18/09/2009
Au fil d'une ligne de probabilité, cosmologie et chronologie (6)
La Grande Terreur primitive
Et nous voici en 2013, pour être précis le 23 mai 2013... C'est l'Apocalypse... Le chamboulement ultime. La Grande Terreur primitive. Le Psycataclysme. Celui-qui-n'est-pas-nommé, sous la forme de Dragon Rouge, se trouve en pleine possession de ses moyens, s'appuyant sur une armée de junkies, et quelque peu aidé par ce rêve de Bolgenstein, qui détermine tout, en dernière analyse. Face à lui, on a un rassemblement d'Archétypes incarnés — au rang desquels la Dame Blanche (archétype de l'héroïne, qui se fera phagocyter par Dragon Rouge...), le Rock'n'Roll, Legba (dieu vaudou des carrefours), et tant d'autres... — et d'humains — les époux Montaigu, bien entendu, mais également Hiéronimus Bolgenstein, ou Michel Viard, un psychologue ami de ce dernier. Pour ce qui est de l'affrontement final, on ne peut que l'envisager, tant les témoignages sur cette période de l'histoire sont fluctuants — psycataclysme oblige — (et aussi parce que Roland C. Wagner n'en a jamais vraiment parlé directement...). Ce qu'on peut supposer, c'est que Killer, Archétype de la Mort en Marche, devenu Tête-de-Crâne après s'être fait tatouer un crâne sur son visage, a redécouvert son statut d'enfant de la psychosphère, qu'il a affronté Dragon Rouge, en compagnie du Rock'n'Roll, et qu'ensemble ils l'ont vaincu, même si le Rock'n'Roll n'en est pas sorti indemne... « Le Rock'n'Roll a été [dispersé] pendant la Terreur. (...) Je veux dire que ses composantes n'ont pas disparu, mais qu'elles ont été séparées, éparpillées. Imaginez un Archétype comme un ensemble mathématique, né de l'union d'un grand nombre d'ensembles, dont certains appartiennent eux-mêmes à des ensembles plus vastes qui sont d'autres Archétypes... Dans le cas du Rock'n'Roll, disons que l'on a effacé son contour et que ses éléments ont retrouvé leur autonomie. » (Tekrock) Ce on correspondant à Celui-qui-n'est-pas-nommé... Tout ceci se passant dans un décor absurde de collages psychédéliques, puisque bien qu'ayant lieu dans la Réalité Consensuelle, celle-ci vient d'entrer en collision avec la psychosphère... Le seul résumé valable qu'on possède, c'est celui de Michel Viard : « Pour simplifier, je dirai que l'Armaguédon a eu lieu et que le Bien a gagné. » (La Balle du Néant) Aussi, à la fin de la Grande Terreur, chacun regagne sa place, les enfants de la psychosphère en elle, les hommes dans la réalité. Il n'y a guère que le Rock'n'Roll, trop affaibli, et risquant les foudres de Celui-qui-n'est-pas-nommé (dans le cas hypothétique où celui-ci ne serait pas tout à fait mort...), qui reste sur Terre, confié aux bons soins de l'Humanité qui oubliera vite son sauveur... Mais il y a d'autres conséquences...
Les derniers soubresauts de la bête immonde
Les conséquences du Psycataclysme sont multiples. L'une des plus remarquables est l'apparition de la Troisième Tribu... Elle est formée d'humains (aux caractères biologiques précis) (du style, une anomalie sur la huitième paire de chromosomes) qui vont perdre leur nom et leur réalité sociale au sortir de la Terreur. Ils auront encore des souvenirs de leur vie d'avant, fonctionneront très bien dans leur tête... mais ne se souviendront plus du tout de leur nom... Cela ne serait pas si grave, si TOUS les autres humains — leurs proches, les administrations... — ne l'avaient pas oublié aussi... Un peu comme si ces noms avaient été aspirés dans la psychosphère... Leurs descendants, quant à eux, seront appelés la Quatrième Tribu... Pourquoi les différencier de leurs géniteurs ? Tout simplement parce qu'ils développent un pouvoir mutant... Ils sont les homo sapiens superior...
Mais les conséquences de la Terreur ne s'arrêtent pas là ... La Bête est morte, à ce qu'il semble, ce qui a pour autre effet un assagissement considérable des humains... En effet, Celui-qui-n'est-pas-nommé était issu d'eux, mais influait également sur eux. Sa disparition de la psychosphère aurait donc pour effet de retirer du cœur humain cette tendance à la sauvagerie, à la méchanceté, au Mal... Très vite, les guerres disparaissent, les hommes n'étant plus vraiment motivés pour s'entre-tuer. Les gens vont se mettre à s'entraider, à ne plus vivre dans cet esprit de compétition basique avec leur voisin... Enfin, presque tout les gens, car c'est l'époque de l'émergence des Multinationales... Ces entreprises, la Nakimeraï en tête, vont se partager le monde grâce à un nouveau Plan Marshall Post-Terreur... Et rien que cela — l'esprit de Libre-Entreprise, de grand goût pour les possessions et tout ce qui va avec... — aurait dû mettre la puce à l'oreille de ceux qui avaient lutté contre Celui-qui-n'est-pas-nommé... Car, à votre avis, qui est celui qui les inspire ?... Oui. La Bête immonde n'est pas morte, mais tente de se faire oublier quelque temps... Pourtant, elle n'est plus dans la Psychosphère... Elle a simplement trouvé un abri dans notre réalité consensuelle, chez ses plus fervents serviteurs : les chefs de grandes entreprises... C'est alors qu'elle mettra en route plusieurs projets, en vue de retrouver sa puissance et de se venger de ceux qui l'ont exilé ici... L'un de ceux-ci, c'est la création de clones de celui qui a accueilli son esprit lorsque celui-ci fut chassé de la psychosphère... Huit clones pour être précis. Pourquoi huit ? Parce qu'il y a huit multinationales...
