09.05.2008

Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (5)

897053718.jpg    On peut se demander, après ce survol d'une partie de l'œuvre de Greg Egan si, non content de ne pas être un romantique, il n'est pas aussi un pessimiste forcené. Y a-t-il quelque chose à attendre d'un monde d'égoïstes dont on ne peut être sûr q'ils auront assez de jugement moral pour inventer l'humanité sans s'auto-détruire et sans devenir des monstres ? En d'autres termes, si votre père, ou votre voisin, se révèle être Adolf Hitler et qu'il n'y a pas de chevalier armé d'un sabre laser pour le rameber du bon côté de la Fore, qui sauve l'humanité de sa tendance à l'aveuglement et à l'auto-destruction ?

    Dans « La caresse, le policier kidnappé par Lindhquist, le créateur de tableaux vivants, n'a d'autre justification pour l'exercice de son léter que son sens inné de la justice. Harold, le sienifique de « La Cuve », est amoureux. D'un amour non partagé et qui empoisonne ses jours au point qu'il voudrait, à défaut de le comprendre, s'en débarrasser — être libre. Mais « quelque chose dans son génome, ou dans son passé a décaré que cela ne devait pas être. Ou peut-être que le dé quantique a été lancé en sa faveur. Pour cette fois. » Il ne commet pas le crime. De façon inexplicable et irrationnelle, parce qu'il se trouve doté d'un certain sens de la morale et de la justice… mais il aurait pu en être autrement.

1645492002.jpg    La solution se trouve peut-être dans L'Énigme de l'univers, où Andrew North se rend sur une île corallienne artificielle située en plein Pacifique… un territoire créé par un groupe de bioingénieurs anarchistes. Non pas que Greg Egan exprime ouvertement sa sympathie pour les anarchistes… mais c'est le seul système politique qu'il ait jamais pris la peine de décrire un peu en détail. Et quand les problèmes ne peuvent pas être résolus par des héros dans la dimension mythique; il faut bien qu'ils le soient par des humains dans la dimension politique. À moins que ne s'opère, toujours comme dans L'Énigme de l'uinvers, une transformation de l'univers au niveau mathématique, physique et métaphysique. Un aspect de l'œuvre de Greg Egan qui mériterait un article à lui tout seul.

    En attendant, il ne nous reste plus qu'à recommander au lecteur de lire ses textes. Ils expriment, mieux que les navrantes imbécillités de « penseurs » incapables de comprendre la nature de cette étrange époque, ce qu'il en est de la vie à la fin du XXe siècle. 

 

Sylvie Denis

07.05.2008

Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (4)

1833855176.jpg    Cette aspiration à une forme quelconque de libération est illustrée dans « Le Coffre-fort », où un personnage sans nom se réveille chaque matin dans un corps différent. Incapable d'obtenir le moindre contrôle sur les conditions matérielles de son existence, il se contente d'épouser, jour après jour, l'identité de ses hôtes, jusqu'à celui où il découvre comment son esprit a réussi à survivre en empruntant les capacités du cerveau de ses hôtes. Il décide alors de prendre sa vie en main et de s'affirmer en tant que personnalité autonome. On peut difficilement trouver plus bel exemple de ce que Sartre appelle l'exercice de la liberté en situation que cet homme dont la vie est dispersée de manière fractale (de la même façon, soit dit en passant, que les réalités virtuelles de La Cité des permutants) et n'existe, littéralement, que sous forme de statistique de ses passages dans le cerveau de ses hôtes. C'est néanmoins ce personnage encore plus prisonnier des circonstances que le héros d'« Orbites instables » qui décide mlagré tout de survivre, d'exister et d'agir. Comme démonstration de la liberté et de la ténacité humaine, on a rarement fait mieux.
    Cet homme sans nom est d'autant plus remarquable que non seulement il n'est pas devenu fou, mais qu'il se refuse à se suicider : ce serait tuer l'un de ses hôtes, et pour autant que sa vie ait été éloignée de celle du commun des mortels, il semble bien y avoir acquis un certain sens moral, qui l'empêche de commettre un crime. En effet, les personnages de Greg Egan que nous avons rencontrés jusqu'à présent ont parfois pris des décisions discutables — mais elles ne concernaient qu'eux. Que se passe-t-il, dans un monde où aucun dieu ne dispense une morale toute prête et où la science permet de faire à peu près ce que l'on veut, lorsque des êtres qui n'ont de « philosophie » que celle de satisfaire leurs désirs les moins justifiables en ont aussi les moyens ?
348694760.jpg    Dans « Le Tout-p'tit », un homme dont la compagne ne veut pas avoir d'enfant achète un kit qui lui permet de porter un enfant d'ntelligence limitée, et destiné à mourir ver sl'âge de quatre ans. Hélas, le kit est de mauvaise qualité, et l'enfant réussit à parler, ce qu'il n'aurait amais dû être capable de faire. dans « Les Douves » et dans L'Énigme de l'univers, des scientifiques parviennent à créer un ADN différent et un système immunitaire qui lui permet de résister à tous les virus existant sur la planète — et de survivre au cas où le reste de l'humanité succomberait à l'un d'eux. 
    Dans « La Caresse », l'héritier d'un empire pharmaceutique se passionne pour la réalisation de « tableaux vivants », reproductions fidèles d'œuvres d'art. Au nom de sa philosophie de l'art et de la beauté, il crée une chimère homme/léopard et kidnappe un policier à qui il fait subir des opérations de chirurgie eshétique afin qu'il ressemble à l'un des éléments du tableau symboliste qu'il veut reconstituer. Il a, par ailleurs, utilisé le cerveau de son propre fils pour y « réimplanter » sa mémoire. Enfin, le protagoniste du « Coffre-fort » doit sa situation à son père, un chercheur qui a obtenu ce brillant résultat en détruisant, à fin d'expérience sur les capacités du cerveau en cas de dommages, le cerveau de son jeune fils.
    Il n'y a, dans l'univers eganien, que deux grands crimes. le premier consiste à traiter l'homme comme un objet. Autrement dit, à faire ce que font les fascistes de tout poil sur cette terre : nier l'autre dans son humanité, le traiter comme un objet, soit en l'éliminant, soit en l'utilisant. On trouve des exemples de ce type de comportement dans les nouvelles déjà citées, mais aussi parexemple das « La Cave », où le personnage principal travaille dans une usine qui fabrique et utilise des fœtus humains de quelques jours pour en extraire des hormones et autres composés chimiques, ou bien dans « Le réserviste », dont le riche propriétaire entretient un troupeau de clones à l'intelligence volontairement limitée, dans le but de lui servir de banque d'organes vivante — il est alors bon de se souvenir que Greg Egan a écrit des nouvelles d'horreur et que nous devrions remercier David Pringle pour l'avoir poussé dans la direction de la science-fiction.
2123817256.gif    Le second crime c'est le fanatisme, qui résulte le plus souvent de ce que l'auteur semble considérer comme un défaut rédhibitoire chez un être humain : l'incpacité à « voir la réalité telle qu'elle est », cette faculté qu'ont les humains de s'illusionner, que ce soit au moyen de visions du monde erronées, de religions, de « mythologies stupides » ou de justifications fallacieuses. C'est tout le sujet de L'Énigme de l'univers. C'est le cas dans « Orbites instables », où ceux qui ont été capturés par les attracteurs idéologiques sont décrits comme auto-satisfaits et complaisants. Dans « Silver Fire », des fanatiques arrivent à faire croire aux membres de leur secte qu'une nouvelle maladie, dont les sympt$omes sont particulièremet horribles et douloureux, est en fait un moyen de connaissance et d'extase mysique… Ils n'ont évidemment pas le beau rôle dans la nouvelle. les constructeurs de a athédrale virtuelle de « Notre-dame de Tchernobyl » n'apparaissent pas véritablement comme des monstres de discernement intellectuel… Il ne fait pas bon, selon Greg Egan, de se contenter d'une seule grille de lecture, d'une vision définitive du monde : seul le doute, cet opium des intellectuels, trouve véritablement grâce à ses yeux.

