02.10.2009
Arago

Laurent Genefort
Fleuve Noir (1993)
Le « Grand Prix de l'Imaginaire » qui vient couronner ce livre excusera, je l'espère, mon retour tardif sur l'ouvrage (qui à ma connaissance est passé au travers des mailles du Chalutier Jaune). Arago est une planète à la tectonique remarquable, divisée qu'elle est par la Gueule Béante, sorte de faille monstrueuse qui ne laisse que deviner un fond voilé par des nuages, à des kilomètres de profondeur, et la vallée de l'Ereb, fleuve gigantesque séparé de Gueule Béante par une chaîne de montagnes, et qui arrose une bonne partie des nations du monde connu.
Deux expéditions sont lancées simultanément vers les marécages de l'Averne, qui abritent un ancien astroport et les usines atmosphériques qui fournissent les humains en air respirable. L'une parcourt la Gueule Béante en prenant passage sur les îles-des-vents, véritables villes volantes, et l'autre emploie le Grand-Espérance, premier vaisseau fluvial à propulsion nucléaire. Elles vont se heurter aux multiples chefs de guerre placés sur leur chemin, et découvrir la futilité de leurs buts apparents...
Genefort a le grand mérite de créer un monde fascinant, avec son histoire et sa géopolitique (quelque peu empruntée quand il introduit des rapports raciaux décalqués de ceux de la bonne vieille Terre, mais passons). La logique de sa création semble souvent visuelle, comme c'est le cas chez Bordage. Passons sur les invraisemblances, comme cette image d'un train de roulottes à vapeur parcourant la jungle, imperméable à tous les obstacles ; Genefort a sur Bordage la supériorité d'une imagination beaucoup plus féconde, beaucoup moins liée à des clichés éculés. Disons que si Bordage a une vision post-moyenâgeuse de l'univers, Genefort a progressé jusqu'à l'âge victorien, et semble fasciné par les chaudières et les tubulures.
Cela ne l'empêche pas d'être référentiel en diable, dans le nom de ses pays ou de ses personnages. Quand on voit arriver un dénommé Fitzcarraldo aux commandes d'un vaisseau qui remonte l'Ereb, on se doute qu'aux premiers rapides il le fera démonter, et porter pièce par pièce par les indigènes recrutés sur place... sans souci de la totale impossibilité de pratiquer une telle opération sur un réacteur nucléaire !
L'écriture de Genefort est plus faible, avec beaucoup de phrases convenues, des « cuirs » retentissants — il croit apparemment que « se mettre en torche » s'applique à un parachutiste enflammé par l'ennemi, ou qu'une « ligne brisée » présente des lacunes — et des néologismes transparents — par exemple ceux qu'il obtient par aphérèse, comme arcasse, squif ou iscopalien...
On aurait toutefois mauvais goût à faire procès à Genefort de ses tics d'écriture, qu'il hérite en bonne partie de son modèle. Genefort marque à mon sens un phénomène nouveau dans la SF française : la fin de Serge Brussolo en tant qu'exceptionnelle singularité, et le début de sa vie de chef d'école (involontaire sans aucun doute). Gilles Dumay a eu raison de souligner (dans Yellow Submarine #112) la dette que Genefort doit à Brussolo au niveau des motifs. Elle est encore plus flagrante à celui de l'écriture : Genefort se lance constamment dans des « fugues brussoliennes », ces passages en-dehors du temps du récit souvent introduits comme des récits mythiques. « On dit que », « les vieux racontent que », pour un passé imprécis et répété (à l'imparfait) ou au contraire « on s'imagine que » pour un avenir hypothétique (au conditionnel). Suivent des images fantasmatiques, parfois horrifiques. Mais là où Brussolo se plonge dans des pages entières de flashes-back, forward, ou aside, Genefort se bride spontanément au bout d'un ou deux paragraphes. Il n'en reste parfois que des exagérations manifestes comme cette « description » p. 239 : « [Pendrek] renonça à le retourner. La chaleur avait dû faire couler son visage comme de la cire. » J'ai rarement vu la viande fondre littéralement à la cuisson...
C'est la brièveté de ses digressions qui permet à Genefort de livrer un roman de SF structuré de façon « normale », là où Brussolo crache des délires (parfois admirables, parfois laborieux). Un défaut sur ce plan, malheureusement : l'incroyable multiplicité des personnages ne leur permet pas de prendre corps individuellement, et les sauts perpétuels de point de vue ôtent tout espoir dans cette direction. Beaucoup finissent par mourir dans des péripéties oiseuses, et dans le plus total manque d'intérêt du lecteur. Certes, Arago dépasse la longueur habituelle d'un Fleuve Noir (par son nombre de pages, et ses caractères de corps réduit), mais c'est très loin de suffire à la longueur requise par l'abondance de la distribution. Si les personnages sont dotés d'une histoire personnelle, et de quelques touches de caractère, ils ne prennent jamais vraiment vie pour moi, et leurs motivations restent souvent obscures. Gageons que Genefort saura corriger ce défaut si on lui en laisse le temps (et je rejoins là les conclusions générales de Gilles Dumay).
Pascal J. Thomas
Yellow Submarine n°113, 1995
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28.09.2009
Les Loups des étoiles

