27.10.2007
Stephen Baxter (2)

LES VAISSEAUX DU TEMPS
Ailleurs et demain, Laffont, 1998
Ce récit reprend la narration du héros de La Machine à explorer le temps exactement là où H. G. Wells l'avait achevée, il y a cent ans. S'apprêtant à retourner dans le futur pour sauver Weena, la séduisante Eloï, des griffes des Morlocks, le Voyageur découvre un futur différent, où ses ennemis de jadis sont à présent une race évoluée et pacifique, qui a émigré sur le plus vaste territoire jamais conçu : les deux faces d'une vaste sphère englobant le soleil. Il ne lui est même plus possible de retrouver son époque, chaque déplacement dans le temps induisant la création d'un univers parallèle. Ses tentatives, en compagnie d'un Morlock, l'amènent successivement dans un 1938 où la première guerre mondiale n'a pas encore pris fin, au Paléocène où elle se poursuit, et jusqu'aux débuts de l'univers, au delà du big-bang !
Il est impossible de rendre compte en quelques lignes de la richesse et de l'inventivité de ce livre, aux détails prolixes. Le narrateur a plus d'une fois l'occasion de se fréquenter, ce qui, en observateur intègre, ne le rend que moins indulgent envers lui-même.
Ce n'est pas le moindre mérite de Stephen Baxter que d'avoir poussé à l'extrême les paradoxes temporels pour mieux les éliminer : ces derniers ne sont qu'apparents, ce qu'il démontre enformulant, avec la rigueur et la logique du mathématicien qu'il est, un principe de Conservation fonctionnant dans une dimension supérieure intégrant la Multiplicité des Histoires. En effet, cette aventure de l'extrême est également un conte philosophique dénonçant l'absurdité des guerres, apprenant la tolérance et esquissant, à la façon de Zadig de retour de ses pérégrinations, une quête du bonheur (le roman finit d'ailleurs sur ce mot). Les amateurs de sense of wonder ne seront pas déçus en lisant la relation de ce voyage aux confins de l'extrême : il y a longtemps qu'on n'a plus éprouvé pareil vertige.
On ne saurait rêver de plus bel hommage au père de la science-fiction moderne. Baxter a non seulement poussé la réflexion aussi loin qu'a pu le faire son illustre prédécesseur à son époque, il a également imité son style à la perfection, de telle sorte que les deux journaux de voyage semblent bien avoir été écrits par la même plume. Ce livre a déjà ramassé trois prix littéraires, ce qui n'est pas étonnant ; les vaisseaux du temps est plus qu'une performance : c'est un chef d'œuvre !
Gilles Dumay poursuit sa promotion de Baxter dans sa brève anthologie périodique Aventures lointaines, en Présence du futur, chez Denoël : celui-ci figure dans les deux numéros avec une uchronie « Tu ne toucheras plus jamais terre », qui relate le périple de l'aviateur Göring vers le pôle à bord d'un Fokker trafiqué afin de prouver que le système solaire est réellement un planétaire fait de tiges reliant les planètes au soleil. Sa suite, « Mittelwelt », fait de Göring le chancellier d'Allemagne en 1940 alors qu'un bombardier antipodal tente d'empêcher la guerre qui couve entre l'Allemagne et le Japon.
Dans le même temps, J'ai Lu publie Voyage puis successivement deux autres romans consacrés à la conquête spatiale : Titan et Poussière de lune.
15:40 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, H.G. Wells, voyage dans le temps, guerre, Morlocks, littérature
25.10.2007
Stephen Baxter (1)
Né à Liverpool en 1957, Stephen Baxter s'est imposé d'emblée en France avec un très grand roman, Les Vaisseaux du temps. Il n'en était pas à son coup d'essai : sa série des Xeelees, extraterrestres contre lesquels l'humanité est en guerre et qu'on retrouve dans la saga des Enfants de la destinée, entamée en 1991, en était à son quatrième volume. Avant cela, il avait publié des nouvelles dans divers supports, à partir de 1986.
Ses thèmes de prédilection : l'espace et l'évolution. Cet ancien candidat astronaute fut éliminé en 1991des tests de sélection pour la station spatiale Mir. Sa déception, devant la façon dont la NASA a brisé le rêve de conquête spatiale se retrouve dans ses livres : Voyage est une uchronie de ce qui aurait pu se passer, Titan est imprégné de l'esprit de conquête, et la série Les Univers multiples met en scène Reid Malenfant, exclu de la NASA qui a décidé de partir dans l'espace avec des capitaux privés. Mais c'est surtout le thème de l'évolution qui passionne Baxter, puisqu'il tente, dans de plusieurs de ses romans, d'imaginer l'évolution de l'humanité quand ce n'est pas celle du cosmos. De même, il se targue de raconter à travers des récits vivants les étapes passées et à venir des mammifère (Evolution) ou celle de la vie depuis le big bang (Exultant). Le moins qu'on puisse dire est que cet ancien professeur de mathématiques, de physique et d'informatique est aussi érudit que passionnant à lire.
Baxter est si stimulant intellectuellement que personne n'a plus honte, grâce à lui, de lire de la science-fiction ; on aurait plutôt honte d'avouer qu'on n'a pas encore lu Baxter.

Un numéro spécial de la revue Etoiles Vives lui a été consacré en 1998, avant la parution des Vaisseaux du temps en France, mais après la parution de ses premiers textes en 1997, dans Cyberdreams n°11 (« Au PVSH ») et Galaxies n°6 (« Le bassin logique »). Il contient deux nouvelles de l'auteur, hommage aux Premiers hommes dans la lune de Wells avec l'étonnant « Les hommes-fourmis du Tibet » et au boulet de canon de Verne ainsi qu'à Wells avec « Columbiad » où un personnage de fiction demande à son auteur de l'envoyer à nouveau dans l'espace. Baxter acquiert dès lors sa réputation d'auteur original encore trop peu connu en France. C'est donc Sylvie Denis qui l'a découvert et Gilles Dumay qui l'impose en réunissant autour de ces textes un article critique de Joseph Altairac sur Verne, Wells, Baxter et l'invention de la science-fiction moderne ainsi qu'une bibliographie établie par Alain Sprauel. « Le Bassin logique » retenu par Stéphanie Nicot pour Galaxies en 1997 appartient au cycle des Xeelees, comme l'autre novella publiée l'année suivante dans Bifrost n°8 par Olivier Girard, Les Enfants de Mercure.
15:15 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, Stephen Baxter, science, hard SF, Jules Verne, H.G. Wells, littérature


