22.01.2008

BIOS

8b289eeb445c3b5648dc9f239eaf4835.jpgRobert Charles Wilson

BIOS (1999)

Gallimard “Folio SF”, 2001

 

   Voici un roman concis, compact et coupant, une œuvre étrangement courte en ces temps de gros pavés bien trapus, mais qui laisse dans la mémoire une trace bien plus importante que sa longueur le laisse supposer.

     Il est vrai que l'auteur, Robert Charles Wilson, n'est pas de ceux qui font ce à quoi on s'attend.

     Darwinia, que l'on a pu lire dans la collection « Lunes d'encre », commençait comme un roman d'exploration. Il aurait pu n'être que cela, avec toute la panoplie désormais trop connue des longues expéditions en terre étrangère et des descriptions de paysages exotiques... Passionnant quand on a douze ans, barbant quand on a lu ses classiques, du Monde Vert à L'Anneau-monde, en passant par Rama et autres lieux plus ou moins exotiques...

    Robert Charles Wilson avait choisi d'éviter cela et de construire son roman sur une série de ruptures, ce qui n'est pas du goût de tous les lecteurs.

    Ceux-ci auraient cependant tort de se priver des plaisirs qu'offre cet auteur qui manie aussi bien l'émotion forte que la science dure, et dont le goût du détail et la finesse d'écriture ne sont pas donnés à tous.

     Si Bios laisse comme une goût d'amertume dans la bouche, c'est que nulle part on n'y cède à un quelconque romantisme, que ce soit celui du Futur, de la Science ou de l'Espace.
    L'action se déroule au XXIIe siècle. Après une période de troubles et d'instabilité, la Terre a retrouvé calme et prospérité sous la férule des Familles et des Trusts des Travaux. Un système dominé par une élite bureaucratique tatillonne et une hiérarchie sociale pesante et rigide.
     Dans ce contexte, le voyage spatial existe, mais il coûte extrêmement cher et n'est pas vu d'un œil favorable par toutes les factions politiques qui se combattent au sein des Trusts.
    Le XXIIe siècle de Robert Charles Wilson n'est pas une utopie et les personnages de Bios, autrement dit, le personnel de la station orbitale Isis, ne sont pas des héros.
     En effet, de nos jours, l'explorateur spatial est souvent présenté soit comme un héritier sophistiqué des pionniers de l'ouest Américain — à la Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne — soit comme un descendant des aventuriers de la littérature populaire — comme le mercenaire de Chasm City d'Alastair Reynolds. Les personnages de Bios ne sont ni l'un ni l'autre : leur identité dépend entièrement de leur origine socio-économique et géographique, leur liberté de mouvement est toujours limitée, soit par leur conditionnement, soit par le contexte.
     La protagoniste principale, Zoé Fisher, a été clonée et génétiquement modifiée pour survivre à la surface de la planète Isis, environnement dont les formes de vies sont si peu compatibles avec celles de la Terre que personne ne peut s'y promener à l'air libre. Même les scaphandres les plus sophistiqués, même les mesures de protections les plus extrêmes échouent à protéger les colons de micro-organismes d'une agressivité inconnue sur Terre. Le directeur de la station, Kenyon Degrandpré, est un haut fonctionnaire entièrement soumis aux Familles : volontairement castré en gage de loyauté et uniquement préoccupé par sa carrière. Les scientifiques qui travaillent à bord de la station orbitale et dans celles qui se trouvent sur la planète sont différents car ils viennent soit de Mars, soit des lointaines colonies Kuiper, indépendantes des Trusts et de leur système social rigide. Mais pour eux, la vie sur Isis se réduit à la vie à l'intérieur de stations que les micro-organismes locaux semblent avoir décidé de détruire.
     Quant à Zoé Fisher, elle a été créée pour explorer Isis et son merveilleux — et mortel — biotope. Mais elle va surtout se révéler à elle-même : une jeune fille dont le thymostat, un régulateur sensé lui épargner les troubles d'une psyché soumises à des hormones non régulées, a été saboté. La liberté qu'elle trouve est bien réelle — mais elle est le fruit d'une intervention extérieure. Zoé, qu'elle soit un clone fabriqué par Devices and Personnels ou une jeune femme qui se découvre une nouvelle personnalité, de nouvelles émotions — dont l'amour — n'est pas plus libre, pas plus maître de son destin qu'aucun des autres personnages du livre, qu'ils soient prisonniers du système social terrien, des Trusts, ou tués par la planète qu'ils tentent d'explorer.
    Tout cela peut paraître peu engageant, et le serait effectivement si l'auteur n'avait l'immense talent de faire vivre une civilisation à la fois crédible et réaliste — le futur des Familles sonne juste, il pourrait bien être un de ceux qui nous pendent au nez — et des personnages vivants. L'exploration d'Isis et le mystère que cache l'agressivité de la planète à l'égard de l'humanité sont passionnants. Une vieille et excellente idée de S-F est ici revisitée avec maestria. Mais il est évident que pour l'auteur, du moins dans ce livre, le futur de l'intelligence ne réside pas dans les individus — ce qui, pour une conscience occidentale du XXIe siècle, n'est jamais agréable à considérer.
     Reste qu'avec Bios, la collection « Folio SF » nous livre son premier inédit dans le domaine de la fiction. Et pour une première, voici un bien joli morceau de lecture.