Edmond Hamilton
(Denoël Lunes d'Encre)
un bijou merveilleux, il est avant tout prétexte à des aventures endiablées, pleines de bruit et de fureur, où le souffle épique de l'auteur entretient sans peine la suspension de l'incrédulité chère à la S-F en dépit de quelques approximations sur le plan scientifique. De plus, Hamilton trouve le moyen de coller à l'actualité sans en avoir l'air. Ainsi, l'Errance libre, que l'on découvre dans Les Mondes interdits, fait irrésistiblement penser, jusques et y compris dans les motifs employés par Chane pour la condamner, à une métaphore du voyage psychédélique. Et l'on ne sera pas surpris que cette inscription dans une réalité contemporaine de son écriture fasse de ce titre le meilleur et le plus profond de la trilogie, puisque toute bonne S-F ne parle que du présent.
Roland C. Wagner
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30.08.2009
L'alouette de l'espace
The Skylark of Space
E.E. "Doc" Smith
Généralement considéré comme le père du space opera, Edward Elmer « Doc » Smith (1) est né en 1890 dans le Wisconsin d'une mère institutrice et d'un père marin. Comme celle de nombreux auteurs de science-fiction, sa famille déménage à plusieurs reprises durant son enfance : tout d'abord, peu après sa naissance, dans l'État de Washington, puis dans l'Idaho où son père serait devenu fermier. Il obtient une licence de génie chimique à l'université de ce dernier État en 1914, puis un doctorat dans le même domaine à l'université George Washington (District de Columbia) en 1918. L'année suivante, il devient chef chimiste dans le Michigan où il travaille sur les mélanges pour donuts.
C'est en 1915, lors d'une discussion au sujet du voyage dans l'espace avec un ancien condisciple et l'épouse de celui-ci, Lee Hawkins Garby, que naît l'idée d'écrire The Skylark of space (2). en collaboration avec celle-ci qui doit se charger des aspects disons romanesques. Mais tous deux délaissent peu à peu le projet et ce n'est qu'en 1920 que Smith achève le roman. Il essaye alors de le placer et essuie de nombreux refus avant de réussir à le vendre en 1927 à Amazing Stories, alors dirigé par T. O'Conor Sloane.

