10.10.2009

Invasions divines

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Lawrence Sutin

Divine invasions : a life of Philip K. Dick (1989)

Folio SF (2002)

 

Ce livre est la meilleure biographie disponible d'un écrivain qui, de l'avis de beaucoup, fut le meilleur auteur de SF américain. Prudent, Sutin l'a toutefois sous-titré « une vie de Philip K. Dick », une seulement, parce qu'on peut sans doute en imaginer beaucoup d'autres à partir du matériau existant. Le travail est à la fois facile et titanesque, tant Dick lui-même a laissé de traces, dans ses écrits, chez les personnes qu'il a côtoyées de près. Mais à matière abondante, tri difficile.

En bref : Phil Dick naît en 1929, commence à écrire tout en travaillant dans un magasin de disques du Berkeley branché des années 40, donne l'essentiel de ses romans de SF entre la fin des années 50 et la fin des années 60. Les années 70 seront une période d'instabilité marquée d'abord par le fameux cambriolage de novembre 1971, puis par des visions mystiques en février/mars 1974, qu'il passera le reste de sa vie à essayer d'expliquer — sans oublier d'écrire au passage, entre autres, la fameuse Trilogie divine. Dick, usé prématurément par les abus d'amphétamines commis dans les années 50 et 60, meurt en 1982 d'une série d'hémorragies cérébrales, alors que la sortie imminente du film Blade Runner lui apportait à la fois des rentrées financières et un peu de la célébrité qu'il méritait.

Sutin a accumulé un travail de recherche impressionnant, lisant non seulement romans, nouvelles et manuscrits inédits de Philip K. Dick (et en particulier ceux qui survivent de ses romans de littérature générale, écrits pour la plupart durant les années 50), mais aussi sa correspondance et les milliers de pages de notes théologico-mystiques connues comme l'Exégèse. Il a aussi parlé avec des dizaines de personnes ayant côtoyé l'auteur : ses cinq épouses, bon nombre de petites amies, collègues, fans, psychothérapeutes, co-locataires plus ou moins temporaires... De copieuses annexes détaillent les sources, et fournissent un guide de lecture de toutes les œuvres de Dick.

On sort du livre avec l'impression d'avoir vécu avec Philip K. Dick, un homme caractériel et généreux, sans cesse en quête de la stabilité que pouvait lui donner le mariage ; un homme aux théories difficiles à croire, mais qui prenait tout ce qu'il disait avec un humour paradoxal. Dick avait forcé sur les amphétamines (et bien d'autres produits, mais pas tant sur le LSD). Cela n'empêche pas Sutin de le suivre dans sa recherche religieuse, sans privilégier une hypothèse explicative par rapport à une autre. Reste le mystère qui nous intéresse le plus, celui de la créativité de Dick, qui a pu écrire onze romans (dont quatre chefs-d'œuvre) en 1963-64, et rester bloqué pendant des années à d'autres moments. Des pistes sont données, des fragments de méthodes et des éléments tirés de sa vie. Les livres restent, souvent vite écrits, et pourtant riches de nouvelles profondeurs à chaque lecture.

 

Pascal J. Thomas


 

Une autre critique par Claude Ecken.

24.04.2009

Solutions non satisfaisantes

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Robert Anson Heinlein est, sans conteste, le plus grand écrivain de science-fiction au monde. Pour un Etatsunien, du moins, car il existe en France, non pas une brouille, ni un contentieux, mais une incompréhension que le temps ne parvient pas à effacer. Comment expliquer sinon que Heinlein reste mal et incomplètement traduit — en dépit d'efforts notables ces dernières années ? A l'occasion du centenaire de sa naissance, le présent essai est aussi une entreprise de réhabilitation ou, à défaut, l'amorce d'un débat que les auteurs sont prêts à engager (qu'ils ont engagé par ailleurs) pour présenter et rendre accessible une œuvre exceptionnelle.

