22.09.2008
Who watches the Watchmen?
En ce jour où l'Assemblée nationale française doit se prononcer sur — et, on peut toujours rêver, contre — le maintien de la présence française en Afghanistan, voici pour mémoire un texte écrit pour La Spirale au lendemain de la chute des tours.

L’Anglais Alan Moore, scénariste de comics, est l’auteur d’un remarquable roman graphique The Watchmen (Les Gardiens), paru au milieu des années 80. Dans un univers uchronique - c’est à dire où l’Histoire a suivi un chemin différent de ce que nous connaissons, les USA étant notamment en train d’envahir l’Afghanistan après avoir gagné la guerre du Vietnam, un milliardaire simule une attaque extraterrestre dans le but d’unifier l’Humanité contre un péril extérieur imaginaire afin d’éviter une guerre nucléaire.
Et la cible de l’attaque est Manhattan. Bien entendu.
Cet exemple tiré d’une bande dessinée peut paraître futile lorsqu’on pense au grand spectacle tout aussi ahurissant que meurtrier de ce matin du 11 septembre ; il n’en est rien, car nous sommes en présence de ce qui pourrait bien être les premiers attentats postmodernes, c’est à dire dont l’aspect esthétique, l’écriture visuelle et symbolique manipule toute une série de référentiels codés et très typés.
Ceux qui les ont commandités, quels qu’ils soient, ont en effet instrumentalisé la mythologie étatsunienne dans le cadre de l’accomplissement de leur crime. Ils se sont attaqués à des symboles des USA, du capitalisme, de la mondialisation, de la démocratie, tout ce que vous voudrez : les mots ne recouvrent qu’imparfaitement les symboles, et ils l’ont fait de la manière la plus spectaculaire, la plus cinématographique, la plus hollywoodienne qui soit.
Procurant à une poignée de cameramen amateurs l’occasion de filmer ce qu’on pourrait qualifier de snuff movie accidentel puisque des êtres humains ont été sacrifiés délibérément pour que ces bandes puissent être tournées, et diffusées en boucle dans le monde entier.
Car, au-delà de l’hécatombe qu’ils ont provoquée, et qui ne peut que frapper les esprits par son ampleur, ces attentats ont visiblement été conçus pour l’image. Et notamment pour ces vidéos d’avions de ligne percutant deux des plus hautes tours du monde, appelés à devenir, si elle ne le sont déjà aussi célèbres que l’explosion de la navette spatiale Columbia.
Sinon plus. Car, cette fois, les images en question ont été créées intentionnellement.
Voilà ce qui finit par arriver lorsqu’on inonde le monde entier de ses fantasmes, ils finissent par vous revenir en pleine face au moment où l’on s’y attend le moins, manipulés de surcroît par des gens qui ne vous portent pas dans leur coeur. Certaines personnes n’ont aucune reconnaissance.
Le pire, c’est que, si la planète n’a pas sauté entre-temps, on ne risque pas grand-chose à parier qu’Hollywood va nous en faire un blockbuster. Avec Bruce Willis et Arnold Schwartzenegger, un dans chaque tour.
Mais au-delà de cet aspect disons esthétique, de cette mise en scène effroyable destinée à frapper l’opinion publique mondiale jusque dans les couches les plus profondes de son inconscient, il paraît clair que ces attentats ont également été conçus en vue de susciter une réaction. Une réaction précise. Et le tour pris par les événements laisse craindre que George Bush Jr. ne soit précisément le président idéal pour affronter une telle crise, du point de vue des terroristes, s’entend.
Il va réagir comme « on » le désire.
Et se jeter tout droit dans le piège, entraînant avec lui autant de monde que possible, OTAN, Russie, ce ne sont pas les va-t’en-guerre qui manquent !
Sinon, à quoi bon monter une opération pareille ?
Ce n’est pas parce que les USA viennent d’être victimes de l’acte terroriste le plus meurtrier de leur histoire que leur président et le gouvernement qui l’entoure sont soudain devenus plus compétents ou respectables que la veille ou l’avant-veille ; la tragédie qui frappe le pays qu’ils dirigent ne les a pas rendus meilleurs ; il ne faudrait pas que la pitié et la compassion nous aveugle au point de les suivre jusqu’en Enfer.
Ou en Afghanistan. Comme dans les Watchmen.
Roland C. Wagner
Mickeyville, le 13 septembre 2001
14:33 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, atentats





Joseph Altairac





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