20.09.2009
Futurs du passé
Casus Belli n° 85, février-mars 1995
Je ne vous apprendrai rien en disant que la SF n'est pas un genre exclusivement anglo-saxon. En France, par exemple, il existait jusque dans les années 20 une vigoureuse tradition d'exploration des futurs possibles, comme l'a montré Jean-jacques Bridenne dans son étude, La Littérature française d'anticipation scientifique. Outre Jules Verne, les noms de Gustave Le Rouge, J.-H. Rosny aîné ou de Jean de la Hire viennent spontanément à l'esprit, mais ils n'étaient pas seuls, loin de là !
La collection "Le Passé du Futur" entend présenter des textes souvent introuvables d'écrivains en général oubliés, mais aussi de vedettes du genre. À tout seigneur, tout honneur, deux Jules Verne sont déjà parus : le parodique Sans dessus dessous (1889) où l'on retrouve, caricaturés, les personnes de De la Terre à la Lune, et La Chasse au Météore (1908) restauré dans sa version d'origine (1). Maurice Leblanc, le créateur d'Arsène Lupin, est lui aussi au programme avec Le Formidable Événement (1921), un roman cataclysmique où le fond de la mer se soulève, reliant par un isthme la France à l'Angleterre. Les Vacances de M. Dupont, de Maurice Renard réunir une novella et trois courtes nouvelles absentes de l'édition des romans fantastiques de cet auteurs dans la collection "Bouquins", tandis que Force ennemie (1903) de John-Antoine Nau n'est autre que le premier pris Goncourt décerné à une époque où l'intelligentsia parisienne ne dédaignait pas les œuvres conjecturales.
Le Sceptre volé aux hommes (1930) d'Henri-Jacques Proumen, roman mythique contant la confrontation de l'espèce humaine avec la race appelée à la supplanter (2), n'avait jamais été réédité ; pas plus que L'Horloge des siècles (1902), une histoire de temps inversé avant la lettre, signée de l'illustrateur-écrivain Albert Robida Enfin, j'ai gardé pour la bonne bouche La Fin d'Illa (1925) un roman cauchemardesque qui, non centent de préfigurer le nazisme et ses horreurs, est aussi l'un des premiers textes à mentionner l'arme nucléaire. Si vous devez n'en lire qu'un seul, que ce soit celui-là. Il a merveileusement supporté l'épreuve du temps et ne demande qu'à être adapté par un MJ à la recherche d'une ambiance particulièrement inhumaine : rien n'est gratuit dans l'implacable marche vers l'épouvante des protagonistes. Les autres titres recèlent, quant à eux, de nombreux détails qu'il est possible d'exploiter dans le cadre de parties se déroulant dans le premier quart du XXe siècle — et même pour L'Appel de Cthulhu !
(1) Les précédentes éditions des romans posthumes de Verne avaient en effet été abondamment réécrites par son fils, sous la pression de l'éditeur.
(2) Et dont B.R. Bruss s'est pet-être inspiré pour son Apparition des surhommes, paru après-guerre..
09:41 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, france, vieille sf, littérature





Joseph Altairac





Commentaires
Et un pdf de plus sur la liste de lecture, un ! ;)
La fin d'Illa est disponible ici : http://tinyurl.com/mdzwzo
(livre dans le domaine public, d'après le site)
Ecrit par : roussard | 22.09.2009
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