 

Sylvie Denis

02.01.2008

Stephen Baxter (4)

fd1506973addb62601a30c648ad62b1c.jpgPOUSSIERE DE LUNE
J'ai Lu Millénaires
2003

    Un caillou lunaire, qui n'avait pas encore été étudié depuis que la (fictive) mission Apollo 18 l'avait ramené, et dont quelques poussières volées ont été répandues par un préparateur inconscient sur le basalte d'un volcan d'Écosse, ronge la roche comme un cancer, jusqu'à faire émerger le magma. Henry Meacher, le géologue de la NASA qui considérait ce travail d'analyse comme une mise au placard, comprend que c'est le même phénomène qui vient de détruire Vénus, transformée en canon à trous noirs après la désagrégation de sa croûte. Alors que des cataclysmes se déchaînent, Meacher tente de persuader la NASA que la solution se trouve sur notre satellite qui, bien que contaminé par la poussière, est demeurée intact.
    De nos jours, il est plus difficile d'aller sur la Lune que dans les années 60. Baxter se fait l'écho des cosmonautes qui, comme Patrick Baudry en France, considèrent comme un énorme gâchis l'abandon de la conquête spatiale au profit de ronds autour de la Terre à bord d'une inutile station spatiale. Vue l'urgence de la situation, on parvient cependant à bricoler un module lunaire des plus sommaire. La fragilité des dérisoires moyens de transport spatiaux, la solitude de l'homme dans le noir et le silence de l'espace sont particulièrement bien rendus.
    On se passionne également pour la trajectoire des personnages fuyant les catastrophes engendrées par la destruction du manteau terrestre. Le récit cataclysmique de Stephen Baxter ne manque pas d'envergure, ce qui ne l'empêche pas de conclure sur une note optimiste amenant à considérer sous un œil plus favorable la poussière de lune responsable de tant de bouleversements.

 

Claude Ecken

29.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (10)

    En France, le genre va peu à peu s’étioler au cours des années 1970 sans produire d’œuvre marquante, malgré une tentative intéressante de Jean-Pierre Hubert (Planète à trois temps — Opta) et quelques bons romans d’aventures signés J. & D. Le May, Jan de Fast, P.-J. Hérault ou Gilles Thomas, avant de pratiquement cesser d'exister au cours de la décennie suivante où seuls quelques habitués du Fleuve Noir le pratiquent encore. Curieusement, c’est lors de cette période qu’il connaît son renouveau aux USA, comme on a pu le voir plus haut. Avec un temps de décalage, les auteurs français vont redécouvrir les joies de l’espace profond.

 

medium_ayerboheme.jpgAyerdhal

    La Bohême et l'ivraie (1990) — Fleuve Noir.
    Mytale (1991) — J'ai Lu.
    Étoiles mourantes (avec Jean-Claude Dunyach, 1999) — J'ai Lu.
    Qu’il situe ses romans sur Terre ou dans l’espace, Ayerdhal écrit une SF profondément politique, toute impliquée dans les luttes de pouvoir, et surtout pour se débarrasser des oppressions, économiques ou puritaines. Ses héros défendent les valeurs naturelles et les droits des peuples autochtones, utilisent l’art comme une arme (La Bohême et l'ivraie), ou changent de sexe à volonté (L'Histrion, Sexomorphoses). Sa plus grande réussite dans le domaine qui nous intéresse est peut-être Mytale, un planet opera inventif et plein d'action qui fait la part belle aux pouvoirs parapsychiques. Quant à l'épais Étoiles Mourantes, qui reprend et prolonge l'univers créé par J.-C. Dunyach dans Étoiles mortes (Fleuve Noir), il souffre quelque peu de l’ampleur du projet esquissé, sans doute impossible à achever avec la même ambition.

