25.01.2009

Voici l'homme

at169.jpgL'Atalante, 2001

Behold the man, 1968

 

 

L'intrigue de ce roman est suffisamment connue (il s'agit davantage d'imprégnation que de succès littéraire, l'ouvrage étant indisponible en France depuis près d'un quart de siècle) pour être présente dans tous les articles traitant des paradoxes temporels : Karl Glogauer, désireux de rencontrer le Christ, s'aperçoit que nul prophète n'est apparu et finit par être crucifié en son nom et lieu.

Ce paradoxe serait resté anecdotique si Moorcock n'en avait profité pour livrer une réflexion sur les fondements de la religion et ses rapports avec la sexualité. Ayant reçu une éducation religieuse sévère, axée sur une morale rigide exploitée de façon perverse, Glogauer est un agnostique qui se cherche une identité, épousant modes et courants de façon chaotique, un masochiste prompt à s'apitoyer sur son sort, un mystique sans religion. C'est bien parce que Glogauer se demande qui il est qu'il devient apte à jouer le rôle que les circonstances lui assignent. Le baptême manqué de Jean-Baptiste ne l'investit pas d'une dimension divine mais le vide de son identité humaine, condition par laquelle il lui est désormais possible de franchir les étapes qui le feront Fils de Dieu.

Son intronisation est l'objet d'un malentendu. Parce qu'il cherche Jésus de Nazareth, ceux qui l'ont recueilli comprennent qu'il se nomme ainsi. Poussé par des opposants au joug romain, Glogauer n'accomplit sa destinée messianique que par défaut. Moorcock montre comment la vacuité des prophéties les comble de rencontres et d'événements hasardeux propres à les nourrir et les renforcer.

Outre l'aspect fortuit de la naissance du Christianisme, bien des passages paraîtront impies : Marie se console dans les bras de nombreux hommes, les croix deviennent symbole de sexualité : elles sont d'argent pour les femmes, de bois pour les hommes, passages qui vaudront à Moorcock nombre de lettres d'insultes. Il n'y a pourtant pas dans son roman de volonté de blasphémer, mais de dénuder les fondements des pulsions mystiques, introspection psychanalytique à la recherche d'une vérité qui, si elle abolit Dieu, le remplace par l'homme. Ce n'est pas non plus un hasard si Glogauer se prénomme Karl...

 

Claude Ecken

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