Et les années vont passer. Et la fille de Richard et Suzy Montaigu, frappée de millénarisme — c'est ce qu'on dit d'une personne ayant perdu son nom lors de la Terreur — va mettre au monde un garçon, doté du talent de la transparence, et qu'elle appellera Temple Sacré de l'Aube Radieuse (Tem pour les intimes). Ce dernier, après une enfance un peu difficile — comment l'auriez-vous vécu, vous, si ceux qui vous sont chers vous avaient oublié dès que vous sortiez de leur champ de vision ; sans compter ces repas pendant lesquels on ne vous servait pas, ou, bébé, ces couches qu'on ne vous changeait pas... — décide de découvrir le monde, puis finalement de s'installer à son compte comme détective privé, après avoir aidé une aya expérimentale à se faire la malle d'un satellite militaire sous haute surveillance... Sa première enquête (La Balle du Néant) va le faire rencontrer Michel Viard, la deuxième (Les Ravisseurs quantiques) va lui faire croiser le Chien Jaune qui parle, qu'avaient déjà rencontré ses grands-parents, et comprendre un peu la notion de Faisceau Chromatique. Il était logique que lors de sa troisième enquête (L'Odyssée de l'espèce), Celui-qui-n'est-pas-nommé soit son adversaire...
Car Tem a une relation particulière avec Celui-qui-n'est-pas-nommé. En effet, les millénaristes ont une pratique rituelle qu'ils nomment la Fusion — expliquée dans les termes des spéculations hindoues, nous diront qu'ils quittent leur atman, leur âme particulière, pour se fondre dans le brahman, l'âme cosmique, qui revêt chez eux la forme du Millénarisme, leur Archétype tutélaire. Tem, peut-être à cause de son don de Transparence, ne serait pas parvenu à vivre pleinement cette communion, mais serait par contre resté à errer dans la Psychosphère... Jusqu'au jour où il découvrira un univers-île plutôt glauque : celui auquel Hiéronimus Bolgenstein a donné forme... Il verra, tout jeune enfant encore, Killer, avec tous ses attributs de la Mort en Marche, portant sa bien-aimée, morte, dans ses bras. Du coup, Tem sera marqué à vie (on le serait à moins), refusera désormais à participer à la Fusion, mais sera lié involontairement à l'histoire de Killer, autrement dit, à Celui-qui-n'est-pas-nommé... Une lutte s'engage donc entre la Bête Immonde et Tem et ses amis. Ces derniers parviennent in extremis à le bannir de la réalité consensuelle — enfin, ils l'espèrent...
Parce que ce n'est pas fini... Car au moment du bannissement, un petit groupe d'allumés vont se faire une datura-party... Une datura-party, c'est une soirée durant laquelle les participants (cette fois-là les membres d'un courant artistique nommé le Délirium) absorbent du datura, une plante très toxique qui possède des propriétés hallucinogènes et possédant une accointance avec la drogue nommée Dragon Rouge, donc avec Celui-qui-n'est-pas-nommé... Ce qui fait qu'au moment où le groupe mené par Tem réussit à le bannir, il est suscité par les participants à la datura-party... Et comme ce dernier n'aime pas avoir trop de témoins, il va s'ingénier à les faire disparaître un à un... Et devinez à qui va être confiée l'affaire dite de L'Aube incertaine ? Bref, la lutte est encore ouverte, et va même pousser Tem (dans Tekrock) à sauver l'Archétype du Rock'n'Roll des griffes de la Bête, un peu aidé par un Tête-de-Crâne, toujours accompagné par la Marquise et le Baron Roux (redescendu de là haut lors de la Terreur). Mais la Bête a réussi à s'abriter dans un lieu nouvellement découvert : la cybersphère...
Cette cybersphère, c'est le concept de psychosphère appliqué à l'informatique... Parce que tout comme les psychons sont générés par l'esprit humain et filent directement dans la psychosphère, qui devient ainsi le lieu de la mémoire collective humaine, il existerait un nouvel état du quanton qui est généré par l'esprit informatique (les IAs et les ayas — qu'il faut maintenant appeler fantomas) et qui s'agglutinent dans ce qu'il faut bien appeler la mémoire collective informatique, ou cybersphère... Ces particules, découvertes lors de l'enquête menée dans Tøøns, seront donc appelées des... psychons. Ainsi, les quelques dimensions qui restaient en forme de simples possibilités sont maintenant bel et bien existantes, et le modèle cosmologique wagnerien est désormais bouclé. Remarquons une chose : ces deux sphères seraient organisées de manière jumelle, ce qui permet d'établir une série de parallèles intéressants : entre les IAs et les néanderthaliens d'un côté, et entre les fantomas et les homo sapiens sapiens de l'autre. En effet, les deux premiers sont capables de produire des états différents du quanton, mais d'une manière très basique, et presque uniforme. Ce qui aurait pour effet de générer un monde figé, sans bouleversement notable. Par contre, avec les deux suivants, il y a la notion de la pensée qui entre en jeu. Et là, c'est une autre affaire... Ainsi, pour éviter de voir la cybersphère, ce monde quasi vierge, être l'objet de la mutation qu'avait subi la psychosphère, Celui-qui-n'est-pas-nommé considère que la seule solution est de ... faire disparaître les fantomas. Comme la seule dont il ait connaissance est Gloria, cette aya expérimentale amie de Tem depuis qu'il l'a libérée de chez les militaires... il va tout faire pour la tuer ... ce qu'il parviendra à faire, semble-t-il, à la fin de Tøøns. Pour ce qui est de la suite donnée à tout ceci... il nous faut attendre que Roland C. Wagner nous écrive de nouveaux volumes (2)...