 

Sylvie Denis

05.05.2008

Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (3)

862303259.jpg    Le héros de Greg Egan est donc un homme déterminé — par l'histoire, la société et avant tout par la biologie — qui se sait déterminé et qui, sachant cela, fait face au problème de l'identité et de la liberté. Des questions qui ont souvent été traitées par les philosophes et les écrivains.

    « La philosophie existentialiste est centrée sur l'existence et sur l'homme. Elle privilégie l'opposition etre l'existence et l'essence. Quant à l'homme, il est ce que chacun fait de sa vie, dans les limites des déterminations physiques, psychologiques ou sociales qui pèsent sur lui, mais il n'y a pas une nature humaine, dont notre existence ne serait que le simple développement. […] Cette philosophie a en son cœur la liberté, puisque hacun sera défini finalement, par ce qu'il aura fait. » (5)

    Pour Sartre, l'homme invente l'homme, et cette invention s'incarne essentiellement dans le champ social et politique. Mais la biologie, la génétique, les techniques d'observation du cerveau nous montrente qu'« inventer l'homme » peut prendre un sens tout différent. Dès ses débuts, la science-fiction s'est emparée de ces sciences et a tenté d'envisager comment l'homme pourrait se changer, lui et les sociétés qu'il construit. Tout comme la philosophie, la SF s'interroge sur la nature humaine — et intègre à ses réflexions le discours scientifique.

1369506261.jpg    Dans cette perspective, les personnages de Greg Egan sont « modernes » au sens où ils ont eux aussi intégré les discours des sciences dites « dures » et où ils appliquent à eux-mêmes et au monde qui les entoure des grilles de lecture souvent en rupture avec ce qu'on peut trouver dans la littérature, y compris dans la SF la plus traditionnelle. C'est ainsi que le héros de « Cocon » s'interroge sur la nature de l'homosexualité, non pas en termes psychologiques ou psychanalytiques, mais en tant que phénomène résultant de l'action de certaines substances sur l'embryon. Le personnage principal, du « Tout-petit », qui achète un kit de fabrication de bébé, se demande d'où lui vient ce désir irrépressible de s'occuper d'un enfant, et conclut non à la pression sociale, ou à une quleconque conséquence d'événements surveus dans son enfance, mais que « le problème, avec les pulsions biologiques, c'est qu'il est très facile de les tromper. Nous sommes très doués pour satisfaire nos corps tout en frustrant les causes nées de l'évolution de l'espèce qui nous donnent du plaisir. On peut faire en sorte que la nourriture qui n'a aucune valeur nutritionnelle ait une apparence et un goût extraordinaires. On peut faire l'amour sans risquer une grossesse, et c'est tout aussi agréable. Autrefois, j'imagine qu'acheter un animal de compagnie était le seul moyen de remplaer un enfant. C'est ce que j'aurais dû faire : j'aurais dû acheter un chat. »

    De même, dans « La Cuve », le personnage principal, dénommé Harold, a une perception plutôt inhabituelle de lui-même : « Il est capable de dessiner les structures des structures les plus importantes du système nerveux central. Il en a synthétisé la moitié de ses propres mains. Il a même vu des images en temps réel de son cerveau en train de métaboliser du glucose indiqué par un marqueur radioactif, révélant quelles régions de son cerveau étaient les plus actives tandis qu'il s'observait en train de penser qu'il était en train de se regarder penser. »

     Ces humains du proche XXIIe siècle, en proie à des sentiments et des problèmes humains, sont confrontés à un dilemme que nous affrontons tous mais qui est bien peu souvent exprimé : celui d'éprouver des sentiments d'avoir des comportements, des pulsions, des idées, des sensations, et de savoir qu'ils peuvent être expliqués, catalogués, inscrits dans les cases d'une typologie. Leur grande peur n'est pas d'agir bien ou mal, en conformité ou non avec telle ou telle philosophie, mais d'être des fourmis, des robots biologiques dont la vie ne serait rien d'autre que l'expression d'une statistique pour étude de marché ou d'un code génétique.

    « Harold ne sait pas quoi faire de ce qu'il sait sur les molécules. Il ne peut décider si la conscience est un miracle, ou si elle ne signifie rien. Il hésite entre l'extase mystique et le plus pur nihilisme. Parfois il a l'impression d'être un robot élevé par des parents humains et qui vient juste de découvrir l'horrible vérité. » Bref, ils craignent que leur personnalité et leur libre arbitre soient des illusions.

1565556196.jpg    Cette crainte s'exprime dans des nouvelles telles que l'extraordinaire « Orbites instables dans la sphère des illusions », sur lequel il convient de s'attarder un peu. Dans ce texte, l'humanité a subi un « changement de son état psychique » au terme duquel « partout dans la ville, des systèmes de pensée concurrents se disputaient l'allégeance des habitants, mutaient et produisaient des hybrides… semblables à ces populations de virus d'ordinateurs qu'on lançait autrefois au hasard les uns contre les autres pour démontrer à l'aide d'expériences des éléments subtils de la théorie de l'évolution. Ou peut-être comme les rencontres et les combats que ces mêmes croyances ont connus pendant les temps historiques, sur des échelles de temps terriblement raccourcies par le nouveau mode d'interaction, et avec beaucoup moins de sang versé, maintenant que les idées elles-mêmes pouvaient batailler sur une arène purement mentale, plutôt que d'employer des Croisés armés d'épées et des camps de concentration. » Du point de vue des personnages, cette situation signifie que la plupart des humains se retrouvent happés par des « attracteurs idéologiques » qui les convertissent à telle ou tellevision du monde. Les protagonistes, bien sûr, ne veulent pas de cela. Ils entrent dans la ville en essayant d'éviter les attracteurs, de conserver leur identité et leur libre arbitre, jusqu'au moment où ils rencontrent quelqu'un qui leur explique qu'ils ont leur propre attracteur, un « attracteur étrange », qui est peut-être l'attracteur de la liberté — ou peut-être pas. Cette explication, de toute façon, ne peut pas satisfaire le personnage principal : « Tout ce qu'elle dit me paraît être issu d'un modèle de représentation rationaliste mal assimilé. Et me voilà en train d'entrevoir un espoir et de me jeter sur la moitié de sa version de l'univerts et de jeter le reste. Les métaphores mutent et produisent des hybrides… » Dans un monde — qui me paraît être la meilleure description que la science-fiction a pu donner de la fin du XXe siècle — où au fil de l'histoire les religions, les systèmes de croyance et de valeurs se sont accumulés mais où il n'est pas encore arrivé à une macro-vision, à un méta-modèle qui les engloberait et les justifierait tous, le héros eganien ne peut se sentir vraiment humain, vraiment libre, que dans la solitude et le doute.