Pourquoi une anatomie et non une monographie ou un essai ? Certes, en tant que critiques, Picholle et Bellagamba dissèquent et commentent une œuvre à la lumière du texte et des déclarations de l'auteur. Mais ils en restituent aussi les sens multiples à travers le contexte politique, historique et scientifique de l'époque, à travers la situation de la S-F, des avis de ses pairs et de la critique. La quantité de notes de bas de page témoigne de l'étendue des recherches nécessaires à cette étude, qui dépassent de loin la lecture des revues et fanzines ou celle de la correspondance de l'auteur. Mais c'est bien l'examen de l'ensemble de ces pièces et leur ordonnancement, selon un axe chronologique découpé en unités thématiques, qui finissent par révéler un homme en phase avec son temps, fascinant de complexité, entier et nuancé à la fois. Une anatomie donc, qui convoque maints sujets et types de documents à l'appui du discours, procédé littéraire qu'employa Heinlein dans Time Enough for Love, en référence à l'œuvre de Robert Burton, L'Anatomie de la mélancolie, publié en 1621 sous le nom de Démocrite junior.

Tout ceci n'est pas innocent : L'Anatomie de Burton, qu'on peut comparer en France aux Pensées de Montaigne, est baroque et exhaustive dans la démarche, elle thésaurise et analyse, récapitule des connaissances et contient de fulgurantes intuitions. Il est difficile de ne pas reconnaître là une des facettes d'Heinlein, à l'érudition fascinante, qui fait un avec le monde et le réifie avec tous les matériaux à sa portée. De même, Eric Picholle et Ugo Bellagamba utilisent de multiples outils dans ce texte fouillé, dense, pour tenter de restituer cette complexité.

Celle-ci fut probablement source de multiples méprises : il est difficile de savoir quand l'auteur se livre à une farce au second degré ou écrit avec différents niveaux d'interprétation. Ses prises de position tranchées, si nombreuses qu'elles paraissent contradictoires, ses aphorismes passe-partout le font passer pour un démagogue ou un malin retors capable de toujours retomber sur ses pattes. Il interdit par exemple aux critiques d'interpréter sa pensée à partir de ce qu'expriment ses personnages. Les auteurs lui donnent raison contre Panshin, l'admirateur exécré, qui entend parler l'auteur dès lors qu'une opinion revient de façon récurrente dans son œuvre. Pourtant eux-mêmes ne se privent pas d'analyser les positions d'Heinlein à partir d'extraits de romans : c'est peut-être le seul moment où leur objectivité est prise en défaut.

Dans leur ouvrage, nos deux anatomistes auront au moins mis en évidence la cohérence du personnage. Habitué très jeune à une discipline familiale nullement pesante, l'enfant de Kansas City rêve d'une carrière d'officier. S'il fut renvoyé de la Marine pour raisons de santé, on peut observer chez lui, tout au long de sa carrière, la méthode et l'application avec laquelle il se lance des défis et conquiert de nouveaux territoires. Il a un esprit d'ingénieur, ouvert et curieux, cherchant à mettre en application ce qu'il a appris. Ecœuré devant les politiques cyniques et les manœuvres frauduleuses, il s'est toujours intéressé aux questions sociales et milite dans le mouvement socialiste EPIC d'Upton Sinclair, écrivain devenu homme politique, ce qui influencera sans nul doute Heinlein dans ses choix de carrière futurs. En effet, après la défaite électorale qui l'a ruiné, il publie des romans pour rembourser ses dettes, avec la ferme intention de cesser d'écrire dès l'effacement de l'ardoise, ce qui est réalisé au bout de deux ans seulement. On sait ce qu'il advint : L'Histoire du futur, Starship Troopers, En Terre étrangère, Révolte sur la Lune sont des classiques sans cesse réédités. A travers ses livres, Heinlein continuait à faire de la politique, cherchant, en variant les contextes, des solutions aux problèmes posés, conscient qu'aucune n'était parfaite au point d'être pérenne.

Persuadé que la chance n'existe pas et que l'ignorance n'est pas une excuse, il a toujours organisé sa vie en fonction de principes clairs, et assumé ses choix. Il n'a pas hésité à étudier la physique quantique pour en faire matière à récits et maintenir ses connaissances à niveau alors qu'il n'a plus rien à prouver en tant qu'auteur. Il a créé un groupe de réflexion autour de la science-fiction (la Mañana Literary Society), est à l'origine de bien des techniques d'écriture propres à la S-F et cherche avant tout à avoir un style clair et concis, efficace pour ne pas dire utilitaire, conscient que c'est dans la façon de donner des ordres qu'une guerre se perd ou se gagne, ou une élection. La cohérence est à tous les niveaux. Les buts sont inchangés : il s'agit d'être utile à la société et à l'homme, à petite ou grande échelle. Sa générosité fait dire à Dick qu'il est « ce que l'humanité a de meilleur ».