Par contre, on sait un peu ce qu'il adviendra de l'Humanité dans un futur beaucoup beaucoup plus lointain... En effet, comme on pouvait le présager après la Nuit de la Lune, l'homme va s'élancer dans les étoiles, pour découvrir d'autres mondes habitables. La première époque de cette exploration spatiale correspond à l'utilisation d'un vitesse infra-luminique. Dans les années 2500-2600, les quelques planètes ainsi découvertes vont se mettre une à une a déclarer leur autonomie. C'est l'heure pour les humains de découvrir que l'espèce humain est capable d'évolutions différentes. Et Océan, la planète dont il est question dans Cette Crédille qui nous ronge, le fera en 2567, mais c'est un siècle plus tard qu'un Envoyé de la Terre découvrira qu'elle possède un champ empathique fort (en d'autre terme, qu'elle possède un équivalent à notre psychosphère terrestre — qu'elle serait l'un de ces Faisceaux chromatiques que Richard Montaigu avait aperçu à la fin de son périple uchronique). Puis enfin, l'homme découvrira l'hyper-propulsion, permettant d'aller plus vite que la lumière. Cette propulsion se base sur la théorie des p-branes et de la vibration de l'univers. L'univers fait des vagues, et plutôt que de suivre sa surface, il va plus vite de passer du haut d'une vague à un autre... Mais tout ceci fragilise la structure même de l'univers, cette vibration, ce Chant du cosmos... Ces deux époques correspondent à deux cycles dans le méta-roman de Roland Wagner. Cependant, ces deux cycles ne possèdent à l'heure actuelle que peu de matériel (un seul roman chacun...) Aussi, nous devons donc arrêter notre balade dans cette ligne de probabilité à ce niveau.
Le Commandant de Bord vous remercie d'avoir effectué ce voyage en notre compagnie, et espère que tout ceci vous a donné envie de lire les œuvres wagnériennes, tvois...
Jérôme Charlet
(2) Trois nouveaux titres sont parus aux éditions de l'Atalante depuis la rédaction de cet article : Babaluma (2002), Kali Yuga (2003) et Mine de rien (2006).
Phénix n° 56, février 2001.
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14/09/2009
Au fil d'une ligne de probabilité, cosmologie et chronologie (5)
La Telepathic Trips Organization
Il faudra attendre quelques années, pour que Killer reprenne du service. Échappant de peu à un attentat aveugle perpétré dans le fast-food où il était venu se restaurer, le voilà à nouveau propulsé dans la Psychosphère. Celle-ci est de plus en plus instable, surtout depuis la création de la T.T.O. ... La T.T.O., c'est la Telepathic Trips Organization, une entreprise montée par deux ex-scientifiques, Stephen Mankovicz et James-William Osterberg. Ces deux-là, travaillant sur le LSD 25, découvrirent une substance ouvrant les portes de la psychosphère, le PR 96, surnommé aussi le semen of god. L'esprit pratique et commercial du premier pensera immédiatement à créer une organisation pouvant proposer aux hommes des plongées dans la Psychosphère, autrement dit, dans leurs fantasmes les plus profonds. Bien sûr, ces fantasmes, il faut pouvoir les gérer. Pour ce faire, on fait appel à des TC — des Télépathes-Créateurs — capables de modeler les psychons, substance même de la psychosphère, et de générer des univers-îles contenant de tels fantasmes. Mais cette nuit-là, cette nuit où Killer, archétype de la Mort en Marche, est revenu dans le monde psychique, est l'un des tournants de l'histoire de la psychosphère. Par son appartenance à ce monde en temps qu'archétype, Killer va se faire déborder de l'intérieur par une autre entité, générée par ces milliers de personnes subissant le joug du Rêve américain. Et un à un, Killer, possédé par un autre que lui — ou recouvrant sa fonction symbolique sous d'autres traits... — va se mettre à tuer. Tuer ces symboles de la libre-entreprise et de l'argent facile qui envahissent le monde psychique, ces riches entrepreneurs venus passer du bon temps avec leurs fantasmes. Tout cela va se déclencher synchroniquement avec ce que les historiens appelèrent la Grande Révolution américaine. Résumons-nous : dans la réalité consensuelle, des milliers de personnes, les déboutés du Rêve américain, décident de détruire l'Amérique ; dans la psychosphère, Killer, habité par l'esprit révolutionnaire (DESTROY THE AMERICAN DREAM ! DESTROY IT !), devient un des agents principaux de l'étouffement du Rêve américain ; au milieu, la T.T.O., liée aux deux, et représentant, à travers son P.D.G. Stephen Mankovicz — Osterberg étant mort prématurément dans d'étranges circonstances —, le Capitalisme voulant se développer sur cette étendue neuve pour lui, le monde psychique. Et la psychosphère, comme nous l'avons vu, aime les symboles, et quel meilleur symbole de la Mort du Rêve américain que celui du démantèlement de la T.T.O. ? (1)
Ainsi, cette nuit-là, Le Serpent d'angoisse, né de l'esprit de tous ces gens apeurés et écœurés du système capitaliste, va se mettre à étouffer le Rêve Américain. Le Serpent s'occupe du symbolique, la foule s'occupera du physique, des Etats-Unis, de la T.T.O. . Il restera à l'entité habitant Killer de s'occuper de ce qui est mixte, de ce qui représente une irrégularité dans le monde psychico-physique, à savoir les clients de la T.T.O. . En une nuit, les États-Unis chutent, se balkanisent en mini-états autonomes. La T.T.O. est détruite par une foule en colère. Et Killer, le travail une fois effectué, est à nouveau expulsé de la Psychosphère. Mais le plus important, c'est que le Rêve américain n'est plus...