 

Sylvie Denis

 

 



    (5) Les Mots de la philosophie, Alain Lercher, Belin.

03.05.2008

Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (2)

951719407.jpg    Né en 1961 à Perth, où il réside encore aujourd'hui, Greg Egan a fait des études de sciences et notamment de mathématiques. À ce jour, il a publié quatre romans : An Unusual Angle, Quarantine, La Cité des permutants (John Campbell Award du meilleur roman de SF en 1994), L'Énigme de l'univers et un recueil de nouvelles, Axiomatic. Sa nouvelle « Cocon » a été nominée pour le prix Hugo en 1995. Son prochain roman, Diaspora, devrait paraître début 98. Néanmoins, certains critiques sont restés tièdes, et d'autres qualifient régulièrement ses textes de « philosophiques »… comme pour se justifier de n'avoir rien à en dire de plus.

    La réponse se trouve peut-être dans la définition que Norman Spinrad avait donné des cyberunks dans un article pour Asimov's Science-Fiction Magazine. Dans « Les Neuromantiques » (4), Norman Spinrad proposait d'appeler ainsi les cyberpunks car : « Gibson écrit de la hard science. mais il ne l'écrit pas comme heinlein ou Poul Anderson ou Hal Clement, même pas comme Gregory Benford. En termes de style, de philosophie, d'esthétique et de l'état d'esprit de son protagoniste, Gibson est plutôt cousiin d'Ellison, de William Burroughs. (…) Neuromancien réalise l'apparente contradcition d'un roman de hard science New Wave. Neuromantique. Neuro/mantique. mais aussi néo-romantique. » 

    Le terme n'a pas pris (ce qui n'a pas la moindre importance et n'enlève rien à l'analyse), mais une chose paraît claire : si Greg Egan partage avec les cyberpunks des années quatre-vingt quelques thèmes tels que l'intelligence artificielle, la réalité virtuelle, les biotechnologies, s'il est (et se reconnaît) comme un écrivain de hard science, il n'a pas de préoccupations stylistiques ou esthétiques, n'a pas du tout la même sensibilité et ne focntionne pas sur le mode symbolique ou mythique. Il est tout sauf un romantique : moraliste et réaliste, il nous invite à considérer d'un œil neuf ce que notre civilisation a fait de l'homme.

    Au cours des dix dernières année, les lecteurs français n'ont malheureusement eu accès qu'à un nombre limité de ses textes, ce qui les a empêchés de voir l'auteur développer sa thématique, et surtout d'en apprécier la richesse.

1733140081.jpg    Néanmoins… Dans Baby Brain, une femme dont le mari est dans le coma abrite son cerveau dans son utérus en attendant que son corps de remplacement ait fini de grandir. Dans « Cocon », un détetive homosexuel découvre qu'une compagnie s'apprête à mettre au point une technique qui protègera le fœtus de toute agression chimique — y compris celle qui aurait pu le conduire à devenir un être humain homosexuel… On est loin, on le voit, des histoires de dauphins intergalactiques et des Harlequins militaristes qui ont pu, çà et là, récolter quelques prix Hugo…

    Et ce n'est que le début… dans « Mortelle ritournelle », on invente une technique qui débouche sur 'écriture de mélodies publicitaires inoubliables — au sens littéral du terme. Dans Notre-Dame de Tchernobyl, des fanatiques religieu construisent une cathérdrale virtuelle. Dans « En apprenant à être moi » et « Rêves de transition », les personnages affrontent les conséquences de techniques qui leur permettent d'être enregistrés et de survivre en tant que copies dans des réalités virtuelles.

    Plusieurs remarques viennent à l'esprit quand on lit ces textes. Tout d'abord, l'auteur ne fait pas appel au « fond commun » de la science-fiction, à la quincaillerie des icônes du genre. Mieux : il n'utilise pas les « nouvelles technologies » pour justifier des « gadgets » anciens, mais pour créer des situations nouvelles, situations qui provoquent chez le lecteur plus de malaise que de bon vieux sense of wonder. Enfin, cette sensation de malaise vient de ce que l'auteur ne fait pas de concession à ce qu'on appelle communément la « psychologie », et qui relève plus souvent du stéréotype que d'une réelle étude des personnages. Autrement dit, non seulement il place ses rotagonistes dans des situations inédites — l'exemple le plus frappant étant la femme de Baby Brain, dont le titre original était « Appropriate Love » — mais il fait en sorte qu'ils ne puissent pas y réagir de façon « attendue », c'est à dire selon les « règles » de la morale et de la psychologie traditionnelles.

    Les personnages de Greg Egan sont très souvent des solitaires, des individualistes et des égoïstes. Ils sont sinon cyniques, du moins d'un réalisme que beaucoup trouveront choquant. dans une certaine mesure, ils incarnent un des aspects dominants de la psyché de l'homme occidental moderne. le plus réussi — en ce qu'il a consciece du problème — est Andrew North, le héros de L'Énigme de l'univers. Ce journaliste qui ne se'intéresse à rien d'autre qu'à lui-même et à son travail se retrouve largué par sa compagne aud ébut dy roman parce qu'il est incapable de se comporter « normalement » avec elle. Pour lui, la relation amoureuse est un ensemble de codes dont il n'a pas la clef. Ses efforts pour se comporter autrement que comme un lamentable égoïste sont pitoyables et l'entraînent de relation ratée en relation ratée. L'auteur ne s'intéresse aucunement aux raisons de ce comportement — ce n'est pas son propos — mais il montre comment Andrew va essayer de vivre — tant bien que mal — avec ce qu'il est.

99257547.jpg    Dans « Comme paille au vent », un agent secret cynique et désabusé est envoyé en Amazonie, au sein d'un territoire investi par des chercheurs rebelles et des anarchistes de tout poil. Il doit retrouver un chercheur qui a mis au point un virus qui permet ni plus ni moins dque de reconfigurer les structures neurales du cerveau. le scientifique en question a déjà utilisé son invention sur lui-même, pour venir à bout de la lâcheté et de la faiblesse qui l'avaient jusque-là empêché de cesser de travailler pour un gouvernement qu'en fait il détestait. « Comme paille au vent », qui par ailleurs est une nouvelle brouillonne et un peu longuette, est néanmoins caractéristique de la thématique de l'auteur. le personnage principal se retrouve lui-même infecté par le virus ; il découvre qu'il pourrait, s'il le voulait, modifier les structures de son cerveau et cesser d'être l'homme cynique et oportuniste qu'il a toujours été. L'auteur, bien entendu, ne nous dit pas ce qu'il choisit. Il préfère nous laisser méditer surce que serait une humanité qui aurait non seulement pris conscience des limitations que la nature lui impose, mais aurait suffisamment de courage pour changer — et d'intégrité pour que ce changement n'aboutisse pas à une catastrophe.