Face à un succès immédiat auprès des lecteurs, Sloane réclame une suite. Smith entame seul l'écriture de Skylark Three, qui paraît en 1930, toujours dans Amazing. Puis, considérant la série terminée, il rédige Spacehounds of IPC, un roman qu'il estime beaucoup plus sérieux sur le plan scientifique, avant de se lancer dans Triplanetary (3) dont la publication débute en 1934.
F. Orlin Tremaine, rédacteur en chef d'Astounding, lui ayant proposé le double du tarif d'Amazing pour Triplanetary — mais trop tard car le roman était déjà accepté par Amazing — il suggère à Smith d'écrire un troisième Skylark, et The Skylark of Valeron paraît en feuilleton d'août 1934 à février 1935.
La réédition en volume des ces trois romans dans les années quarante connaît un vif succès, de même que les nombreuses éditions en paperback. Smith effectue une révision de The Skylark of Space pour l'édition de 1958 (4), puis finit par écrire un ultime volet, Skylark DuQuesne, dont la publication est en cours dans la revue Worlds of If lorsqu'il meurt en 1965.

La série des Lensmen débute en 1937 dans Astounding avec Galactic Patrol (5), suivi de Gray Lensman (6) en 1939, de Second Stage Lensmen (7) en 1941 et de Children of the Lens (8) en 1947. The Vortex Blaster (9) paraît en 1941 dans Comet. Enfin, après avoir transformé Triplanetary en premier volume de la série à l'occasion de sa réédition en volume en 1948, il publie en 1950 First Lensman (10), un inédit situé entre Triplanetary et Galactic Patrol.
Selon The Encyclopedia of Science Fiction de Clute et Nicholls, le terme « edisonade », mot-valise d'Edison et de « robinsonade », peut être employé pour « décrire n'importe qu'elle histoire dans laquelle on trouve un jeune inventeur américain de sexe mâle qui utilise son ingéniosité pour se sortir de situations difficiles et qui ce faisant, se sauve lui-même de la défaite et de la corruption et sauve ses amis et sa nation d'oppresseurs étrangers » (11). L'invention peut être une arme, mais aussi un mode de transport, « car l'edisonade […] parle aussi de quitter précipitamment le Territoire. Une fois que le héros a atteint ce Territoire vierge, il trouvera un autre usage à son invention : elle lui servira de certificat de propriété » (12). Et, au bout du compte, « la conviction que bricoler c'est gagner » (13).

Richard Seaton correspond exactement à la description ci-dessus. Jeune chimiste, il a inventé un mystérieux « métal X » aux propriétés riches en possibilités, qui lui permet de construire un vaisseau spatial propulsé par la désintégration du cuivre (5bis). Mais le docteur Du Quesne enlève [perso] et vole le Skylark pour s'enfuir dans l'espace. Seaton et son ami, le milliardaire XX, le poursuivent à bord d'un deuxième vaisseau. L'« edisonade » est ici « portée pour la première fois à sa pleine maturité » (14), peut-être parce que la nature de l'invention est empruntée à Wells — même si le métal X diffère de la cavorite des Premiers Hommes dans la Lune — et que le Territoire vierge s'étend à la Galaxie tout entière.
C'est le début d'une série d'aventures allant sans cesse plus loin dans la démesure. Si, dans The Skylark of Space, Richard Seaton et son adversaire, le docteur Du Quesne se poursuivent plus vite que la lumière à travers l'espace intersidéral, visitent quelques planètes, s'affrontent à l'aide d'armes d'une puissance considérable et se posent à la surface d'étoiles mortes, le péril vient dès Skylark Three d'une autre galaxie (15), sous la forme d'un extraterrestre pas du tout sympathique.
Pour reprendre les termes de David Edwards dans sa critique de The Skylark of Valeron : « Smith tente de surpasser son livre précédent en décrivant des actions encore plus héroïques (la dernière fois, nous avons fait sauter une planète, alors celle-ci, nous allons faire exploser une étoile et la prochaine fois, une galaxie !). Ce qui peut créer des problèmes dans les derniers volumes quand il est à court de superlatifs… mais ne craignez rien ! Dans "Valeron" Smith tente d'ajouter la QUATRIÈME dimension (ce qui fait de ses personnages à une dimension des personnages à deux dimensions, ou presque). Au final, on s'amuse beaucoup. » (16). Ce qui n'empêche pas ce méchant d'anthologie de revenir dans le dernier volume, Skylark Du Quesne.