Mais ce rêve américain était il l'un des soutiens de Celui-qui-n'est-pas-nommé, l'archétype primitif ? Expliquons... Les Archétypes, tels qu'ils sont actuellement, sont les reflets, les nouvelles « incarnations », d'Archétypes primitifs. Ainsi, chaque Archétype incarné serait d'une certaine manière une partie de cette forme primitive. La meilleure image qu'on peut en donner, serait celle des avatara des dieux hindous. Ces dieux « descendent » sur Terre, et s'incarnent dans une forme, un corps. Et ce corps possède ses propres caractéristiques : on est en face d'un individu bien réel. Mais c'est aussi le dieu lui-même, avec ses caractéristiques divines. L'avatara est et n'est pas le dieu. Il ne l'est pas, car ce n'est pas le Dieu primitif qui est en face de nous, mais il l'est car son essence relève de la divinité. Il en va de même pour les Archétypes wagnériens... On a les Archétypes primitifs, les formes primitives générées par notre cerveau dans son enfance. Et tout cela évoluant, d'autres Archétypes se sont formés, empruntant leur essence à ces Archétypes. Ce qui donne, dans la bouche d'un des personnages de Musique de l'énergie : « Disons que chaque Archétype est un ensemble, constitué d'une certaine quantité d'énergie psychique. Mais il ne faudrait pas croire qu'il forme pour autant un tout indissociable. La plupart d'entre [eux] partage avec d'autres une fraction plus ou moins importante de leur substance. Cette portion varie bien entendu avec le temps et les fluctuations de l'inconscient humain. Beaucoup d'Archétypes sont d'ailleurs nés de la fusion de plusieurs de leurs semblables, ou de la dissociation d'une entité à la (...) signification plus générale. » Ainsi la mort du Rêve Américain, c'est une perte de substance pour Celui-qui-n'est-pas-nommé. C'est un appui, une force, qui lui échappe.
Mais revenons aux événements en eux-mêmes. Le Rêve américain disparaît, et cette nuit là, lors du démantèlement de la T.T.O., un des Télépathes-Créateurs, nommé Guthar, reste coincé dans la psychosphère, car son corps est tué par la foule, alors qu'il se trouve dans l'univers télépathique. Il y avait plongé pour tenter d'en chasser celui qui tuait tous les clients de la T.T.O., à savoir Killer — mais prenant ce dernier pour un simple télépathe sauvage, et ignorant qu'il reprenait de temps en temps son statut archétypique de Mort en Marche... — Enfermé dans un univers en pleine mutation, son esprit va peu à peu sombrer dans la folie, aimanté uniquement par une idée : la vengeance. Il va profiter d'une nuit de juin 2007, pendant laquelle l'esprit de Killer passe un peu trop près de l'univers télépathique, pour y attirer son ennemi, ou celui qu'il prend pour tel, et l'y enfermer. Commence alors pour Killer une longue fuite en avant, entièrement orchestrée par Guthar, qui maintenant se définit par « Le Chasseur » (à trop vivre dans l'univers télépathique, on en ressent les conséquences...) Killer, tentant de retrouver ses amis dans ce qu'il prend pour la réalité consensuelle, va se voir flanqué d'autres « enfants de la Psychosphère » : la Marquise, jeune fille incendiaire aux mœurs des plus ... chocs, et un motard dont la caractéristique tient toute entière dans son nom, le Baron Roux... Traversant des univers-îles déglingués, ils iront jusqu'au Labyrinthe, ce haut lieu de transition entre psychosphère et Réalité, pour empêcher Guthar de réaliser son plan haineux, à savoir laisser Killer en exil dans la Psychosphère après lui avoir volé son corps comme réceptacle de son propre esprit... Mais la Psychosphère est en plein bouleversement, et commence à craquer de partout. Le Baron Roux, lors de leur périple, se retrouvera à orbiter autour de la Terre — la vraie, celle de la Réalité consensuelle — pour être passé, avec sa moto, par une brèche ouverte dans le paysage... Et alors que Killer, ayant réussi à prendre de vitesse le Chasseur, dans un dernier face-à-face, se réveille dans son propre corps terrestre, il pourra voir apparaître, en plus de ce motard dans le ciel, les premières traces de la couche de Bolgenstein, ce couvercle rougeâtre qui entourait la Terre dans ses souvenirs, autrement dit, dans le rêve de Hiéronimus Bolgenstein... Les signes du grand mélange...
Jérôme Charlet
(1) La chronologie décrite dans cet article n’engage que son auteur.
Phénix n° 56, février 2001.
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11/09/2009
Au fil d'une ligne de probabilité, cosmologie et chronologie (4)
Le Rêve de Hiéronimus Bolgenstein
On passe alors au rêve de Hiéronimus Bolgenstein. Nous sommes à la fin des années 80. Un physicien, qui a mal digéré un bad trip sous acide lors de sa jeunesse, fait un rêve bizarre. Il rêve Killer. Killer, c'est un jeune mutant, poursuivi par la responsabilité d'un meurtre collectif probable de milliers de personnes, pour n'avoir su contenir son pouvoir psi. Killer, c'est maintenant une épave shootée à la toute dernière drogue extrême, celle dont on ne décroche pas, celle dont on ne revient pas : Dragon Rouge. Killer, c'est l'Archétype de la Mort en Marche. Archétype ? Oui, car Killer est un enfant de la psychosphère... Imaginez : la Psychosphère est en train de se bouleverser, de se réorganiser. Des univers-îles s'agglutinent, se séparent. Et un rêveur, à cause d'une remontée d'acide — drogue psychoactive, donc ayant des effets sur la psychosphère — se met à la frôler, à devenir le témoin d'un ballet de bribes d'univers. Et, comme cela se passe dans les rêves, l'inconscient de Hiéronimus Bolgenstein va se mettre à se raconter une histoire. A lier tous ces éléments qui n'avaient qu'un court rapport les uns avec les autres. Et il va se raconter, donc, l'histoire de Killer, le mutant assassin.