 

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  medium_bordaguer.jpgPierre Bordage

   

    Les Guerriers du silence (1993), Terra Mater (1994), La Citadelle Hyponéros (1995) — L'Atalante.
    Du point de vue romanesque, Bordage reprend là où Edmond Hamilton s’est arrêté : ses sociétés planétaires sont calqués sur celles du Moyen-Âge ou de la Renaissance, avec un rôle particulièrement peu reluisant dévolu aux prélats, et de jeunes héros au cœur pur. Le plus de l’œuvre c’est, outre un incroyable souffle de conteur, la conviction mystique qui emporte tout le cycle.
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medium_geneomale.jpgLaurent Genefort

   

    L'Opéra de l'espace (1996) — Fleuve Noir.
    Omale (2001), Les Conquérants d'Omale (2002), La Muraille sainte d'Omale (2004) — J'ai Lu.
    Considéré à ses débuts comme un honnête faiseur — mais il a commencé très jeune ! —, Genefort a su mûrir et imposer progressivement sa vision, construisant un univers coloré, peuplé de races les plus diverses et sillonné par les traces de Grands Anciens — ici, les Vangk, qui ont laissé des Portes dans l'espace permettant les voyages les plus extraordinaires. Genefort, qui a un vrai talent pour l’image, rappelle parfois Stefan Wul dans ses meilleurs moments. L’Opéra de l’espace — cet article ne pouvait ignorer pas plus ignorer ce titre que Space opera de Jack Vance — suit le périple aventureux d’une troupe de chanteurs d’opéra qui, pour survivre, doivent se faire aventuriers autant que saltimbanques. Sa création la plus remarquable à ce jour est Omale, un monde gigantesque dont on devine assez vite qu’il s'agit d'une sphère de Dyson, dont les habitants ont cependant le sang nettement plus chaud que les personnages de Larry Niven.
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medium_chantwag.jpgRoland C. Wagner

 

    Le Chant du cosmos (1999) — L'Atalante.
    Le co-auteur de cet article — mais pas des lignes qui suivent, naturellement — a effectué quelques sorties dans l'espace extérieur au début des années 1990, avec Cette Crédille qui nous ronge (Fleuve Noir), premier essai de planet opera pacifiste, ou le facétieux Les Psychopompes de Klash (récemment réédité sous le titre Aventuriers des Étoiles (Mnémos) en compagnie de sa suite parue en feuilleton dans Bifrost), mais son space opera le plus achevé reste Le Chant du Cosmos et son avenir d'où la guerre et la violence ont quasiment disparu. Quasiment : comme dans les histoires de robots d'Asimov, où il y a intrigue seulement lorsque les lois de la robotique sont ou semblent être prises en défaut, il est nécessaire — pour l'auteur — de préserver des poches de violence. La description de la planète Éden, qui joue ici le rôle d'un de ces isolats, est un des grands moments du livre : terrés au fond de bunkers souterrains, les Édéniques ne montrent jamais leur vrai corps en public, et n'envoient en surface que des clones téléguidés (on pense aux Clans de la Lune Alphane, de Philip K. Dick) exposés aux mille morts d'un monde où chacun est en guerre perpétuelle avec tous les autres. Avec sa structure pastichant le roman sportif, Le Chant du Cosmos emmène en balade lecteur et protagonistes, surprend à plus d'un tournant, et met en jeu — c'est le cas de le dire — le sort de l'univers.

 

    Pour conclure, nous citerons un ouvrage en langue russe d’Ivan Efremov, La Nébuleuse d’Andromède (Éditions du Progrès, Moscou) l’anthologie Cor Serpentis (Éditions de Moscou), qui permettront au lecteur de se faire une idée de l’approche du space opera par les auteurs soviétiques. Et cette liste ne serait pas complète sans L’Invincible (Pocket), du Polonais Stanislas Lem, qui présente un traitement du genre à contre-courant des tendances dégagées ci-dessus.