 

Sylvie Denis

 

 



    (4) In Univers 1987, traduction de Pascal J. Thomas.

01.05.2008

Greg Egan : un moraliste dans l'ère du choix (1)

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    Il n'y a, si on y réfléchit bien, que deux sortes de plaisirs dans la lecture : celui de la répétition et celui de la nouveauté. On sait que les enfants aiment qu'on leur raconte cent fois la même histoire. la plupart des adultes ne relisent pas, ou peu, les mêmes livres, mais ils ne détestent pas retrouver les mêmes personnages et les mêmes idées d'ouvrage en ouvrage — et on connaît les résultats de cette recherche du confort dans le plaisir sur la créativité des auteurs…

    Ce phénomène est pourtant à la fois inévitable et indispensable. Comme le fait remarquer Brian Stableford au début d'un article intitulé « Comment devrait finir une histoire de science-fiction ? » (1), « la nouveauté ne peut apparaître que sur un fond d'attente, il ne pourrait y avoir ni ironie, ni tragédie, si certaines conventions d'étaient pas là pour être trompées ».  

    Dans cette perspective, la science-fiction est une littérature paradoxale, qui chérit le novum, exalte la description de l'étrange et de l'inattendu, mais qui produit aussi nombre de clichés et de stéréotypes. C'est à ce prix que le genre se constitue comme tel, un ensemble de motifs qui va du voyage dans le temps à l'extraterrestre, en passant par les robots, les empires galactiques et tutti quanti. Ces motifs naissent de la nature même de la science-fiction, une littérature qui crée des simulations d'univers basés sr la perception qu'ont les auteurs du rôle primordial de la science et de la technique dans les métamorphoses de la société. C'est sur ce fond commun qu'il déploiet leur originalité personnelle. Les choses pourraient en rester là, si la société n'évoluait pas, si les sciences et les techniques restaient figées — ce qui est bien évidemment impossible.

1494950455.jpg    Au milieu des années soixante, la science-fiction, déjà bien établie dans ses codes et ses conventions, a vu apparaître un certain nombre d'auteurs qui étaient peu ou prou d'accord avec le paradigme essentiel du genre, mais qui en satisfaisaient plus ses règles collectives. Elles ne correspondaient plus à leur perception du rée, ni avec leur sensibilité artistique. Ainsi naquit la New Wave, qui permit à la fois un renouveau stylistique — avec des expérimentations pas toujours très heureuses, certes, mais qui eurent un effet liébrateur — et thématique : la musique et la culture rock aussi bien que les sciences dites « molles », de la linguistique à l'ethnologie, entrèrent dans le genre — sans oubier la politique et le sexe. Vingt ans plus tard, un phénomène similaire se reproduisit avec le mouvement cyberpunk. cette fois-ci, les nouveaux auteurs firent entrer l'ordinateur et toutes les techniques qui lui étaient associées, dans des domaines aussi différents que la création graphique, la musique, l'intelligence artificielle ou la réalité virtuelle, dans le champ d'une littérature qui avait à nouveau besoin de se renouveler.

    La plupart des critiques sont d'accord pour dire que, comme toutes les avant-gardes, le mouvement original s'est dissous de lui-même. Il me semble néanmoins que nous vivons encore sous son influence : sans former le moins du monde une école ou un mouvement, les auteurs les plus intéressants de la science-fiction contemporaine (2) prennent en compte les développements de l'informatique, des médias, des neurosciences, des biotechnologies, des mathématiques et de la physique. Il se trouve que beaucoup de ces auteurs, tels Stephen Baxter, Paul J. McAuley, Richard Calder, Geoff Ryman, Eric Brown, Mary Gentle, Ian MacLeod et d'autres ont débuté leur carrière dans le magazine anglais Interzone. De tous ces écrivains au talent incontestable, il me sembl néanmoins que l'auteur australien Greg Egan se distingue particulièrement, à la fois par sa thématique et son traitement.

335834287.jpg    En effet, comme je l'ai déjà écrit, il me semble qu'il existe à présent deux modes d'écriture de la science-fiction. L'un obéit, si l'on veut, au principe de plaisir : celui de la nouveauté produite par la science. Dans cette option « il se passe quelque chose » et l'auteur peut projeter ses lecteurs dans un monde qui offre peu de continuité historique avec le nôtre — mais qui permet à l'auteur et au lecteur d'entrer dans « le grandiose avenir », et de s'offrir tous les plaisirs du sense of wonder. Dans l'autre option, « réaliste », il ne se passe rien, et l'auteur bâtit son univers dans ce que j'appelle la « bulle de présent » : une période historique qui, comme dans le roman de Maurice Dantec Les Racines du Mal, englobe notre présent et notre proche futur. Ce mode d'écriture naît probablement, comme le souligne Gérard Klein dans une préface à Tous à Zanzibar (3), avec la New Wave et les années soixante, se prolonge avec William Gibson et trouve sa plus belle expression avec Greg Egan. Il est l'expression d'une science-fiction qui, en intégrant certains des discours de la littérature générale, est entrée dans l'âge adulte. Qui a peut-être perdu en innocence mais a gagné en intelligence et en profondeur.

 

Sylvie Denis

 

 



    (1) « How should a Science-Fiction Story End? », in The New York Review of Science-Fiction n°78, February 1995.

    (2) Cet article a été écrit en 1997.

    (3) Tous à zanzibar, John Brunner, Livre de Poche SF n°7180. 

 

23.02.2008

Le Gouffre de l'absolution

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Alastair Reynolds 

Presse de la cité (2005)

Absolution Gap (2003)

 

    Je ne sais plus quand j'ai commencé à comparer les livres à des ponts, mais c'est devenu, à la longue, mon image préférée.

     De la même façon qu'un pont permet d'aller d'un point A à un point B en franchissant un obstacle, un livre permet à un ou plusieurs personnages de passer d'une situation de départ à une situation d'arrivée. De la nature du pont dépend la qualité de la traversée et donc du plaisir du lecteur — qui, rappelons-le, ne donne pas son argent durement gagné en travaillant le lundi de Pentecôte pour s'ennuyer.
     Tous les ponts ne se franchissent pas de la même façon et surtout, ne se comportent pas de manière identique une fois franchis.

     Il y a des ponts qu'on traverse comme à bord d'un TGV, avec pour seul but d'arriver de l'autre côté. Très souvent, ce genre de pont s'effondre dès qu'on atteint son but : il ne reste plus rien dans l'esprit du lecteur une fois la dernière page du livre tournée. Le voyageur peut même s'en éloigner sans se retourner, ça n'a pas d'importance : il en trouvera facilement de semblables. Il y a des ponts qui ne s'effondrent pas, mais qui n'en restent pas moins très classiques : de braves ponts bien solides et bien bâtis, qui ne sont pas des chef-d'œuvres mais dont on ne se saurait se passer. Enfin, il y a des ponts qui sont de véritables monuments, tellement beaux que non seulement on prend un plaisir sans égal à les traverser, mais aussi que, lorsqu'on arrive de l'autre côté du fleuve (ou du précipice, ou de la vallée), se produit un phénomène rare : le pont, tel la corde d'une guitare électrique, se met à vibrer. Toutes les lumières s'allument pour souligner son architecture et tout — câbles, pierres, entretoises et autres merveilles de construction — semble avoir été placé là avec la plus grande délicatesse et la plus merveilleuse des précisions, et on ne voit pas comment on pourrait faire mieux.

