17.11.2009

Éon & Éternité

laffont-ad05740-1989.jpgGreg Bear

Eon, 1985

Robert Laffont,1989

 

Bear n'a jamais fait deux romans semblables ; même s'il a trouvé depuis quelques années son style, ne vous attendez pas ici à une suite à La musique du sang. Il s'agit plutôt d'un retour magistral à une SF éprouvée, celle qui joue avec les immensités du temps et de l'espace. Réussie, elle peut instiller une sorte de terreur émerveillée dans le lecteur, et ce fut mon cas pour ce livre comme quand j'avais quinze ans et lisais Van Vogt.

Tout commence quand un astéroïde visiblement aménagé par des extraterrestres se met en orbite autour de la Terre ; on découvre à l'intérieur un monde cyclindrique infini qui s'étend dans une autre dimension de l'espace et dans notre futur. La création de la Voie et de la Cité de l'Axe mérite de prendre place au panthéon des mondes imaginaires de la SF, à côté de l'Anneau-Monde de Niven et de l'Orbitsville de bob Shaw.

Dans la dimension temporelle, Bear reste beaucoup plus proche de notre monde, sur lequel pèse la menace d'une guerre nucléaire due aux errements bureaucrates de tous les pays. Sans sympathie pour l'Union Soviétique dont il a une vision nettement anti-perestroïka, Bear donne pourtant un portrait réussi du colonel Pavel Mirski, qui sait dépasser ses convictions nationalistes. De façon générale, ses nombreux personnages ne se laissent pas noyer par le paysage fantastique dans lequel ils sont plongés, et une des plus remarquables de ce point de vue est Luisa Vasquez, spécialiste de physique mathématique qui fournit au roman une héroïne inhabituelle — les Mexicains forment une importante minorité en Calimais sont plus souvent travailleurs de peine que professeurs, si la hard science n'est pas féministe, ce n'est pas faute d'essayer ! Tous les fans devraient faire leurs délices de ce livre riche en rebondissements.

 


 

laffont-ad06478-1989.jpgGreg Bear

Eternity, 1988

Robert Laffont,1989

 

Vingt ans après... la formule rendue célèbre par Alexandre Dumas a depuis été réutilisée par de quarterons d'auteurs plus ou moins populaires. Revoici donc les protagonistes de la découverte mouvementée par l'humanité du 20e siècle, siècle fou, de la Voie, univers cylindrique infini dissimulé au fond d'un astéroïde remanié. Garry Lanier et Karen Farley, reconvertis à la reconstruction de la Terre ravagée par les échanges atomiques, Olmy, toujours plongé dans la politique de l'Hexamone — maintenant en orbite terrestre — et Rhita, une descendante de Patricia Vasquez dans l'univers parallèle où cette dernière s'était retrouvée en essayant de regagner son passé d'origine depuis la Voie. Oui, il vaut mieux avoir lu Eon pour tirer de ce livre-ci un profit complet.

Et si en conclusion d'Eon la Voie avait été fermée, cautérisée même, il est une règle sans appel du roman d'aventure à rallonge qui veut que les héros en reviennent toujours, comme des mouches au miel, au péril et à l'enjeu qui avaient fait le piment des volumes précédents. La Voie sera donc rouverte, n'en doutons pas. Les seuls éléments nouveaux du roman tiennent à la description des Jartes, ennemis sans visage dans Eon, et aux passages situés dans l'univers de l'Oikoumënë, où Patricia est devenu la Sophë Patrikia Vazkayza.

Malheureusement on ne passe pas assez de temps dans l'Okoumënë pour apprécier ce qui le différencie d'un démarquage d'antiquité hellénistique ; et les Jartes, s'ils ne se révèlent pas aussi mauvais que l'on aurait pu le croire, avec leur aspect de blattes qui auraient inventé l'humanicide en aérosol avant nous, sont en fin de compte quand même un cliché : l'ennemi qui sacrifie tout à une idéologie et méprise la valeur de l'individualité. Ainsi la littérature populaire américaine a-t-elle décrit les Japonais durant la Deuxième Guerre Mondiale, et les Soviétiques durant la guerre froide... Bear a perdu l'effet de surprise qui donnait son punch à Eon, et quand il s'est essayé en fin de livre à des envolées transcendantes, je ne l'ai pas suivi.

Ajoutons à cela une erreur de technique littéraire : intrigue et péripéties nous sont débités en tranches de trois pages, alternant sans cesse entre trois pistes parallèles. Cette tactique du salami porte tort à un livre déjà trop long, qui finit par tristement mériter son titre.

 

Pascal J. Thomas

Commentaires

Voilà pourquoi j'aime ce blog : je n'ai jamais pu finir un Greg Bear, et pourtant en lisant ces critiques j'ai envie de réessayer.

Ecrit par : roussard | 18.11.2009

Écrire un commentaire