L'influence des premiers titres de cette série a été considérable dans le monde anglo-saxon. On peut la distinguer dès 1928 chez Edmond Hamilton dans The Crashing Suns (17), et elle ne fait que croître jusqu'au milieu des années 1940. Les auteurs étatsuniens de sa génération et des suivantes l'ont sans doute lue pour la plupart, comme par exemple Clifford D. Simak qui, avec Space engineers (18), signe un space opera dont la source d'inspiration ne fait aucun doute. Et l'invention de l'Empire galactique par Isaac Asimov n'est-elle pas l'un de ces bonds en avant dans la démesure tant appréciés de Doc Smith et de ses lecteurs ?
Bien sûr, cette série ne peut que sembler abominablement poussiéreuse au lecteur du XXIe siècle. L'écriture de Doc Smith est tout à fait étrange, avec son emploi de termes déjà désuets à l'époque, d'un abondant vocabulaire scientifique et pseudo-scientifique et de néologismes souvent très datés. Les intrigues se se résument au fond à des course-poursuites à travers l'espace agrémentées de combats, de morceaux de bravoure de super-science, d'escales sur des mondes divers et variés et de retournements de situation. Et l'on a vu plus haut ce qu'il en est de la psychologie des protagonistes, même si celle de Du Quesne évolue au fil des volumes jusqu'à faire de lui un personnage à part entière.
Pourtant, c'est de là que tout est parti.
Ou presque.

Parce qu'il y a eu avant lui Ralph 124C 41+, d'Hugo Gernsback, un feuilleton paru de 1911 à 1912 dans Modern Electrics, revue dirigée par son auteur, et réédité en 1925 dans Amazing. Et que, sous certains aspects, The Skylark of Space pourrait faire songer à une version interstellaire de la deuxième partie du roman de Gernsback — la première constituant une « utopie pointilliste », pour reprendre l'expression employée par Gary Westfahl (19).
Néanmoins, que Doc Smith et Mrs. Garby aient lu ou non le roman de Gernsback avant d'écrire The Skylark of Space, une partie de cette ressemblance est clairement due au fait qu'ils puisent tous les deux à la même source lorsqu'il s'agit de mettre en scène des personnages : le mélodrame étatsunien, organisé autour d'un trio constitué d'un jeune héros pas trop fin, d'une belle héroïne en danger et d'un méchant habituellement plus âgé et plus instruit que le héros, ce dernier ayant bien entendu des vues sur la deuxième que le premier défend — soit à peu de choses près le schéma de base de The Skylark of Space.
Comment associer l'« edisonade » et le mélodrame étatsunien ?
À cette question, Gernsback et « Doc » Smith ont trouvé deux réponses très différentes. (Et Smith a bien dû se la poser, puisque le choix du mélodrame avait été fait au départ par Mrs. Garby, chargée je le rappelle des aspects romanesques.)