Cette histoire, c'est celle de son arrivée, à la gare du Nord, le 18 mai 2013. Un simple ex-junkie en provenance d'Amsterdam, la seule personne ayant pu sortir semble-t-il impunément des griffes de la drogue Dragon Rouge. Son passé, c'est d'avoir, dans un accès de rage, tué des milliers de personnes autour de lui, n'ayant pu supporter l'éclosion de ses pouvoirs psi, et le bruit de tous ces gens qui parlaient dans sa tête. Le paysage est glauque, sale, rouge. Rouge du reflet de la Couche maudite. La Couche de Bolgenstein, celle qui a plongé le monde dans une teinte sanglante, pour palier à la disparition de la couche d'ozone. Et Killer va chercher à comprendre. Comprendre pourquoi plusieurs souvenirs se superposent dans sa mémoire. Comprendre pourquoi les gens savent et ne savent pas qui il est et ce qu'il a ou n'a pas fait. Comprendre qui il est. Un à un, il perd ses amis, et celle qu'il aime, Nadja, dans cette folle fuite en avant, pourchassé par une foule devenue une masse haineuse anti-mutants. Tout cela s'arrête le 23 mai 2013. Killer a compris. A compris qu'il n'est qu'une pièce, qu'un pion lors d'une partie de go, entre les mains d'entités plus fortes que lui, et dont le but n'est rien moins que la fin de l'humanité. Au premier plan de ces entités, Dragon Rouge, l'Archétype, lui-même dépendant de l'Orque. L'Orque, une entité interstellaire qui parcourt l'univers à la recherche de planètes peuplables. Après en avoir découvert une, l'Orque y développe la vie, et la pousse à évoluer technologiquement, jusqu'au moment nucléaire. Pourquoi ? Parce que l'Orque se nourrit de præsidium, ce déchet de l'uranium une fois une combustion nucléaire effectuée, et que le præsidium en question est plutôt rare à l'état natif dans l'univers... « J'ai songé avec un amusement teinté d'amertume », pense Killer, « que je connaissais désormais la réponse à la question qui avait fait s'arracher les cheveux à tant de philosophes et de théologiens. L'homme était sur Terre pour fournir une certaine quantité de præsidium à un cétacé interstellaire. Ni plus, ni moins. » (La Mort marchait dans les rues) Maintenant que l'Orque n'a plus besoin des hommes, il ne lui reste qu'à s'en débarrasser, et c'est pourquoi il a créé et utilisé Killer. Ainsi, ce 23 mai 2013, Killer, rongé par son passé de junkie, affronte Dragon Rouge, avec toute la force de l'humanité, puisant au plus profond de chaque être humain, pour, à travers lui, atteindre l'Orque. Et il l'atteint. Il terrasse la créature interstellaire, terrasse Dragon Rouge. Mais ne s'est pas rendu compte avoir trop puisé dans l'humanité. Il est le dernier être vivant sur la Terre. Rideau.
Vous pensez bien que Hiéronimus Bolgenstein, se réveillant d'un tel cauchemar, une étrange impression en lui, n'aura qu'une idée : la retranscrire en un long récit — qui forme le roman Les Derniers Jours de mai, hormis les quatre dernières pages. Mais ce qu'il finit par ne considérer que comme un simple rêve est bien plus. C'est comme si il y avait eu « une lame de fond dans un univers d'abstraction. Et, soudain, un observateur, surgi de nulle part. Un observateur qui plaque ses idées sur les idées 'pures' en mouvement devant lui. Avant, il n'y avait rien, rien d'identifiable. Après, il y a quelque chose. Quelque chose de bien plus structurée que ce qui l'entoure, donc de plus directement perceptible. (...) La présence d'un observateur aurait transformé les idées en images. Et ces images se seraient à leur tour mises à peser sur l'Inconscient Collectif. » (Des Renards sous l'évier) Autrement dit, Hiéronimus Bolgenstein aurait initié une profonde mutation dans la psychosphère qui se faisait de plus en plus instable. Car là où Richard Montaigu et sa petite troupe n'avait que révélé Dragon Rouge à lui-même, Hiéronimus Bolgenstein lui offre une possibilité de peser sur la réalité consensuelle, d'interagir avec elle...
Mais tout ceci ne pouvait tout simplement pas en rester là. Un groupe d'Extra-Terrestres bleus (on peut se demander si ceux-ci ne seraient pas une autre incarnation des Gardiens du Faisceau, puisque chez Carl Gustav Jung, dans son essai Un Mythe moderne, ces deux images correspondent à la même fonction psychique, au même archétype) (il n'est ainsi pas étonnant de découvrir que l'un des ces ETs bleus se nomme Jjung...), les Gardiens, donc, vont aller vers Killer pour lui proposer de rejoindre notre réalité consensuelle, lui faisant croire qu'il s'agit là d'une ligne de probabilité proche, qu'il a la possibilité de sauver des griffes de Dragon Rouge. Ainsi, alors que Hiéronimus Bolgenstein, hagard, se réveille suite à son étrange rêve, une ombre se matérialise dans la chambre. Killer.
Jérôme Charlet
Phénix n° 56, février 2001.
09:57 Publié dans Jérôme Charlet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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09/09/2009
Au fil d'une ligne de probabilité, cosmologie et chronologie (3)
Les Prémisses de la Terreur
Les années 60, dont on sait combien elles tiennent au cœur psychédélique de Roland Wagner, vont marquer un tournant essentiel dans l'histoire du Futur qu'il nous propose. Comme nous l'apprennent les deux novellas qui forment pour l'instant Archétypes incarnés, et comme l'explique aussi L'Odyssée de l'espèce, elles furent à l'origine d'un bouleversement important du côté de la psychosphère. « C'est la période de consommation massive (de LSD), ces années 60 psychédéliques, qui jouent le rôle de charnière. Jusque là, seule une toute petite partie de l'Humanité avait pu se brancher sur la longueur d'onde de la Psychosphère. Celle-ci était le rêve des aborigènes, la cérémonie du peyotl chez les Tarahumaras, l'extase mystique de Bernadette Soubirous, peut-être ! Et soudain, des millions de personnes, de part le monde, rompent avec la réalité quotidienne, pour des raisons très diverses. » (Des Renards sous l'évier) Aussi, alors que la psychosphère était encore ce vaste champ d'énergie indifférenciée, éclatée en bouts d'idées, en morceaux d'images psychiques, elle va commencer à muter. À partir de ce moment-là, les quantons psychiques vont s'agglutiner en organismes du fait des regards que leur portent ces millions de personnes qui tripent... Leçon quantique : le regard de l'observateur définit la particule observée...