     Le pont est alors un monument incontournable de la littérature et tout le monde est invité à le traverser au moins une fois dans sa vie.

     Absolution Gap est le quatrième pont d'une série de quatre romans racontant le difficile combat entre les différentes factions composant l'humanité du XXVIe siècle et les Inhibiteurs, des machines intelligentes dont le but est d'empêcher la naissance de civilisations avancées dans la galaxie. Il se trouve aussi que l'action principale est centrée autour d'un pont magnifique, qui a peut-être été bâti par une race d'extraterrestre sur une planète d'un système éloigné de tout. Fond et forme y sont donc, pour notre plus grand plaisir, réunis avec un sens rare de l'esthétique.

     Dans L'Espace de la révélation et La Cité du gouffre (le premier a été réédité chez Pocket, le second le sera dès octobre), Dan Sylveste mettait au jour l'existence des Inhibiteurs. Dans L'Arche de la rédemption (disponible aux Presses de la Cité), plus faible, les différents camps concernés et leurs représentants s'engageaient dans une course-poursuite un peu longue et poussive, malgré quelques grands moments science-fictifs, tels que destructions de planètes entières et autres combats cosmiques. Au début d'Absolution Gap, trois récits séparés dans le temps commencent. En 2627, les réfugiés de Résurgam recueillis à bord du Spleen of Infinity — dont le capitaine, atteint de la « pourriture fondante », manière de peste qui a ravagé la plupart des colonies humaines, s'est fondu avec son vaisseau en un personnage-artefact à l'esthétique gothico-visqueuse des plus réjouissantes — sont installés sur Ararat, dans le système d'Epsilon Eridani. En 2615, Quaiche, employé par une capitaine de vaisseau Ultra — un beau personnage de psychopathe sadique — finit par découvrir dans le système d'Hela une planète digne d'intéresser sa patronne : il y découvre un pont, ouvrage magnifique dont on ne sait qui peut l'avoir construit. Il est alors témoin d'un événement étrange et succombe à un virus religieux. En 2727, sur Hela, une civilisation entière s'est développée autour du phénomène mystérieux qui affecte sa lune. Quaiche a initié une religion : persuadé d'avoir assisté à un miracle, désireux de ne pas perdre un seul instant de vue la lune, il vit enfermé dans une cathédrale qui fait le tour de la planète de manière à ce qu'Haldora demeure visible à tout instant de sa vie. Avec l'arrivée de réfugiés chassés de leurs systèmes par l'avance inéluctable des Inhibiteurs, d'autres cathédrales ont été construites, et toute une société s'est développée de part et d'autre de la route circumplanétaire tracée par les cathédrales, sur une planète au demeurant inhospitalière. C'est là que Rashmiska Els, une jeune fille vivant dans une communauté qui se tient à l'écart des cathédrales et des virus religieux, et que passionne les restes de civilisations extraterrestres découverts sur la planète, décide d'enquêter sur la disparition de son frère.

     Les trois fils se rejoignent évidemment, non sans révéler un moyen de combattre les Inhibiteurs. Après le manque de dynamisme du précédent tome, l'auteur, en grande forme, revient à une structure serrée qui lui permet de mener un scénario impeccable et haletant.

     Mais est-on pleinement satisfait d'avoir traversé ce pont-là ? Oui et non. Excellent raconteur, Reynolds se perd parfois dans des scènes d'actions vite oubliées — des morceaux de pont qui s'effondrent dès qu'on les a passés. Il a également tendance à recourir à des facilités piochées dans le grand sac à malice du roman d'aventures : personnages dotés de pouvoirs surhumains — très pratique quand on a besoin que le futur vous envoie des messages — , résolution des problèmes à grand renfort de batailles, et surtout, dans ce volume, une solution à la menace des Inhibiteurs qui annule l'impact de la découverte de leur vraie nature et de leurs vraies intentions. L'auteur semble avoir oublié qu'il les a révélées dans le volume précédent, peut-être pour se ménager la possibilité d'une suite : cette ambiguïté empêche cette tétralogie de se clore sur la note vraiment tragique qui aurait convenu.

     Reste un space opera moderne qui ne transige pas avec les réalités de l'espace-temps et quelques morceaux de pont de toute beauté — des passages d'anthologie à ne pas rater. Au choix, le Spleen of Infinity, posé au bord de la mer et dont une bonne partie est submergée — et son départ. Le train de cathédrales steampunk faisant éternellement le tour de la planète à une vitesse d'escargot et les mœurs de leurs habitants. Encore une race d'extraterrestres énigmatiques. Des personnages, anciens et nouveaux — dont Quaiche et Grelier, un savant fou de la plus belle eau — , que leurs obsessions rendent sinon sympathiques, du moins infiniment humains, et même tragiques et touchants dans le cas de Scorpio, le cochon génétiquement modifié qui, d'ennemi juré des humains, devient leur leader dans l'adversité.

     Les lecteurs qui seraient restés sur leur faim après L'Arche de la rédemption pourront se rattraper avec ce volume, en attendant le prochain roman de Reynolds, un thriller S-F situé dans un tout autre univers, ainsi qu'un très beau recueil composé de deux novellas, Diamond dogs, turquoise days, prolongement de la présente tétralogie, paru en France directement en poche, en inédit, donc, chez Pocket au printemps 2006.

 

Sylvie Denis

22.01.2008

BIOS

8b289eeb445c3b5648dc9f239eaf4835.jpgRobert Charles Wilson

BIOS (1999)

Gallimard “Folio SF”, 2001

 

   Voici un roman concis, compact et coupant, une œuvre étrangement courte en ces temps de gros pavés bien trapus, mais qui laisse dans la mémoire une trace bien plus importante que sa longueur le laisse supposer.

     Il est vrai que l'auteur, Robert Charles Wilson, n'est pas de ceux qui font ce à quoi on s'attend.

     Darwinia, que l'on a pu lire dans la collection « Lunes d'encre », commençait comme un roman d'exploration. Il aurait pu n'être que cela, avec toute la panoplie désormais trop connue des longues expéditions en terre étrangère et des descriptions de paysages exotiques... Passionnant quand on a douze ans, barbant quand on a lu ses classiques, du Monde Vert à L'Anneau-monde, en passant par Rama et autres lieux plus ou moins exotiques...

    Robert Charles Wilson avait choisi d'éviter cela et de construire son roman sur une série de ruptures, ce qui n'est pas du goût de tous les lecteurs.

    Ceux-ci auraient cependant tort de se priver des plaisirs qu'offre cet auteur qui manie aussi bien l'émotion forte que la science dure, et dont le goût du détail et la finesse d'écriture ne sont pas donnés à tous.