Tandis que « the villainous and heroic qualities illustrate Gernasback's dilemma in creating science fiction melodrama: celebrating the value of science, Gernsback was promoting intellect over emotion » (20), Doc Smith balaie ce genre de contradictions pour exacerber la super-science et les fantasmes de toute-puissance de ses lecteurs. Le héros et le méchant sont dotés des mêmes qualités, en ce sens qu'ils emploient tous deux la science, et le personnage féminin ne réussit à aucun moment à acquérir une quelconque épaisseur.
Là où Gernsback n'a d'ailleurs pas réussi à résoudre de manière satisfaisante le dilemme en question, Smith a simplement repris un schéma archétypal en dépouillant les archétypes de leur signification. Plus tard, d'autres auteurs de science-fiction auront l'idée de débarrasser le héros du poids de la science en le flanquant de ce que Gary Westfahl appelle un « contre-héros » : un héros possédant des caractéristiques d'un méchant de mélodrame, comme le professeur Zarkov dans Flash Gordon, ce qui permet de restituer sa naïveté originelle au héros proprement dit.
Bien sûr, Seaton a un acolyte milliardaire, mais il ne fait que porter une partie des caractéristiques en question — le méchant de mélodrame est toujours plus riche que le jeune héros. Chez Seaton, l'intellect prime sur l'émotion, et la super-science sur la dimension humaine. Les codes psychologique du schéma de base sont méprisés, ignorés.
Était-ce de l'audace de la part de Doc Smith ? De la négligence ? De l'inconscience ? Toujours est-il qu'en résultat il a trouvé comment susciter l'émotion grâce à l'intellect dans le cadre d'aventures. Et que cela demeure encore aujourd'hui une bonne manière de décrire le space opera.

« Il se précipita à nouveau sur les contrôles et les autres membres de l’équipages furent jetés à terre quand il mit le courant — car, obéissant à un signal, chacune des silhouettes encapuchonnées avait pointé un tube sur eux ; l’écran extérieur était devenu incandescent. Tandis que le Skylark s’éloignait d’un bond, Seaton concentra un attracteur sur celui qui avait apparemment donné le signal de l’attaque. Il retourna le vaisseau en faisant un petit looping, si bien que le captif fut projeté dans l’espace de l’autre côté, et il prit le tube des mains de la silhouette à l’aide d’un attracteur, attachant sa tête et ses membres avec d’autres, si bien que le prisonnier pouvait à peine bouger un muscle. Puis, tandis que Crane et les femmes se relevaient et se précipitaient sur les visioplaques, Seaton enclencha les rayons numéro six, deux-sept, et cinq-huit. Le numéro six, « l’adoucisseur » consistait en une série de fréquences qui partaient du violet et allaient très loin dans l’ultra-violet. Lorsqu’il était assez puissant, ce rayon détruisait la vue et les tissus nerveux, et si l’on augmentait encore sa puissance, il défaisait effectivement la structure moléculaire de la matière. Le rayon deux-sept fonctionnait dans une série de fréquences situées sous le rouge visible. C’était de la chaleur pure — sous son action, la matière devenait de plus en plus chaude tant qu’il était en action, la limite supérieure était le maximum théorique de température. Le cinq-huit était une haute fréquence à haute tension de courant alternatif. Tout élément conducteur se trouvant sur sa trajectoire se conduisait précisément comme il l’aurait fait dans un four à induction Ajax-Northrup, qui peut faire bouillir du platine en dix secondes ! Ces trois éléments composaient le rayon que Seaton dirigea sur la masse de métal d’où l’ennemi avait choisi de continuer la bataille — et derrière chacun, au lieu de la petite puissance dont disposait son inventeur osnomien se trouvaient les millions de kilowatts développés par une barre de cent livres de cuivre en train de se désintégrer ! »
(1) Le surnom de « Doc » vient de l'ajout à son nom par Hugo Gernsback de la mention « PhD » — docteur en physique, celle-ci étant alors encore associée à la chimie dans le cursus universitaire.
(2) L'Alouette de l'espace, traduit en français par La Curée des astres.
(3) L'édition française, publiée en 1954, est donc basée sur le texte original.
(4) Triplanétaire qui, au prix de quelques reaniements et aménagments, est intégré par la suite à la série des Lensmen.
(5) Patrouille galactique.
(6) Le Fulgur gris.
(7) Le Surfulgur.
(8) Les Enfants du joyau.
(9) Les Maîtres du vortex.
(10) Le Premier Fulgur.
(11) The Encyclopedia of Science Fiction, p. 268.
(12) The Encyclopedia of Science Fiction, p. 269.
(13) The Encyclopedia of Science Fiction, p. 269.
(14) The Encyclopedia of Science Fiction, p. XXX.
(15) Hubble annonce sa découverte de l'existence des galaxies le 30 décembre 1924.
(16) http://www.scifi-fantasy-info.com/skylark-of-valeron-revi...
(17) Les Voleurs d'étoiles.
(18) Ingénieurs du cosmos, court roman publié dans Astounding en 1939 et rallongé pour la publication en volume en 1950.
(19) Universitaire étatsunien auteur et directeur de nombreux ouvrages consacrés à la science-fiction. Son essai Hugo Gernsback and the Century of Science Fiction (2007) comporte notamment une étude détaillée des différentes versions de Ralph 124C 41+ et des sources littéraires du roman en question.
(20) Hugo Gernsback and the Century of Science Fiction.
Une version quelque peu différente de cet article est parue avant l'été dans Space Opera !, aux éditions des Moutons électriques.