Bien sûr, les mystiques et autres chamanes avaient déjà réalisé cette mutation, mais ici c'est l'échelle qui change du tout au tout. Imaginez des millions de prêtre châmaniques, accompagné de tous ces Swedenborg avec leurs rêves et de ces millions de Whitman, avec leurs chants... « As for an hour carrying us diverse, yet cannot carry us diverse forever » (Out of the rolling ocean the crowd). De ce fait, la mutation se fait maintenant à une vitesse vertigineuse... Et il y eut un moment, une pointe dans la consommation de ces produits illicites. Dites, lecteurs, une question : si vous aviez, vous, été de ces jeunes débauchés aux cheveux longs et aux habits tellement colorés qu'il ressemblaient à des épouvantails, quel jour vous auriez choisi ? Hein, dites ... Parfaitement ! La Nuit de la Lune... Et après l'Oncle Walt, c'est à Roland lui-même de venir chanter...
« 21 juillet 69 - 3 h 52 du matin
Le monde entier devant sa télé
Assistait en direct et en noir et blanc
A l'événement le plus important
De l'Histoire de l'Humanité
Ce couronnement de l'après-guerre
Ce jour où un homme a marché sur la Lune »
Ce texte, qui est issu de l'une des chansons du groupe Brain Damage, groupe dans lequel Roland Wagner est chanteur et parolier, sera repris dans Musique de l'énergie, et exprime bien cette idée-là. Car vous pensez bien que toutes ces personnes qui, fixant leur attention sur un événement unique en ayant gobé du LSD, qui va les propulser dans la psychosphère, ça ne peut qu'être un grand moment. Pour la toute première fois, un Envoyé de la Terre foulait un autre sol que le sol terrestre et, sur le plan psychique, soudain, notre champ d'empathie, notre psychosphère, va s'unifier ; les séquences éparses, issues de matérialisations psychiques diverses, vont s'agglutiner, pour re-créer, pour la première fois depuis la naissance de l'univers télépathique, son unité perdue. C'est l'Homme dans son ensemble qui marche sur la Lune. Seulement voilà, il y a un retour de bâton... Car, si ce soir-là, grâce à ces milliers de personnes de part le monde qui vont faire le voyage psychédélique vers la psychosphère, si bien que celle-ci va s'unifier, elle va le faire au milieu de milliers de trips qui la lient alors à la Réalité consensuelle... La Nuit de la Lune est le symbole de la mutation qui va s'opérer dans la psychosphère. Et la psychosphère aime les symboles...
C'est là qu'interviennent les premiers éléments issus de la narration directe de Roland Wagner. Nous sommes à la fin des années 80. Un grand critique rock, Richard Montaigu, Suzy, sa compagne, Elric, un ami propriétaire d'une petite boutique de disques, et Vince, un jeune musicien, vont trouver sur leur passage, après une soirée bien arrosée, une faille entre les mondes, qui va les précipiter au fin fond du Faisceau chromatique. Passant de mondes en mondes, poursuivis par une troupe de Livides, ces estomacs ambulants, ils obtiendront l'aide de différentes entités, habitant la psychosphère, en vue de trouver la sortie... Ces entités — entre autres, un chien jaune qui parle, un vampire, le Juif errant — vont subir de la part de l'inconscient des membres du groupe la même transformation que celle subie par tout quanton psychique devant un observateur humain : ils vont trouver une forme. Cette version hallucinée d'un road-movie, qui s'étend sur trois volumes au Fleuve Noir, sera complétée par la suite de Chroniques du désespoir, qui a pour cadre la théorie du Faisceau... Lors de ce long périple, Richard va se voir confier par le Juif errant un ancien Artefact, l'Étoile. Mais cette Étoile « est un facteur d'équilibre, l'un des centres secrets du Faisceau. La déplacer signifie ouvrir la voie aux pires cataclysmes. » (Le Rêveur des Terres Agglutinées) Le Juif errant l'a présentée à Richard comme une boussole... Résultat, le processus uchronique n'est plus actif. Ou plutôt, seul les convergences d'univers s'effectuent encore, mais plus les divergences. Et comme le Faisceau est régi par ce couple, il est en train de s'effondrer sur lui-même !!! Il faut donc aller d'urgence rapporter l'Etoile à ses gardiens, les Veilleurs, ces étranges êtres qui veillent sur la bonne tenue du Faisceau... Ils se présentent sous la forme d'Anges bilbiques… Ceux-ci logent à la Porte des Étoiles, un monde à la frontière du Rouge Très Très Sombre. Mais une fois l'artefact en bonnes mains, celle des Gardiens du Faisceau, donc, il n'ont toujours pas de solutions : comment vont-ils rentrer chez eux ?...
Ils découvrent alors un monde, dans le Rouge Presque Noir, en Bordure des Ténèbres, dans lequel un dealer-drogué aux yeux intégralement rouges règne sur une population entière de junkies. Vous voyez de qui je veux parler ? En fait, suite à l'expansion de la Psychosphère, cet Archétype primitif, qui répond au doux nom de Celui-qui-n'est-pas-nommé (nous l'appellerons dorénavant les Yeux-rouges, ou Dragon Rouge, du nom de son avatar actuel), s'est retrouvé exilé. Psychosphère et Faisceau chromatique semblent intimement liés, en voici encore une preuve. Et cette preuve annonce le début du processus qui mènera à la Terreur... « [Les] couches profondes reflètent, aujourd'hui encore, l'état primordial de l'inconscient collectif. On peut donc supposer qu'elles ont en quelque sorte conservées une empreinte de cet Archétype très ancien, à partir de laquelle il a commencé à se reconstituer après s'être glissé dans une apparence qui passait par là... » (L'Odyssée de l'espèce) Et cette apparence qui passait par là, ce serait les cerveaux des membres du groupe en fuite qui la lui ont fourni, tout comme il l'avaient fait pour le Chien jaune et ses compagnons.
Le groupe, mené par ce même Chien jaune, après un détour par les Ténèbres — l'espace hors du Faisceau —, découvrira ce que vous et moi savons déjà, à savoir la nature exacte du Faisceau chromatique, et l'existence, dans d'autres grumeaux, d'autres Faisceaux... Mais cette voie de sortie sera également empruntée par les Yeux-rouges, qui recouvre lentement la mémoire... Et les membres du groupe retrouveront le chemin de leur chaumière, ignorant qu'ils sont peut-être l'une des causes de la Terreur, car à l'origine de la résurgence des Yeux-rouges... Fin du premier cycle...
