21.10.2009
Perdido Street Station
China Miéville
Fleuve Noir, 2003
Perdido Street Station, 2000
La gare de Perdido est le pivot du réseau ferré de la Nouvelle-Crobuzon : ses trois rivières, ses multiples quartiers grouillant d'humains et de races étrangères, sa milice impitoyable, ses industries, ses commerces et ses dépotoirs... Au cœur du roman, un couple réprouvé mais passionné : Isaac, scientifique humain franc-tireur et Lin, sculptrice Khépri (corps humain surmonté d'un scarabée géant). Scandalisant les bienpensants, ils vivent parmi des intellectuels bohèmes, tentés par la résistance clandestine. Leurs vies commencent à basculer quand Isaac reçoit la visite d'un Garuda amputé de ses ailes en quête de ses envolées perdues, et Lin une commande d'un des principaux chefs mafieux de la ville. Par inadvertance, Isaac met la main sur un spécimen immensément dangereux, clé d'un trafic illicite entre les caïds de la drogue et la municipalité corrompue. Tandis que des monstres rôdent dans la cité, nos protagonistes doivent prendre la fuite en compagnie d'alliés inattendus.
Elle ne lui ressemble dans aucun détail, mais la Nouvelle-Crobuzon est Londres, avec son réseau de transport, sa superposition foisonnante de quartiers et de communautés, ses dockers en grève, jusqu'à un Jacques l'Énucléeur. L'action violente prend son temps avant de démarrer, et je me suis délecté des descriptions de la vie urbaine. Miéville accumule les détails baroques et les créatures étonnantes (diablotins volants semi-intelligents, amphibies pratiquant la sculpture sur eau...), mais n'oublie pas les marchés et les universités. Lin est issue d'une famille de bigotes khépris du ghetto le plus miséreux, soumises aux mâles de l'espèce (de gros insectes dépourvus de toute intelligence). Avant de se mêler à la société multiraciale à majorité humaine, elle est passée par un quartier khépri plus prospère, mais tétanisé par le nationalisme. Et elle ne sait plus lequel elle rejette le plus. Quand on se représente que les Khépris sont (essentiellement) des femmes dont le visage est masqué par un insecte noir, on peut transposer à la société contemporaine...
Si Miéville pétrit un univers qui relève stricto sensu de la fantasy (comme c'était le cas des ouvrages « SF » de Serge Brussolo), sa finesse et sa souplesse dans la description sociale le rapprochent de la SF. Et l'auteur, comme son Isaac, approche l'irrationnel comme réductible au raisonnement, sur lequel on peut agir à condition d'avoir les théories et les outils idoines. Si la technologie décrite dans le livre est un mélange biscornu et suranné de vapeur, de dynamos et d'éclairage au gaz (emblématique du XIXe siècle en Angleterre), cela lui permet de replonger dans l'état d'esprit de la SF des débuts, où l'inventeur génial pouvait, en connectant trois fils de cuivre, s'assurer la clé d'une nouvelle force de l'univers. Surtout, le livre est un hymne enthousiaste au mélange hétérogène, aux unions inattendues. Baroque et palpitant, il mérite largement les distinctions reçues dans son pays d'origine : la SF britannique nous sort un autre petit génie de son chapeau.
Pascal J. Thomas
Galaxies n°32, 2004
14:13 Publié dans Pascal J. Thomas | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, new weird, littérature





Joseph Altairac





Commentaires
J'ai beaucoup aimé ce livre et sa fin tellement dure et réaliste, son univers riches et bien construit où l'auteur nous perd ...
Ecrit par : Gromitflash | 21.10.2009
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