09:50 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, aventures, démesure, littérature
21.06.2009
La Mécanique du talion

Laurent Genefort
L'Atalante (2003)
Léodor Kovall a été torturé au-delà de l'imaginable. Son corps reconstruit grâce à une assistance medikit, il devient Valrin Hass, mû par une haine inextinguible contre ses tortionnaires. Sa traque l'emmène sur plusieurs planètes et astéroïdes aménagés à la recherche de Jana, la femme sans ongle, qu'un généticien, Xavier Ekhoud, a jadis cloné pour le compte des ennemis de Kovall, la puissante multimondiale KAY. Mais, amoureux d'elle, il a gardé une copie de son ADN, dans l'espoir de la cloner à nouveau. Celui-ci révèle qu'il contient des séquences étrangères, d'origine Vangk.
On retrouve ici des motifs de l'univers que Laurent Genefort construit patiemment au fil de ses romans : les post-humains, présents dès Les Peaux-Epaisses, ainsi que les Portes Vangk permettant de voyager à travers l'espace. Ici, trois d'entre elles, débouchant inexplicablement sur un monde dépourvue de vie, ont permis de trouver un Vangk mort. Mais les luttes pour sa possession ont désactivé la Porte. Les Pèlerins, une branche des Apôtres des Vangk, ont décidé de construire un vaisseau assez puissant pour traverser l'espace jusqu'à Alioculus X2. Jana, contaminée en étudiant le Vangk, est devenue un enjeu dans cette course de vitesse.
Les rebondissements s'enchaînent sans discontinuer et sont dignes d'un space opera classique mais bien maîtrisé. Genefort privilégie l'aventure, ce qui ôte de la profondeur à son roman, malgré des protagonistes plus fouillés que la norme dans ce type de récit — ainsi le personnage de Valrin/Kovall, qui fait l'objet d'une réflexion sur ce qui lui reste d'humanité, à présent que seule sa haine l'anime. D'une lecture agréable et facile, on est assuré de ne jamais s'ennuyer avec ce sympathique roman.
Claude Ecken
12:08 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, littérature, aventures
09.05.2009
Wang
Casus Belli n° 109, octobre 1997.

