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31.12.2007

Stephen Baxter (3)

0313675b12690ff17fe3a8763a6df723.jpgTITAN

J'AI LU Millénaires

2001

 

    Ancrer son récit dans le futur proche comporte une certaine prise de risque : depuis la première édition de ce roman, la sonde Huygens de la mission Cassini s'est posée sur Titan ; elle a fonctionné bien plus de six minutes à la surface, qui n'était pas exactement celle de "crème brûlée" prévue par les scientifiques. Déjà, dans sa postface de janvier 1997, Stephen Baxter reconnaissait avoir été rattrapé par l'actualité avec la mort prématurée de Carl Sagan. Il n'empêche : raconter la catastrophe de la navette Columbia, même si les circonstances diffèrent, montre que Baxter maîtrise son sujet avec brio. Depuis la rédaction du roman, les Chinois sont bien allés dans l'espace. Mais alors que l'actuel président projette une reconquête de la Lune, et celle de Mars, le Texan ultra conservateur qui préfigure George Bush, en accélérant l'instabilité politique mondiale, met fin aux ambitions spatiales des U.S.A.. Ces menues obsolescences n'obèrent donc en rien les qualités du roman, pathétique récit d'une dernière mission héroïque sur un satellite éloigné, Titan, tant son souci de réalisme apparaît dans chaque détail, ni ne retire rien à son analyse d'un monde trop soucieux de sécurité et de rentabilité pour conserver la moindre fibre aventureuse.
    L'analyse économique du système de la NASA, avec son refus de concevoir des modèles économiques, l'éviction de McDonnell Douglass et de son lanceur bon marché, les surcoûts induits par les menues améliorations augmentant la dangerosité des appareils, est d'une rare pertinence et pourrait être exportée vers d'autres domaines. Devançant le démantèlement de la NASA, Hadamard confie à l'astronaute Paula Benacerraf le soin de monter une mission vers Titan, en récupérant les vieilles fusées du programme Apollo mises au rebut alors qu'elles sont encore fonctionnelles ou réparables. C'est dans ce contexte de restrictions budgétaires et d'instabilité politique que s'envolent cinq aventuriers pour un voyage sans retour, davantage justifié par la possibilité de retraiter les composants de Titan en éléments nutritifs et en matériaux exportables vers la Terre que par la recherche de précurseurs de la vie dans la soupe chimique du satellite de Saturne.
    Le récit, où le moindre incident se transforme en catastrophe, maintient un suspense constant. Les efforts des astronautes livrés à eux-mêmes suscitent d'autant plus l'admiration qu'ils paraissent pathétiques et voués à l'échec. La fragilité de la vie terrestre n'en devient que plus que évidente et si ce roman-catastrophe bien dans la veine anglo-saxonne s'achève par une surprenante partie laissant entrevoir un espoir, il ne conclut pas moins sur un pessimiste bilan des capacités de l'humanité à se débarrasser de ses démons et à l'aller de l'avant. Titan est, par bien des aspects, un roman de hard science d'une force rare.

 

Claude Ecken

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