     Si Bios laisse comme une goût d'amertume dans la bouche, c'est que nulle part on n'y cède à un quelconque romantisme, que ce soit celui du Futur, de la Science ou de l'Espace.
    L'action se déroule au XXIIe siècle. Après une période de troubles et d'instabilité, la Terre a retrouvé calme et prospérité sous la férule des Familles et des Trusts des Travaux. Un système dominé par une élite bureaucratique tatillonne et une hiérarchie sociale pesante et rigide.
     Dans ce contexte, le voyage spatial existe, mais il coûte extrêmement cher et n'est pas vu d'un œil favorable par toutes les factions politiques qui se combattent au sein des Trusts.
    Le XXIIe siècle de Robert Charles Wilson n'est pas une utopie et les personnages de Bios, autrement dit, le personnel de la station orbitale Isis, ne sont pas des héros.
     En effet, de nos jours, l'explorateur spatial est souvent présenté soit comme un héritier sophistiqué des pionniers de l'ouest Américain — à la Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne — soit comme un descendant des aventuriers de la littérature populaire — comme le mercenaire de Chasm City d'Alastair Reynolds. Les personnages de Bios ne sont ni l'un ni l'autre : leur identité dépend entièrement de leur origine socio-économique et géographique, leur liberté de mouvement est toujours limitée, soit par leur conditionnement, soit par le contexte.
     La protagoniste principale, Zoé Fisher, a été clonée et génétiquement modifiée pour survivre à la surface de la planète Isis, environnement dont les formes de vies sont si peu compatibles avec celles de la Terre que personne ne peut s'y promener à l'air libre. Même les scaphandres les plus sophistiqués, même les mesures de protections les plus extrêmes échouent à protéger les colons de micro-organismes d'une agressivité inconnue sur Terre. Le directeur de la station, Kenyon Degrandpré, est un haut fonctionnaire entièrement soumis aux Familles : volontairement castré en gage de loyauté et uniquement préoccupé par sa carrière. Les scientifiques qui travaillent à bord de la station orbitale et dans celles qui se trouvent sur la planète sont différents car ils viennent soit de Mars, soit des lointaines colonies Kuiper, indépendantes des Trusts et de leur système social rigide. Mais pour eux, la vie sur Isis se réduit à la vie à l'intérieur de stations que les micro-organismes locaux semblent avoir décidé de détruire.
     Quant à Zoé Fisher, elle a été créée pour explorer Isis et son merveilleux — et mortel — biotope. Mais elle va surtout se révéler à elle-même : une jeune fille dont le thymostat, un régulateur sensé lui épargner les troubles d'une psyché soumises à des hormones non régulées, a été saboté. La liberté qu'elle trouve est bien réelle — mais elle est le fruit d'une intervention extérieure. Zoé, qu'elle soit un clone fabriqué par Devices and Personnels ou une jeune femme qui se découvre une nouvelle personnalité, de nouvelles émotions — dont l'amour — n'est pas plus libre, pas plus maître de son destin qu'aucun des autres personnages du livre, qu'ils soient prisonniers du système social terrien, des Trusts, ou tués par la planète qu'ils tentent d'explorer.
    Tout cela peut paraître peu engageant, et le serait effectivement si l'auteur n'avait l'immense talent de faire vivre une civilisation à la fois crédible et réaliste — le futur des Familles sonne juste, il pourrait bien être un de ceux qui nous pendent au nez — et des personnages vivants. L'exploration d'Isis et le mystère que cache l'agressivité de la planète à l'égard de l'humanité sont passionnants. Une vieille et excellente idée de S-F est ici revisitée avec maestria. Mais il est évident que pour l'auteur, du moins dans ce livre, le futur de l'intelligence ne réside pas dans les individus — ce qui, pour une conscience occidentale du XXIe siècle, n'est jamais agréable à considérer.
     Reste qu'avec Bios, la collection « Folio SF » nous livre son premier inédit dans le domaine de la fiction. Et pour une première, voici un bien joli morceau de lecture.

 

Sylvie Denis

11.01.2008

La trilogie steampunk

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Paul Di Filippo 

The Steampunk Trilogy (1995) 

J'ai lu “Science-fiction” (2000)

 

     Les temps modernes ont commencé bien plus tôt que nous le pensons. C'est en fin de compte le message du steampunk qui, en bricolant la technologie du XIXe siècle, nous rappelle que nous avons tendance à considérer comme primitives toutes les époques qui nous ont précédées. En poussant jusque dans leurs plus exotiques limites les techniques des deux siècles précédents, les auteurs du steampunk rendent justice aux savants des âges de la vapeur, de l'électricité et du fer — pour notre plus grand plaisir.

    La Trilogie steampunk représente ce que l'on a fait de mieux dans le genre : trois novellas dans lesquelles des scientifiques se livrent à des expériences aux conséquences plus qu'inattendues.

    Dans « Victoria », Cosmo Cowperthwait, inventeur malheureux d'un nouveau moyen de production d'énergie — au moyen d'uranium, ce qui a provoqué la mort de toute sa famille dans une gigantesque explosion... — s'est tourné vers la biologie. Le résultat ? Victoria, une salamandre à taille et forme humaine, qu'il vient de cacher dans un bordel londonien lorsqu'il reçoit la visite du premier ministre en personne. Pourquoi un tel personnage s'intéresse-t-il à un obscur savant ? Hé bien, parce que la jeune reine Victoria, dont le couronnement approche, a disparu, et qu'il a besoin de sa créature pour donner le change. S'ensuit une enquête qui mène le malheureux Cowperthwait et son valet dans les bas-fonds de Londres, jusqu'à l'école de jeunes filles d'une dame nommée Otto et à un duel avec un homme au nez d'argent ! Tout est réussi dans ce texte : des personnages plus excentriques les uns que les autres aux situations comiques ou grotesques, sans oublier les inventions de Cosmo.

    La deuxième novella n'a pas le rythme de la première. Le professeur Agassiz, fervent défenseur du créationnisme contre les théories de Darwin, y part à la recherche d'un étrange fétiche, et tombe sur quelques monstres tout droits sortis de Lovecraft. Le personnage et son racisme sont joyeusement caricaturés, mais l'intrigue est moins rondement menée que dans la première nouvelle.

