit Jean-Claude Guillebaud, le temps long est congédié, le futur nous échappe, il file entre nos doigts […] c'est sans délai qu'il faut acheter, consommer, jouir ! […] Nous ne sommes plus portés par une représentation du futur, mais emportés par une impatience obligatoire. » (4]
Ainsi donc, alors que nous changeons de siècle, le futur n'aurait plus droit de cité. Il n'intéresserait plus personne.
Sylvie Denis
(2) Jean-Claude Guillebaud, La Tyrannie du plaisir (Seuil).
(3) Ibid.
(4) Jean-Claude Guillebaud, La Refondation du monde (Seuil).
10:43 Publié dans Sylvie Denis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, Internet, littérature, futur, avenir, Jean-Claude Guillebaud



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