Mais il connaît sa valeur et a les défauts de ses qualités. Au-delà de l'anecdotique, qui n'est toujours proposé qu'en support, les auteurs ont davantage cherché à analyser le système de pensée de Robert Heinlein. Ils cessent de parler d'une seule voix en fin d'ouvrage, pour s'autoriser à dire enfin leur admiration pour cet auteur, anthropologue accompli et grand écrivain, l'exemple type de l'honnête homme.

Tant d'érudition et de passion au service d'une réhabilitation ne laisse pas indifférent : on a vraiment envie de relire Heinlein en fermant ce livre.

 

Claude Ecken

10.02.2009

Invasions divines

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Lawrence Sutin

Divine invasions : a life of Philip K. Dick (1989)

Denoël Présences (1995)

 

Invasions divines est sans conteste la bibliographie de Philip K. Dick qui fait autorité. Elle a d'ailleurs obtenu la même année le Grand Prix de l'Imaginaire. Toute la lumière est faite sur la personnalité torturée et, pour tout dire, invivable, de l'écrivain, en d'incessants allers et retours entre sa vie et son oeuvre. Si celle-ci ressortit clairement à la science-fiction, elle n'en a pas moins puisé son matériau dans la vie quotidienne, chaotique, de l'auteur.

Dick, le superbe schizophrène, était une personnalité contradictoire en proie à des angoisses permanentes : agoraphobe mais incapable de vivre seul, redoutant le Jugement dernier autant que les manœuvres souterraines de proches ou d'inconnus, voire de services secrets, il n'en était pas moins habité d'une réelle bonté et d'une empathie pour les autres, qu'il manifestait davantage par une générosité proche de l'inconscience (et dont ses hôtes profitèrent) que par sa présence ou son dévouement (et ceci est particulièrement vrai pour les femmes qui partagèrent sa vie). Doté d'une maturité affective d'enfant de quatre ans mais fort d'une culture générale impressionnante, dopé aux amphétamines sans jamais réellement se droguer (il expérimenta un temps le LSD mais ne toucha jamais à l'héroïne), désireux de se distinguer dans la littérature générale mais ne voyant jamais publiés que ses romans de science-fiction, Dick est si complexe qu'on se demande par quel bout l'appréhender. Lawrence Sutin délivre cependant une clé : Jane, la sœur jumelle morte en bas âge, que Philip rechercha tout au long de sa vie à travers ses prétendus doubles féminins et dont il reprochera toujours la disparition à sa mère.

 

Sutin n'est cependant pas un Sainte-Beuve de la littérature de science-fiction : s'il éclaire, de façon saisissante, les rapports entre la vie et l'œuvre, ce n'est pas pour montrer combien la première influence, voire expliquerait la seconde, mais pour souligner combien les deux se confondent. La vie de Dick était semblable à ses romans. Il s'agit moins de relater des faits objectifs tendant à démontrer que la réalité est contaminée par des faux-semblants (même si la CIA l'a effectivement surveillé et à intercepté du courrier à destination de la Russie, même s'il a effectivement reçu une mystérieuse lettre qu'il redoutait de recevoir), que de montrer le regard de Dick sur son quotidien, fait d'interprétations délirantes dont il n'était pas dupe, et qu'il mâtinait parfois de mauvaise foi, notamment par rapport à ses anciennes épouses. L'Exégèse, cette somme de 2000 pages tendant à expliquer les illuminations mystiques de 1974 constitue, de ce point de vue, l'interface entre la vie et l'œuvre, où Dick se remet inlassablement en question.

 

C'est un travail de bénédictin qu'a effectué Lawrence Sutin : chaque période est éclairée par les témoignages des proches, la multiplicité des regards permettant d'approcher la réalité d'un écrivain de génie qui ne s'est jamais contenté d'une interprétation unique de la réalité.

 

Ce livre est plus qu'un essai. Lire Invasions divines revient à lire un roman de Philip K. Dick !

 

Claude Ecken

24.07.2008

Ils ont fait rire H.P. Lovecraft !!!

ILS ONT FAIT RIRE HOWARD PHILLIPS LOVECRAFT !!!



Roland C. Wagner




Jean-Daniel Brèque



La preuve en image :





H.P.L. (1890-1991)

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