    Le meilleur est pour la fin, avec « Walt et Emilie ». Walt, c'est Walt Whitman, le grand poète américain du XIXe siècle, d'abord vilipendé pour s'être fait le chantre de la sexualité dans ses poèmes, mais reconnu à la fin de sa vie. Emily, c'est Emily Dickinson, poétesse inconnue de son vivant, mais dont les quatrains incisifs, qui déchiffrent de manière quasi métaphysique émotions et sentiments, seront publiés après sa mort. Di Filippo fait se rencontrer la recluse d'Amherst, Massachussets, et le démocrate élégiaque à l'occasion d'une expérience menée par le frère d'Emily — qui vécut effectivement non loin du couple formé par lui et par sa meilleure amie. L'expérience en question vise à atteindre Summerland, c'est à dire l'au-delà, pour y rencontrer les morts du passé et du futur. Passons sur les détails de l'expérience — le voyage se fait dans un schooner et la machinerie est rechargée en courant électrique par des autruches ! — pour dire qu'ils finissent par rencontrer Allen Ginsberg, autre poète américain, mais de la beat generation cette fois.
    Avec ce merveilleux texte, Paul Di Filippo, nouvelliste émérite mais auteur hélas peu connu ici — des textes sont parus en leur temps dans Fiction, l'anthologie Mozart en verres miroirs, la revue Cyberdreams et, plus récemment, Galaxies et Bifrost — donne toute la mesure de son talent et prouve, s'il en était besoin, que le steampunk n'est pas que décoratif.
    En réunissant Walt Whitman, Emily Dickinson et Allen Ginsberg dans une aventure surnaturelle, il rend hommage à ce que la culture américaine peut produire de meilleur. Walt Whitman eut du mal à être lu parce qu'il défendait des idées démocrates et pensait qu'on trahissait les idéaux de la révolution. Allen Ginsberg, qui s'adresse à Whitman dans un de ses poèmes (A super-market in Califorma, Howl), critiqua les valeurs de la société américaine dans toute son œuvre. Emily Dickinson, recluse dans une petite ville du Massachussets, vécut à l'opposé de l'image de l'écrivain américain moderne, voyageur aux multiples métiers prêt à prendre la pose pour la postérité — et n'en produisit pas moins une œuvre dont la forme, comme le fond, sont d'une éclatante modernité. Les temps modernes ont vraiment commencé plus tôt qu'on ne le pense, y compris en ce qui concerne les idées.
     Tout cela est fait sans la moindre lourdeur, au contraire, avec humour et une capacité à inventer des machines et des situations cocasses qui ne peuvent que réjouir le cœur du lecteur de S-F qui s'empressera de poser ce livre sur les rayons de sa bibliothèque, en attendant la traduction de Ribofunk, le deuxième recueil de l'auteur (1).

 

Sylvie Denis



    (1) On l'attend toujours, seuls Pages perdues, son cinquième recueil, et un roman intitulé Langues étrangères ayant été traduits en français à ce jour.

30.12.2007

La SF n'est pas à la mode (3)

Pourquoi la science-fiction n’est-elle pas à la mode ?


    Vous parlez d’une question à me poser.

    Ça me fait à peu près le même effet que si un hypothétique journaliste dans une hypothétique interview me demandait “êtes-vous une vieille conne ?”.

    Vous voyez le genre. Mais bon. Admettons que ce soit une question pertinente et posons le cadre d’une réflexion sur ce sentiment qui semble étreindre certains d’entre nous telle une sorte de maladie de l’entre deux-âge, un truc d’entre quarante et cinquante et quelques années où l’on n’est décidément plus jeune et néanmoins pas près d’être mort.

    Enfin, j’espère.

 

    Posons donc le cadre.

    Je ne sais pas ce qu’est la “mode”. Je ne sais pas ce qu’est “le lectorat”. Je ne sais pas ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour qu’il lise de la SF.

    En tout cas, pas dans la société où nous vivons actuellement. Elle se compose d’un très grand nombre de groupe socio-culturels. Certains se croisent, se superposent, se regroupent, se mélangent. D’autres pas. Dans certains on lit des livres, dans d’autres pas. Je veux donc bien croire qu’ils sont traversés par des effets de modes, mais de là à dire lesquels, et d’y situer la Science-Fiction précisément ? De quoi parle-t-on lorsqu’on parle de mode aujourd’hui ? D’Harry Potter ? Du portable ? De Second Life ? De la télé-réalité ? De You Tube ? Du consensuel tel que défini par TF1 ou Paris Match ? De best-sellers ?

    Je n’en sais rien. Je n’ai pas envie de discourir sur des stratégies supposées attirer les lecteurs. Je ne sais pas comment “on fait” et je ne suis pas en position de le faire. Et je serai prête à parier que fort peu de gens, en dépit de leurs fanfaronnades de traqueurs de tendances et autres créatifs de besoins pour consommateurs en mal d’investissement de leur libido, n’en savent pas plus que moi.

    N’oubliez pas ça, j’y reviendrai.

 

    Mais bon, on va faire comme si on savait ce qu’est la mode d’aujourd’hui et dire ceci :

    La Science-Fiction ne serait pas “à la mode”, ne serait pas “in”, ne serait pas “jeune”. Or, la Science-fiction a gagné. Ses images sont partout. Ses clichés sont connus. Je le sais, vous le savez, et nous savons que nous le savons. La différence entre nous et le reste du monde est qu’il ne sait pas qu’il le sait. C’est un peu agaçant, mais ce n’est pas grave.

    L’autre jour, j’ai vu une publicité pour un téléphone portable qui rassemblait dans la même image cet objet qui lui, est à la mode, et une fusée, ou un vaisseau spatial quelconque.

    Il se trouve qu’il y a quelques années j’avais écrit un texte — c’était dans Yellow Submarine, un fanzine papier, il y a donc prescription et je peux me répéter. Le texte s’appelait “En attendant le 21ème siècle” et on peut le résumer ainsi :

    Nous n’avons pas eu de vaisseaux spatiaux et d’extra-terrestres, nous n’avons pas eu le futur de nos douze ans, mais nous avons eu des micro-ondes et des magnétoscopes.

    Oui, le texte ne mentionne ni le net, ni le portable, ni toute une montagne d’objets nouveaux qui sont arrivés depuis dans notre quotidien.

    Ici, il convient de pontifier et de rappeler ce qui caractérise la Science-Fiction. Ce qui en fait un genre unique, singulier et à nul autre pareil.

    Si une chose n’est pas à la mode c’est ça : dire que la SF fonctionne d’une manière qui lui est propre, qu’elle a des buts et surtout, des effets sur les lecteurs qui lui sont propres. Que ces lecteurs ont le droit de rechercher des œuvres qui leur apporte ce plaisir particulier. (Ça ne change rien, que je sache, au droit qu’a le reste du monde de lire et d’écrire ce qu’il veut…).

    Je n’entrerais pas ici dans le débat qui consiste à se demander si la SF est trop hard ou pas assez, si les couvertures de ses éditeurs sont trop ou pas assez blanches, s’il faut y ajouter plus de physique, moins de chimie, plus d’allitérations, moins de virgules, plus de théorie des cordes, de sociologie, de neuropsychologie, plus de vers, moins de prose, des tirets, des points de suspension, des voyelles, des consonnes… Ça n’est pas la question. Ou plutôt, ça n’est pas ma question.

    Donc, back to basics.

    La Science-Fiction est cette littérature qui simule des univers au moyen de l’extrapolation. Ces univers sont basés sur une vision la réalité basées sur les connaissances apportées par la science dans l’acception la plus large du terme. L’extrapolation peut porter sur un élément ou sur tout un monde. Le critique Darko Suvin a appelénovum ces éléments qui construisent l’univers de SF. Avec le temps, un certain nombre de ces novums, comme le voyage spatial, les extraterrestres, l’hyperespace, etc ont constitué un fond commun dans lequel piochent les auteurs. Les auteurs prennent plaisir à jouer avec ce fond commun, et à y ajouter des éléments fournis par la réalité. Le lecteur de SF prend plaisir à ce jeu.

    La Science-Fiction que j’ai lue est donc basée sur une vision de la modernité née (grosso modo) avec les Lumières, poursuivie avec le 19ème et le 20ème siècle. C’est la première modernité, la modernité 1.0. Il y aurait beaucoup à dire sur sa nature, mais je n’ai pas la place ici.