    L’année indiquée après le titre original est celle de la première parution. Dans le cas d’une prépublication en magazine, la date donnée est celle correspondant au dernier épisode. L’édition française signalée est la plus récente.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

 

25.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (9)

Charles & Nathalie Henneberg

 

medium_henneplaie.jpg    Le Chant des astronautes (1958) — Le Masque “Science-Fiction”. La Plaie (1964), Le Dieu foudroyé (1976) — L'Atalante. Démons et chimères (1977) — Le Masque “Science-Fiction”.
    Les membres de ce couple aujourd’hui bien oublié sont les auteurs, ensemble ou séparément, de quelques-uns des plus grands space operas des années 50. Le Chant des astronautes, paru sous la seule signature de Charles, décrit une de ces guerres totales et grandioses dont le genre raffole, avec une riche galerie d’extraterrestres. La Plaie — publié après la mort de Charles sous le seul nom de Nathalie —, énorme roman épique à l’écriture pleine d’emphase et de préciosité, embrasse un espace immense et atteint par moment une dimension quasi métaphysique. Le Dieu foudroyé, qui lui fait suite, est moins intéressant. Quant à Démons et chimères, il s’agit d’un recueil de nouvelles dont les titres parlent seuls : « La fusée fantôme », « Du fond des ténèbres ». À redécouvrir.
 
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Francis Carsac

medium_carsacceux.JPG    Ceux de nulle part (1954) — Opta “Club du Livre d’Anticipation”. Pour Patrie l’Espace (1962) — Pocket. La Vermine du lion (1967) — Fleuve Noir “Lendemains Retrouvés”.
    Une demi-douzaine de romans et une poignée de nouvelles suffisent à en faire le maître du space opera français de l’après-guerre. Ceux de nulle part, en dépit de son côté désuet, est un fort bon space opera d’aventures, imaginatif et fouillé sur le plan scientifique. Les Misliks éteignent les étoiles ; seuls les Terriens peuvent les arrêter. Pour Patrie l’Espace décrit la vie à bord des immenses vaisseaux qui relient entre eux les mondes habités. Comme dans Citoyen de la Galaxie, les équipages de ces navires mènent une existence indépendante et l’on peut même dire qu’ils ont développé une civilisation propre. La Vermine du lion, enfin, se préoccupe de colonialisme et d’ingénierie génétique. La lutte de Teraï Laprade et de son paralion contre la mise en exploitation de la planète Eldorado est menée tambour battant, prouvant que le space opera constitue le genre idéal pour qui choisit de traiter de politique sur une trame de roman d’aventures. Disons qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre et n’en parlons plus.

 

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André Ruellan
(sous le pseudonyme de Kurt Steiner)
 
 
medium_ortog.jpg    Aux armes d’Ortog (1960) — Pocket.
    Célèbre pour ses romans d’horreur, parus dans la collection “Angoisse” (Fleuve Noir), son fameux Manuel du Savoir-Mourir ou ses ouvrages spéculatifs publiés sous son véritable nom, il livre avec Aux armes d’Ortog un roman baroque, épique et flamboyant, dont le vernis médiéval dissimule une intrigue de nature “cosmobiologique”. Peut-être un tantinet imparfait — mais quel souffle ! Nous recommandons également sa suite, Ortog et les Ténèbres (1967), bien qu’elle se situe hors du cadre de cet article — il s’agit d’un fort curieux livre de fantasy métaphysique à quatre dimensions.

 