Jérôme Charlet
Phénix n° 56, février 2001.
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06/09/2009
Au fil d'une ligne de probabilité, cosmologie et chronologie (2)
La Soupe Primitive
Imaginez maintenant... Le Big Bang vient d'avoir lieu. L'Univers naît... pourvu de 11 dimensions !... Enfin, potentiellement onze, car seules quatre d'entre elles vont advenir en acte, les autres ne restant en quelque sorte qu'en puissance. Partout dans le rien se répandent les quantons. Ceux-ci ne tardent pas à devenir matière et énergie. L'Univers est né, sous la forme de cette grande immensité, emplie à ras bord ... La Grande Soupe Primitive, selon l'expression consacrée de ce cher Temple sacré de l'Aube radieuse, détective privé millénariste frappé du Talent de transparence, personnage principal des Futurs Mystères de Paris, et qui est très intéressé par toutes ces choses-là...
Et, comme dans toutes les soupes, il va se former des grumeaux... Et dans ce grand champ spatial, ces grumeaux auront pour nom étoiles, planètes ou corpuscules. Tout cela au milieu de ce champ diffus de particules qui forment ce que les physiciens appellent le rayonnement fossile, cet « ultime résidu du Big Bang ». Mais plus qu'un simple résidu, ce champ de particules forme le ciment de l'Univers tout entier. Il est le potage de cette Soupe. De son état dépend la cohésion de l'Univers. Et l'un des indices de cette cohésion est sa vibration. « La théorie de p-branes a montré que chaque particule élémentaire est analogue à une membrane élastique infinitésimale, possédant p dimensions, agitée de vibrations dont l'amplitude varie en fonction de la particule en question. » (Le Chant du cosmos) Cette vibration, qui constitue le chant du cosmos, est harmonique. Elle serait l'« Aum suprême ». Et les fausses notes y sont autant de symptômes de troubles et de faiblesses... Ainsi, selon la qualité du réseau des particules dans tel où tel coin de l'Univers, les vibrations sont plus ou moins mauvaises. Et de mauvaises vibrations stigmatisent un mauvais état de la trame du monde.
Pour l'instant, de tous ces grumeaux, un seul occupe Roland Wagner dans la quasi-totalité du méta-roman, à savoir, bien entendu, notre cher soleil, et tout ce qui tourne autour... Car une fois notre étoile créée, et les planètes en orbites formées, il n'y a que sur la troisième planète que va apparaître la vie (chose que vous savez probablement déjà). Peu à peu, les espèces vont évoluer, jusqu'à donner naissance à des hommes en devenir. Et ces hommes en devenir vont voir leur cerveau se développer. Et leur cerveau, même à l'état primitif, aura la capacité, au tout début plutôt restreinte, de faire passer les quantons dans un troisième état, appelé psyché par Hiéronimus Bolgenstein, l'un de ses découvreurs. Cette capacité à agir sur les quantons semble résider dans le néocortex. Tout laisse à penser qu'il y a eu mutation, suite à une ou deux divisions supplémentaires des cellules cérébrales chez certains embryons d'un groupe restreint de ces proto-humains. Le résultat est un groupe d'individu, qui, pratiquant l'exogamie, va répandre les nouvelles caractéristiques. L'homo sapiens sapiens vient d'apparaître, ultime maillon de l'évolution humaine avant la Terreur.
Ces quantons psychiques, il faut bien qu'ils aillent quelque part surtout qu'avec l'arrivée de l'homo sapiens sapiens, il va s'en générer un nombre de plus en plus important... Ne pouvant s'accumuler dans nos dimensions habituelles, dans notre Réalité consensuelle, Ils vont migrer vers trois dimensions orthogonales... « Le cerveau humain va apporter [à ces dimensions] les quantons qui [leur] manquaient pour exister. Pour cesser d'être un simple ensemble de probabilités mathématiques. » (L'Odyssée de l'espèce) La psychosphère est née, devenant ainsi l'ensemble des pensées humaines, partageant chaotiquement notre temporalité. « Le Temps [y] coule comme il peut - s'il coule »... L'inconscient collectif, vaste et sans organisation propre, sorte de Bol de Soupe psychique.
Et ce Bol de Soupe connaît une histoire mouvementée. Privé de la cohésion que lui assurait l'inconscient de l'ensemble des proto-humains grégaires, la Psychosphère va devenir peu à peu, avec la diaspora humaine, un ensemble épars d'éléments en tous genres... La redécouverte de cette unité ne se fera que peu à peu, notamment par tous les types d'expériences mystiques possibles, pendant lesquels des individus vont découvrir leur appartenance à la grande Famille humaine. Vont découvrir que ce qu'ils appelaient alors leur âme particulière n'est finalement que cette goutte d'eau dans cet océan, l'âme cosmique. Toi, tu es Cela ! Tat tvam asi !
Et c'est ici qu'on s'aperçoit que Roland Wagner, en faisant mine d'intégrer son bagage culturel à son œuvre, semble faire bien plus que cela... Bien sûr, sur les traces de la Beat Generation, imbibés de bouddhisme zen, de théories des Trancendentalistes Américains (Emerson, Whitman...) et de substances illicites, il paraît naturel de trouver dans la cosmologie wagnerienne les thématiques employées par ses prédécesseurs. Mais Roland Wagner va bien plus loin, puisqu'il va science-fictiver le tout, en fournissant une explication !... A la manière de Roger Zelazny face aux mythologies, ou de Richard Matheson face au thème du vampire, Roland Wagner va générer une tissu explicatif cohérent. Les théoriciens indiens affirmaient impossible l'explication (tout ce qu'on peut dire du brahman, c'est qu'il est neti neti : « pas ainsi, et pas ainsi »). Et alors, Roland Wagner est venu, et a dit : « psyché, p-branes et le tour est joué ». Et si la description des bodhisattva, ces individus qui ont atteint de leur vivant l'illumination, c'est-à-dire qui ont découvert que la goutte d'eau de leur âme fait part de l'Océan Psychique, ressemble tant à celle que Roland Wagner fait des Millénaristes, ce n'est pas vraiment un hasard... Et je ne serais pas étonné d'entendre sous peu parler d'un Purusha...