    Une remarque tout de même : la SF n’a pas seulement gagné parce que son imagerie est présente partout. Elle a gagné parce que sa vision de la réalité en tant qu’analysable et transformable par la science et la technique est un fait. On a construit des cathédrales et des mosquées pour des dieux dont on ne sait rien, sinon ce qu’ils disent du besoin de réconfort des hommes, mais pour autant que je sache, si elles sont encore debout, c’est grâce aux lois de la physique, pas aux priéres des fidèles, aussi sincères soient-ils…

 

    Depuis quelques années, un “quelques années” qui commence avec la chute du mur et se poursuit avec le onze septembre, la prise de conscience du changement climatique induit par l’homme, le dévelopement des biotechnologies, de la micro-informatique en général et de l’internet en particulier, nous avons quitté la modernité 1.0.

    C’est ce que j’appelle le novum de nos vies. Le novum de nos vies constitue l’environnement de la bulle de présent. La bulle de présent empêche beaucoup de gens de prendre conscience du nouveau paradigme qui est le nôtre et de voir le futur.

    Alors, ils lisent Harry Potter et jouent à des jeux bourrés d’imagerie sf sur leur consolesen ignorant que ces vaisseaux spatiaux, ces extra-terrestres, ces robots et autres gadgets du futur ont été inventés dans les pages des pulps et développés dans celles d’innombrables nouvelles et romans.

    Et surtout, ils ne savent plus où ils habitent.

    Au sens littéral du terme.

    Ils vivent dans un monde qui change et dont on leur dit qu’il ne va pas s’améliorer. Le seul domaine où les chasseurs de tendances (c’est là qu’ils reviennent) semblent faire preuve de l’optimisme de la modernité 1.0 est celui du net, de la télé et de la consommation. Pour tout le reste, c’est cacophonie, conflits d’intérêts, corporatisme, magouilles, course au fric, discours hésitants ou vides, poses pessimistes et cyniques.

    Pour ces gens-là, l’imagerie SF de la modernité 1.0 peut paraître hors de propos, désenchantée, poussiéreuse, le recours au fond commun du genre inutile.

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    Or — et je suis désolée d’en arriver à une telle évidence — mais pour se projeter dans le futur, il faut d’abord avoir observé le présent et s’en faire une certaine idée.

    Autrement dit : nous sommes dans la modernité 2.0, mais nous nous croyons dans un tunnel et nous n’en voyons pas la fin. Difficile, dans ces conditions, de nous projeter dans le futur. Difficile de voir la pertinence des images de la SF de papa. Difficile de les réinvestir, de les réenchanter — ou d’en inventer d’autres.

    Pour crever la bulle, il faut d’abord assimiler la modernité 2.0. Sortir la tête du guidon. Arrêter d’acheter des Wii en pensant qu’on va dans le mur mais qu’en attendant qu’on rationne la flotte et l’essence, on peut bien s’amuser un peu.
Et pour cela, il existe une littérature qui simule des univers en se basant sur une vision de la réalité. Qui l’analyse, la caricature, la triture, la parodie et la transcende. Et dont le fond commun d’images ne peut qu’être recréé par ceux qui se font les témoins lucides de la vraie nature de leur quotidien.


    Cette littérature s’appelle la Science-Fiction et de la même façon qu’elle s’est créé une grammaire d’images pour parler de la modernité 1.0, elle en trouvera une pour parler du novum de nos vies, de la période de mutation formidable qui caractérise notre époque.

    À moins de croire que le Temps lui-même va s’arrêter. Ce qui est physiquement impossible. Tant que les hommes auront des enfants, le futur ne sera jamais démodé. 

 

Sylvie Denis

04.12.2007

Les Fils de la Sorcière

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Mary Gentle
 
Golden Witchbreed (1983)
 

Rivages, 1996

 

       Nous ne sommes jamais allés dans l'espace.

    Non, ce n'est pas le début d'une uchronie, simplement une constatation qui s'impose. En effet, un siècle débute et les rêves d'expansion dans et au-delà du système solaire s'avèrent n'être que les enfants morts-nés d'une époque déjà incroyablement lointaine. La course à la Lune ne fut qu'un instrument parmi d'autres de la guerre froide, qui a cessé avec elle et que rien n'est venu remplacer.

    Ce préambule pour dire que le Dominion, pour lequel travaille Lynne de Lisle Christie, émissaire envoyée sur la planète Carrick V me semble avoir plus de rapport avec notre passé colonialiste qu'avec notre futur raisonnablement extrapolé.    

    Ce qui ne veut pas dire que le voyage n'en vaut pas la peine, bien au contraire : quelles que soient les restrictions ronchonnes que l'on ait au départ du voyage vers le centre de la galaxie, il faut bien avouer que l'on est accroché dès les premières pages.

    Grâce aux dons d'empathie de Christie et au talent de Mary Gentle, la civilisation d'Orthé possède l'épaisseur d'un véritable récit de voyage vers des contrées lointaines et, surtout, nouvelles ; extraterrestres humanoïdes, organisation sociale, villes, langues, animaux, paysages : tout y est, et tout sonne juste.

    Ayant obtenu l'autorisation de voyager, Lynne de Lisle Christie se retrouve au centre d'un noeud d'intrigues politiques, échappe à des tentatives d'assassinat avec une belle ténacité, et découvre peu à peu les mystères d'une planète fascinante.

     Et mystères il y a : cette civilisation n'est pas primitive parce qu'elle n'a pas créé de technologie, mais plutôt parce que le souvenir quasi-légendaire des Fils de la Sorcière, une race hautement développée, lui interdit de refaire les mêmes erreurs.

     Le charme de ce roman en dit long sur ce qui nous manque, à nous autres habitants post-coloniaux et post-modernes d'un monde désenchanté. Rempli d'odeurs et d'images, de coutumes curieuses, de physiologies étonnantes et de paysages grandioses, il nous transporte sur un monde où la vie est rude, mais chaleureuse et sécurisante, où chacun a une place et où la religion garantit un lien avec la terre et assure une croyance en une continuation au-delà de la mort. Malgré toutes les difficultés qu'elle rencontre dans ses contacts avec ces gens experts en intrigue et en politique et qui rejettent absolument toute civilisation basée sur la technologie, Christie tombe amoureuse de cette planète. Et à moins d'être imperméable à cet exotisme extraterrestre qui est tout de même à la base du sense of wonder, vous en tomberez amoureux aussi.

     Vous songerez à son passé ancien et aux incroyables pouvoirs des Fils de la Sorcière et vous vous demanderez pourquoi on n'a pas traduit d'un coup les deux parties de ce qui est en réalité une seule histoire composée de Fils de la Sorcière et Ancient Light. Car si la mission de contact de Christie trouve sa fin dans le premier ouvrage, les questions soulevées par ce qu'elle découvre sur le passé de la planète ne sont résolues que dans le deuxième. Lequel prouve, par ailleurs, que Mary Gentle est de ces rares auteurs capables de concevoir des univers et des intrigues qui justifient des ouvrages de plusieurs centaines de pages. Ce qui, en ces temps d'inflation parfois inutile, n'est pas à négliger... 

 

Sylvie Denis

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