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07.07.2007

Rama (4)

298852a4eb32d0cdbd2a48d44bba2b2e.jpgUne descendance prolifique

    Après Rendez-vous avec Rama, les Big Dumb Objects se sont multipliés dans le champ science-fictif, peut-être parce qu’ils offraient un moyen de renouveler aisément le thème fascinant du peuple extraterrestre disparu qui a laissé derrière lui des artefacts mystérieux. De La Grande Porte (12) de Frederik Pohl à l’astéroïde voyageur du dyptique constitué par Éon et Éternité (13) de Greg Bear, de la tour énigmatique explorée par les personnages de Diamond Dogs (14) d’Alastair Reynolds à la sphère de Dyson qui se trouve au cœur du cycle d’Omale (12) de Laurent Genefort, ces objets « stupides » ont pris des formes et des significations très différentes les unes des autres. J.G. Ballard lui-même, dans « Rapport d'exploration concernant une station de l'espace non identifiée » (15), s’est essayé à l’exercice, avec pour résultat un texte tout à fait étrange où le Big Dumb Object, dont la taille ne cesse d’augmenter à mesure que ses explorateurs progressent, se révèle être l’univers tout entier, rien de moins !
    Clarke, quant à lui, continue à jouer son rôle de propagandiste de l’expansion humaine à travers l’espace, avec notamment Les Fontaines du Paradis (16) et La Terre est un berceau (12), en collaboration avec Gentry Lee. Si le second, en dépit de son magnifique titre français tiré d’une citation de Tsiolkoowski, demeure anecdotique, le premier mérite qu’on s’y arrête. Le roman décrit en effet un projet monumental : la construction d’un ascenseur orbital. Cette idée d’un satellite géostationnaire relié à la Terre par un câble permettant à des navettes de circuler de l’un à l’autre a été formulée au début des années 1960 par divers scientifiques, dont Arthur C. Clarke lui-même, mais ce n’est qu’à la fin de la décennie suivante que celui-ci l’exploite sous une forme fictionnelle.
9abd5da270794e36844f721a343584e0.jpg     Les Fontaines du Paradis constitue en quelque sorte l’exacte antithèse de Rendez-vous avec Rama. Si le roman possède une dimension métaphysique, elle ne naît pas de l’artefact lui-même et du mystère suscité par son existence, mais de sa réalisation. Vannevar Morgan, le concepteur de ce pont vers les étoiles, est un ingénieur, un bâtisseur, un de ces hommes qui osent et qui vont de l’avant en dépit des obstacles, des contraintes et des échecs provisoires. Sa détermination n’est pas sans rappeler celle de Delos Harriman, L’homme qui vendit la Lune (16) de Robert Heinlein, ou mieux encore, celle de l’architecte étatsunien Frank Loyd Wright tel que King Vidor le montre dans Le Rebelle en 1948 : un personnage inspiré et obstiné, porté par un projet si grandiose qu’il transcende sa propre existence.
    C’est grâce à ce genre d’individu, paraît vouloir nous dire Clarke, que l’espèce humaine parviendra un jour à construire ses propres Big Dumb Objects. De fait, l’ultime scène du livre présente un artefact nettement plus impressionnant que Rama : un anneau-ville orbital ceinturant la Terre.
 
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    Il me semble que ce fruit magnifique du génie humain annonce ce que seront les suites de Rendez-vous avec Rama. Puisque de telles réalisation sont — ou seront un jour — à notre portée, ne convient-il pas d’expliquer le mystère représenté par ce cylindre de métal et son contenu ? Mais l’énigme en question est si immense, si démesurée, si cosmique qu’il faudra trois livres supplémentaires pour en venir à bout, avec en outre l’aide de Gentry Lee, également co-auteur de La Terre est un berceau. Et, paradoxalement, les révélations qui se succèdent au sujet de la nature de Rama, ainsi que sa réduction à un ensemble de concepts qui n’ont plus rien de métaphysique, ne parviennent pas à en détruire le charme initial, ni la fascination exercée par cet objet gigantesque dès son arrivée dans notre système solaire.
    Expliquer n’est pas détruire et, s’il y a une leçon à tirer de cette tétralogie, c’est peut-être que l’expression « Big Dumb Object », derrière son aspect ironique, contient une subtilité sémantique, imperceptible à première vue, qui lui donne pourtant tout son sens.
    Ce ne sont pas les Big Dumb Objects qui sont stupides, mais nous qui sommes trop stupides pour les comprendre.

 

Roland C. Wagner

 


 
    (12) J'ai lu.
    (13) Le Livre de poche.
    (14) In Diamond Dogs, Turquoise Days, Pocket.
    (15) In Fièvre guerrière, Stock.
    (16) Folio SF. 

Commentaires

Ah, Diamond Dogs, Turquoise Days, qu'est-ce que c'est bien !
J'ai quand même une ou deux remarques. D'abord, à propos de l'ascencseur spatial, je crois qu'il n ne faut pas oublier le concurrent de Clarke, Sheffield, et son roman La toile entre les mondes, qui nous montre non seulement un ascenseur spatial, mais aussi un satellite artificiel rempli d'eau, pour assurer une certaine isolation contre les radiations solaires.
Enfin, concernant les big dumb objects, qui sont quand même le coeur de tout ça, ils me font l'effet d'être un sous-genre, avec toute la diversité de qualité que ça peut impliquer. Car si les romans cités ici sont assurément de qualité, il y a à côté quelques (et même beaucoup plus) romans moins intéressant où on se demande d'une part ce que peut bien être le truc que nous présente l'auteur, mais aussi si il sait vraiment ce qu'il veut nous montrer. Je pense par exemple à Manhattan Transfert, de John Stith.

Ecrit par : Nicolas Delsaux | 08.07.2007

Salut, je voulais pas trop laisser de commentaire sur ac Clark, car ce que je préfère dans la sf c'est les idées. (Dick, egan, gibson, jeury, jouanne, damasio...) mais j'arrivais pas a mettre un commentaire sur l'article sur le livre de dantek, déjà plus proche de mon univers. J'ai bien apprécié, jardin virtuel, je suis moins fan des livres de wagner, même si j'apprécie la psychosphère très monde totem wakana, je préfère sa musique dans brain damage d'ailleurs suis aussi sur dogmazic http://www.dogmazic.net/Le_Colibri_Necrophile
... ... ...
C'est pourquoi cela me ferait plaisir que vous puissiez lire mes nouvelles http://archonirique.free.fr/edend.htm
http://morne.free.fr/celluledessites/INFINI/Infini.htm
Un conte aussi sous un autre nom
http://morne.free.fr/celluledessites/Subversix/Oeuil9.htm

Merci.

Ed end.

Ecrit par : Ed end | 03.08.2007

Il me semblait pourtant que Clarke est un auteur typique de la SF "d'idées". Inversement, je ne vois pas ce que Damasio vient faire dans la liste, vu qu'il n'y a pas d'idées de SF dans la Horde (normal : c'est un roman de fantasy) et que celles de la Zone sortent tout droit de la SF politique des années 70 revisitées SF populaire politique des années 80.

Maintenant, si tu voulais parler d'idéologie, je suis d'accord avec toi.

Je vais aller écouter ton groupe au nom si sympathique.

Ecrit par : Roland C. Wagner | 03.08.2007

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