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Gérard Klein
 

medium_klein_voiiers.jpg    Le Gambit des Etoiles (1958) — NéO.
    Saga d’Argyre : Le Rêve des Forêts (1960, 1987), Les Voiliers du Soleil (1961), Le Long Voyage (1964) — J’ai lu, Le Sceptre du Hasard (1968) — Pocket.
    Ici, l’empire galactique s’effondre sous son propre poids : Le Gambit des Étoiles prend en compte le fait que les décalages temporels induits par les voyages à des vitesses inférieures à celle de la lumière rendent impossible tout état interstellaire centralisé. Mais il sait aussi s’élever jusqu’à un niveau métaphysique lorsque la véritable nature des étoiles se dévoile…
    Publiée à l’origine au Fleuve Noir sous le pseudonyme de Gilles d’Argyre, la saga du même nom constitue une petite histoire du futur. Le Rêve des Forêts (paru sous le titre originel Chirurgiens d'une planète) conte la terraformation de Mars, l’eau et l’air étant transportés depuis la Terre grâce à une porte dans l’espace. Dans Les Voiliers du Soleil, Georges Beyle, principal personnage du premier volume, est devenu partie intégrante d’un gigantesque ordinateur luttant contre des envahisseurs extraterrestres. Le Long Voyage voit la planète Pluton transformée en astronef interstellaire. Enfin, Le Sceptre du Hasard, qui n’est pas un space opera bien qu’il se rattache au cycle, décrit une société dont le dirigeant suprême, le stochastocrate, n’est pas élu ou coopté, mais désigné par un tirage au sort auquel participe la totalité de la population.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

18.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (8)

B.R. Bruss

 

medium_brussphtas.jpg    L’Enigme des Phtas (1965), La Planète introuvable (1968), Les Centauriens sont fous (1969) — Fleuve Noir “Anticipation”.
    B.R. Bruss, qui signa aussi Roger Blondel, est l’auteur de nombreux space operas qui se caractérisent par leur pacifisme. Prenant le contrepied des auteurs bellicistes qui sévissaient dans la collection, il ne décrit des conflits interstellaires que pour leur trouver une solution évitant en général le recours à la violence, comme dans L’Enigme des Phtas, où de mystérieuses modifications affectent les populations de diverses planètes situées dans le même secteur spatial, ou dans Les Centauriens sont fous, où un peuple extraterrestre envoûte les colons terriens du Centaure pour les dresser contre la Terre. Il sait aussi mettre sur pied des énigmes d’une dimension cosmique, comme celle qui est au cœur de La Planète introuvable : toutes les expéditions qui ont exploré la planète Brull en ont fourni une description radicalement différente. La mission est envoyée afin de percer ce mystère découvrira qu’il s’agit du même monde, mais pas à la même époque !

 

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Richard-Bessière

 

medium_kazor.jpg   Visa pour Antarès (1963), Série Dan Seymour :  10 volumes (1966-1974), Les Marteaux de Vulcain (1969) — Fleuve Noir “Anticipation”.
    Si l’œuvre abondante de Richard-Bessière emploie beaucoup le voyage dans l’espace, le space opera proprement dit n’y occupe qu’une place modeste. En effet, seuls quelques titres isolés — comme Visa pour Antarès — et les aventures de Dan Seymour, l’Agent spatial n°1, prennent la peine de développer un cadre authentiquement cosmique, même si chaque titre est en général consacré à la description d’une seule planète. Le meilleur volume de la série est sans doute Les Prisonniers de Kazor, avec ses méchants extraterrestres au mode de reproduction insensé, mais Cauchemar dans l’Invisible ou La Loi d’Algor — aux accents de fantasy — ont aussi leur part d’originalité. Les Marteaux de Vulcain, qui se déroule a priori dans le même univers, même si Seymour n’y apparaît pas, conte une expédition tragique sur un monde hostile ; le pessimisme de Richard-Bessière y atteint des sommets.
 
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Stefan Wul

 

medium_wulperdide.jpg    L’Orphelin de Perdide (1958) — Fleuve Noir “Anticipation”.
    Adapté à l’écran dans les années 80 sous le titre Les Maîtres du Temps, ce court roman d’aventures est peut-être le chef-d’œuvre de son auteur. Avec ses personnages modelés dans la glaise dont on fait les archétypes et ses décors aux vives couleurs servis par une narration jubilatoire, il constitue une sorte de quintessence du space opera d’aventures français des années 50 et 60. La puissance d’évocation de Wul y atteint de tels sommets que l’on oublie de prêter attention aux imperfections de l’intrigue.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

16.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (7)

Domaine français

 

Jean de la Hire
 
  
medium_hireroue2.2.jpg    La Roue fulgurante (1909) — Lattès.
    Un étrange OVNI avant la lettre emmène un groupe de Terriens dans un voyage autour du Système solaire. Dans une ambiance de roman populaire kitsch, ceux-ci découvrent les créatures peuplant les différentes planètes, dont les plus étranges et originaux sont certainement les Mercuriens monopèdes.

