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18.07.2007
Science-fiction 2001 : Mort et renaissance du futur (3)

La bulle de présent
C'est un fait : plus les scientifiques étudient l'homme et le monde, plus il devient difficile de se tenir au courant de leurs découvertes. Les médias se développent, mais il n'y a toujours que vingt-quatre heures dans une journée pour lire les journaux, regarder la télé, surfer sur le web, aller au cinéma, au théâtre ou au concert. Pour qui s'y intéresse, notre époque semble d'une richesse et d'une complexité telles qu'il peut paraître impossible de la décrypter. L'idée est dans l'air du temps avec celle de l'inanité de toute chose, y compris de l'avenir.
« Le réel est énorme, hors normes par rapport à notre intelligence. » (Edgar Morin.) Ce réel « énorme », je l'ai appelé « bulle de présent » dans un article consacré aux Racines du Mal (5).
Dans ce roman, la « bulle de présent » était inscrite dans le temps du déroulement de l'action : du début des années 90 à 2020. Cette perception du présent avait été exprimée pour la première fois dans Neuromancien, de William Gibson, et dans les nouvelles qui l'ont précédé. Contrairement à ce que l'on a pu dire, Neuromancien n'est pas un livre dans lequel des hackers s'affrontent dans le cyberspace ; c'est aussi un monde dominé par les multinationales où les personnages définissent leur identité par rapport aux objets et aux marques qui les entourent. Conserver les noms de ces marques constitua de la part de William Gibson une rupture fondamentale par rapport à la science-fiction des décennies précédentes (6).
En effet, dans un roman de SF, les noms créent le monde. Littéralement. Conserver les noms des compagnies et des marques, c'était signifier que ce monde existait en prolongment direct du nôtre. C'était sous-entende qu'il fonctionnait comme le nôtre, que les règles y étaient les mêmes.
Qu'il se déroulait, en fait, non plus dans le futur en ligne droite des décennies passées, mais dans la bulle de présent.
Neuromancien a marqué un tournant dans l'histoire du genre — il est tout à fait logique qu'il ait été lu par des gens que le genre n'intéressait pas.
Sylvie Denis
(5) CyberDreams 04, DLM, octobre 1995.
10:19 Publié dans Sylvie Denis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, Internet, littérature, futur, avenir, cyberpunk, William Gibson



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