Mais revenons à nos bébêtes... Cette création va également rétablir la deuxième dimension temporelle. Celle-ci était elle aussi encore à l'état de potentialité, et va acquérir soudain une réalité. Elle aussi orthogonale, elle semble devenir le cadre d'un nouveau Big Bang... Un Big Bang uchronique. Car Roland Wagner n'a pas oublié la leçon dickienne sur les Univers Parallèles qu'on peut lire dans Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez en voir quelques autres : « Que se passerait-il (...) s'il existait une pluralité d'univers organisés le long d'un axe latéral, c'est-à-dire perpendiculairement au flux du temps linéaire ? » Et bien la réponse dicko-wagnérienne tient en un mot : uchronie.
À partir d'un Univers originel, des divisions s'opéreraient, le fragmentant en une pluralité de mondes. Pourquoi n'apparaissent-ils que maintenant ?
La forme que cette pluralité de mondes va prendre, c'est celle d'un arc-en-ciel, comme va le comprendre Elric, personnage d'Un Ange s'est pendu...
« Tout d'abord, il vit un arc-en-ciel. Un arc en ciel circulaire, au centre duquel palpitait le violet, tandis qu'à la périphérie flamboyait le rouge. Hors de ce disque vivement coloré régnaient les ténèbres.
« Puis la vision changea — ou plutôt se précisa. L'arc-en-ciel n'était pas plat mais s'étirait également à la verticale — à travers ... le temps ? Elric n'aurait pu le jurer. Il avait l'impression de se rapprocher du Faisceau, qui n'était pas d'une seule pièce, mais constitué de fils à l'épaisseur infinitésimal, blottis les uns contre les autres, tendus entre le passé et l'avenir. Il distinguait à présent l'imperceptible dégradé différenciant chaque fil, la lente transformation du rouge en orange, de l'orange en jaune, jusqu'à l'ultime dérive de l'indigo vers le violet... »
Notre Terre — enfin celle à partir de laquelle Elric et ses amis glissent d'univers uchroniques en univers uchroniques et qui doit être très proche de la nôtre — se situe dans le Vert médian. Plus les univers approchent du bord, et plus les mondes se font instables et violents. Plus ils prennent place près du centre, et plus ils sont brutaux et rudes. Ainsi, cette dimension temporelle supplémentaire, cette huitième dimension, serait rendue possible par les pensées issues du cerveau d'un sapiens sapiens. C'est la raison pour laquelle tout grumeau ayant en son sein des êtres pensants pourrait développer cette dimension, et par là même, entamer le processus de division uchronique. Ainsi, lorsqu'on lit, à la fin de L'Autoroute de l'aube : « anneaux multicolores qui sont autant de Faisceaux chromatiques / il y a d'autres Faisceaux — ailleurs / autant de Faisceaux qu'il y a d'univers dans un seul / les Ténèbres — point de contact entre ces multivers perdus dans une nuit sans fin », on ne peut en tirer qu'une seule conclusion : nous ne sommes pas seuls dans le Grand Tout !!! Nous ne sommes pas les seuls êtres pensants de l'Univers...
Jérôme Charlet
Phénix n° 56, février 2001.
11:42 Publié dans Jérôme Charlet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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04/09/2009
Au fil d'une ligne de probabilité, cosmologie et chronologie (1)

Introduction
Chermis,
Prenez n'importe quelle œuvre de Roland C. Wagner et, avant d'aller vous éblouir au soleil de Son Verbe, faites donc un petit détour par la quatrième de couverture... Généralement, le commentateur, amusé, admiratif, ou les deux à la fois, vous annonce que vous êtes face à un écrivain vraiment très productif... Plus de quarante romans, plus d'une centaine de nouvelles, sans compter toutes les petites choses placées ça et là dans des fanzines... Et Roland Wagner de déclarer, lors d'une interview, que « plus de la moitié des livres [qu'il a] écrits composent une espèce de grand roman qui s'étend sur des millions d'années ».
Ce grand roman, auxquels il a donné le nom d'Histoire d'un Futur, se partage en différentes époques, organisées pour la plupart autour d'un événement central, ce fameux Psycataclysme, cette fameuse Grande Terreur Primitive... Et l'aveu de cohérence est de taille, puisque l'auteur semble avoir pris un malin plaisir à publier tous les éléments dans le désordre le plus complet. C'est comme ça, par exemple, que la suite directe d'Un Ange s'est pendu, intitulée Le Rêveur des Terres agglutinées, ne sera publié que deux ans plus tard, et qu'entre temps, de nombreuses autres pièces du puzzle auront vu le jour... Ou encore l'ordre de publication du Paysage déchiré et des Derniers Jours de mai, strictement inversé par rapport à la méta-chronologie... Ou La Balle du néant, dont l'intrigue se passe plus de 600 ans avant Cette Crédille qui nous ronge, alors que sa publication lui est postérieure de près de cinq ans !!!... Et il ne faut pas croire qu'il exagère lorsqu'il parle de millions d'années, puisqu'il aurait très bien pu être l'auteur de la célèbre phrase : « un livre ne commence ni ne finit, tout au plus fait-il semblant »...
Son méta-roman commence avec les tous débuts de l'Univers, et s'achève (pour l'instant...) dans un lointain futur, au milieu de planètes autonomes, et en compagnie d'un maedre qui aime écouter Le chant du cosmos...
Pour comprendre un peu ce qui se trame dans ce gros roman à épisodes, il faut remonter au tout début du début. Il y a très longtemps. Très très longtemps... Dans un galaxie pas si lointaine puisqu'il s'agit de la nôtre... Imaginez...
« Ni le Non-Être n'existait alors, ni l'Être.
Il n'existait l'espace aérien, ni le firmament au-delà... »
(Rg-Veda, X-129)
Jérôme Charlet
Phénix n° 56, février 2001.
13:49 Publié dans Jérôme Charlet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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