 

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J.H. Rosny Aîné

 

medium_rosnavi.jpg    Les Navigateurs de l’Infini (1925, 1960) — Rencontre.
    La première expédition pour la planète Mars découvre une race d’être vivants à trois pieds… et finit par faire souche sur la Planète Rouge ! La suite du récit n’a été publiée que lors de sa réédition en 1960. Un sommet d'étrangeté dans la SF française d’avant-guerre.
 
 
 
Raymond de Nizerolles
 
 
medium_nize.jpg    Les Aventuriers du ciel (1937) — Ferenczi.
    Comme dans La Roue fulgurante, les personnages y visitent les différentes planètes de notre système solaire ; néanmoins, le vaisseau a été cette fois-ci fabriqué par un savant génial — mais pas fou. Cette saga de plusieurs milliers de pages, publiée en fascicules, a fortement “inspiré” Richard-Bessière pour ses Conquérants de l’Univers qui ont inauguré, au début des années 50, la collection “Anticipation” du Fleuve Noir, laquelle a accueilli pendant un demi-siècle la majorité des space operas français.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

11.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (6)

Iain M. Banks

 

medium_banksguerre.jpg     Cycle de la Culture : Une Forme de guerre (Consider Phlebas — 1987), L'Homme des jeux (The player of games — 1988), L'Usage des armes (Use of weapons — 1990), Excession (Excession — 1996), Inversions (Inversions — 1999) — Le Livre de Poche SF. Le Sens du vent (Look to Windward — 2000) — Robert Laffont & Le Livre de Poche.
    Quand il signe Iain Banks sans initiale centrale, c’est un des jeunes auteurs les plus respectés de la littérature britannique, quand il ajoute le M., il pratique la SF avec une démesure qui serait parodique si elle ne lui avait valu un enviable succès commercial, faisant de lui l'un des pères du « nouveau space opera » d'Outre-Manche. La Culture, anarchie bienveillante pour ses citoyens, civilisation qui vit dans une telle abondance qu’elle a pu sans problème abolir la propriété privée, peu faire preuve d’un hégémonisme bien intentionné vis-à-vis des civilisations moins avancées qu’elle rencontre dans la Galaxie. Racontés avec une insolente débauche d’effets littéraires, les romans de la Culture de Banks se résument souvent à une idée force : toute guerre est aussi abominable qu’inutile. Au passage, l’auteur aura quand même aligné les récits de combats et les descriptions d’ahurissante technologie militaire. Et des pages d’humour et d’invention débridée. La formule est avouée, mais l’exécution si virtuose qu’on ne s’en lasse pas.
    On peut d’ores et déjà affirmer le statut de classique de Banks au vu des émules qu’il a déjà suscités ; le plus intéressant est sans doute Ken Macleod, un autre Écossais qui construit un futur anarchiste sur Terre et dans l’espace (et ne recule jamais devant une discussion de théorie politique entre ses protagonistes).
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Peter F. Hamilton

 

medium_consohamil.jpg     L'Aube de la nuit (Night's Dawn — 1996-1999) — Robert Laffont & Pocket SF.
    Peter F. Hamilton donne sans contestation possible dans la démesure avec les quelques 3500 pages de cet énorme roman découpé en un nombre variable de volumes selon les éditions. Sur un thème assez bateau de fantastique horrifique — les morts reviennent pour posséder les corps des vivants —, il construit une saga interstellaire vigoureuse et pleine d'astuce dans un univers solidement construit, quoique parfois un peu simpliste sur le plan de la vision politique, qui recourt trop facilement aux analogies. Mêlant aventures, hard science et  military fiction, Hamilton se range du côté du néo-classicisme plutôt que du post-modernisme, ce dont témoigne la sous-utilisation manifestement volontaire de morts célèbres parmi ceux qui réussissent à revenir ; mais peut-être n'est-ce qu'une manière de se démarquer de Philip José Farmer et de son Monde du Fleuve.
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Alastair Reynolds