Pierre Bordage
L'Atalante, 1996
Pierre Bordage ne sait pas faire court. Après l'énorme trilogie des Guerriers du silence, son nouveau cycle, Wang, compte en effet près de neuf cents pages, réparties en deux tomes. Ceux qui aiment se plonger dans un univers et côtoyer longuement des personnages forts ne s'en plaindront pas ; les autres peuvent toujours se rabattre sur la nouvelle, pour laquelle les supports se sont multipliés ces derners temps, mais les deux ne sont pas incompatibles. En tout état de cause, Bordage est sans doute l'un des meilleurs conteurs de la SF française des années 90. Il lui suffit de quelqyes pages, au début des Portes d'Occident, pour brosser le tableau saisissant d'un bidonville criant de vérité, où s'entassent les descendants des soldats chinois venus se casser le nez sur le rideau d'énergie protégeant une Europe occidentale dominée par la France. Il se montre tout aussi doué pour les portraits psychologiques, et beaucoup de personnages qui traversent ces deux livres feraient d'excellents PNJ. Enfin, le substrat SF n'est pas non plus négligé : Bordage a pris la peine de construire un monde riche et haut en couleur, où il renvoie dos à dos communisme et ultra-libéralisme. Quant aux — nombreuses — scènes de combat qui parsèment Wang, elles font preuve d'un dynamisme exceptionnel. Du pain béni, tant pour le MJ que pour le lecteur.
Roland C. Wagner
09:29 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, aventures, littérature, chine
13.03.2009
De la jungle à Mars, de Tarzan à John Carter
Casus Belli n° 46, troisième trimestre 1988 :
Vingt-six romans, une cinquantaine de films, des miliers de strips et de planches de comics ont fait de Tarzan l'un des plus grand smythes du XXe siècle, voire une référence quasi universelle. Au point qu'il en arrive qu'on oublie le nom de son créateur et, à plus forte raison, les autres personnages qu'il créa.
Edgar Rice Burroughs, né à Chicago, voit ses études contrariées ar la maladie durant son enfance. Tout d'abord cow-boy dans l'élevage de ses frères, il entre dès ses seize ans à l'académie militaire du Michigan, échoue à l'examen d'etrée à West Point et s'engage en 1896 dans le Septième de Cavalerie… qu'il quittera l'année suivante (1).

Dans les pages des pulps
Après s'être marié en 1900 et avoir exercé diverses professions, il publie en 1912 et sous pseudonyme Under the Moons of Mars, premier titre des aventures de John Carter, qui sera aussitôt suivi de Tarzan of the Apes, où il introduit qui vous savez. Dès lors, c'est un déferlement presque ininterrompu de romans d'aventures qui auront pour théâtre aussi bien la jungle africaine que Mars, Vénus ou Pellucidar, monde étrange situé à l'intérieur de la Terre. Au total, plus d'une centaine de romans et nouvelles qui, jusqu'en 1940, paraîtront dans les pages des pulps, ces revues bon marché qui furent le berceau de la SF.
Comme celles de beaucoup d'auteurs dits populaires, l'œuvre de Burroughs est divisée en cycles, dont celui de Tarzan (quarante-trois romans et nouvelles) est bien entendu le plus connu. Les aventures de John Carter sur Mars occupent la seconde place avec seize textes, dont onze romans. Viennent ensuite Pellucidar (six romans (2), quatre nouvelles), le cycle de Vénus (trois romans, cinq nouvelles) et celui de la Lune (trois volumes). Sans compter les westerns, romans historiques, préhistoriques, de science-fiction et, bien entendu, quelques aventures de jungle…
Traductions françaises incomplètes
De cette masse littéraire conséquente, nous n'avons eu jusqu'ici qu'un aperçu partiel. Publiés avant-guerre dans Mickey, Robinson ou Hop-Là, puis au CLA ou chez Lattès à la charnière des années 60 et 70, les cycles de Burroughs n'ont jamais connu d'édition intégrale dans notre beau pays (3).
Par bonheur, depuis quelques années, des éditeurs enthousiastes ont entrepris de combler cette lacune. Tout d'abord les éditions Antarès qui, après la publication d'un roman isolé, L'Odyssée barbare, ont édité l'intégralité du cycle de la Lune, une partie de celui de Vénus et deux aventures de John Carter, reprenant ce personnage là où l'avait abandonné Lattès. Puis NéO, grand fournisseur d'œuvres complètes, dont l'édition intégrale des aventures de Tarzan vient d'atteindre son huitième volume (4). Et voici qu'Albin Michel vient de se convertir églement à Burroughs avec la parution des deux premiers tomes du cycle ayant pour cadre Barsoom, La Princesse de Mars et Les Dieux de Mars.

Le Cycle de Barsoom
En 1866, John Carter, ex-officier de cavalerie devenu chercheur d'or — deux des multiples métiers exercés par E.R. Burroughs —, se réfugie dans une caverne pour échapper aux Indiens qui le poursuivent. Une étrange vapeur se répand, le plongeant dans une semi-inconscience, son regard est attiré par la planète Mars… Et notre héros se dédouble suivant laplus pire tradition spirite pour aller s'incarner sur Mars — ou Barsoom, comme la nomment ses habitants.
Barsoom est un vieux monde asséché, peuplé d'un nombre ahurissant de races, des guerreiers verts à quatre bras que John Carter rencontre dès son arrivée, aux Rouges, parfaitement humains, qui entretiennent artificiellement l'atmosphère de Mars, en passant par les Therns — blancs et cannibales —, les pirates noirs venus des deux lunes, les jaunes du pôle nord, les hommes sans tête, etc. Mars/Barsoom est un kaléidoscope de peuples qui semblent n'avoir qu'une idée en tête : s'entretuer.
Face à cet univers éminemment hostile, John Carter possède un avantage : la gravité de Barsoom étant du tiers de celle de la Terre, sa force en est multipliée d'autant. Ce qui lui permettra de défaire le géant vert Tars Tarkas, qui deviendra son ami, puis d'aider la ville rouge d'Hélium dans sa lutte contre Zodanga… et, accessoirement, de séduire Dejah Thoris, fille du jeddak d'Hélium. Voilà pour le premier volume, à la fin duquel John carter se retrouve sur Terre, toujours sans l'avoir demandé, alors que Barsoom est sur le point de mourir d'asphyxie suite à l'interruption du fonctionnement de l'usine atmosphérique. Les suivants se consacreront plus en détail à l'exploration de cette planète où une science très avancée (les Rouges possèdent des appareils volants propulsés par le "huitième rayon du spectre solaire", s'éclairent à l'aide du radium et produisent de l'oxygène à partir du neuvième rayon du spectre précité) côtoie la barbarie le plus profonde. Sans le savoir, avant même l'apparition du terme science-fiction et de l'acception moderne du terme fantasy, Edgar Rice Burroughs avait réussi à fusionner ces deux appellations.
Le père de la science-fantasy
On pourrait schématiser grossièrement la science-fantasy comme un sous-genre qui met en scène magie et combats à l'épée dans un univers possédant une technologie avancée. Sous-genre qui devait se développer tout au long des soixante-dix ans d'histoire de la SF pour aboutir, entre autres, aux romans de Jack Vance et de Philip José Farmer (5). Burroughs a longtemps pesé — à juste titre — sur l'imaginaire collectf. L'esprit de son Barsoom imprègne les œuvres de jeunesse de Catherine L. Moore (6), ainsi que l'extraordinaire Livre de Mars de Leigh Brackett. Moorcock lui-même, avec la trilogie du Guerrier de Mars, se réfèrera ouvertement à Burroughs. Et van Vogt, dans son Monde des non-A, plantera sur vénus les arbres géants imaginés par le créateur de Tarzan dans le cycle consacré à cette planète. De bien beaux hommages comme on aimerait eh voir plus souvent.
Roland C. Wagner
(1) Les détails relatifs à la biographie de Burroughs sont tirés de l'excellent article de Francis Lacassin paru dans Encrage n° 11.
(2) Dont Tarzan au cœur de la Terre, qui établit un lien entre les deux cycles.
(3) Même celle de Pellucidar, préfacée par Francis Lacassin, omet les nouvelles annexes.
(4) Précisons qu'il s'agit de la première traduction intégrale de ce cycle, qui a été menée à son terme depuis la rédaction de cet article.
(5) Notamment la saga des Faiseurs d'univers.
(6) Shambleau, éditions J'ai lu.
11:32 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, edgar rice burroughs, science-fantasy, fantasy, aventures, pulps





Joseph Altairac