 

medium_reynoldsreve.jpg     L'Espace de la révélation (Revelation Space — 2000), La Cité du gouffre (Chasm city — 2001), Diamond Dogs, Turquoise Days (Diamond Dogs, Turquoise Days — 2003) — Pocket SF. L'Arche de la rédemption (Redemption Ark — 2002) Le Gouffre de l'absolution (Absolution Gap — 2003) — Presses de la Cité.
    Cette saga, qui compte déjà cinq gros volumes en Grande-Bretagne, est un exemple parfait de space opera moderne — ni néo-classique, ni post-moderne. Pas de décor exotique à proprement parler : on n'est plus dans la littérature coloniale. Il y a bien des extraterrestres, mais ils restent énigmatiques, ou pire encore : ils sont morts. Quant à l'expansion, ce n'est ni une conquête, ni une aventure, mais un processus long et difficile. La Cité du gouffre, quoique censée être à la pointe de la civilisation, est presque détruite par une maladie qui s'attaque aux nanomachines ; les dauphins embarqués à bord des premiers vaisseaux — qui mettent des générations à atteindre leur destination — perdent la raison… Reynolds utilise des développements récents des technosciences, mais rien n'est simple, ni facile. Seul bémol : l'omniprésence de la guerre sans que l'auteur n'ait un discours sur ce qu'il semble considérer comme un élément intrinsèque de toute civilisation humaine, les conflits entre personnes étant à la base de presque toute l'intrigue — laquelle se déroule néanmoins à une échelle véritablement cosmique. Pour peu qu'on se soit laissé prendre par les deux premiers volumes, on veut savoir comment tout ça finira.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

 



    Un grand merci à Sylvie Denis pour ses notes au sujet d'Alastair Reynolds.

06.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (5)

John Varley

medium_valentine.jpg    Les Huit Mondes : Le Canal ophite (The Ophiuchi Hotline — 1977), Persistance de la vision (The Persistence of Vision — 1978) — Folio SF. Le Système Valentine (The Golden Globe — 1998) — Denoël « Lunes d’Encre ».
    Trilogie de Gaïa : Titan (Titan — 1979), Sorcière (Wizard — 1980), Démon (Demon — 1984) — Folio SF.
    Varley a étendu aux dimensions du système solaire une société très californienne dans sa recherche du plaisir, où l’on peut changer de sexe et de corps presque à volonté. Pourtant, l’espace reste toujours présent : la Terre étant interdite aux humains par des envahisseurs invincibles, il faut vivre dans des habitats artificiels sur Mars, la Lune ou les satellites lointains… et la technologie qui rend tout cela possible a été inspirée par les transmissions interstellaires reçues sur le Canal ophite.
    C’est dans la trilogie de Gaïa, située à l’intérieur d’un gigantesque artefact, que Varley se lance dans les aventures les plus débridées, qui ressemblent parfois à Indiana Jones revu et corrigé par Tex Avery. Mais il s’agit plutôt de planet opera. Varley est revenu aux Huit Mondes depuis quelques années ; Gens de la Lune témoignait de préoccupations plus tournées vers l’intérieur, mais sa suite Le Système Valentine est à nouveau un roman de voyage interplanétaire picaresque et de choc de cultures — et bien d’autres choses à la fois : exploration d’une psychologie désaxée, jeu éblouissant sur la culture cinématographique et shakespearienne…

 

Gregory Benford
 
medium_marees.jpg    Dans l’Océan de la nuit (In the Ocean of Night — 1978), A travers la mer des soleils (Across the Sea of Suns — 1984) — Denoël « Lunes d'Encre ». La Grande Rivière du ciel (Great Sky River — 1987), Marées de lumière (Tides of Light — 1989), Les Profondeurs Furieuses (Furious Gulf — 1994) — Le Livre de Poche SF.
L’Ogre de l’espace (Eater — 2000) — Presses de la Cité.
    Chercheur en physique, Benford accorde une grande importance à la vraisemblance scientifique — ne pas le faire serait, selon lui, « jouer au tennis avec le filet baissé ». Pas question, donc, que les vaisseaux dépassent la vitesse de la lumière, et l’on ne sera pas surpris de le voir prendre la suite d’Arthur C. Clarke avec, par exemple, l’artefact mystérieux dont l’arrivée ouvre Dans l’Océan de la nuit. Si le deuxième volume constitue une suite au premier, il fournit aussi un cadre beaucoup plus vaste, celui d’une lutte galactique entre formes de vie organique et mécanique, qui se prolonge dans un futur beaucoup plus lointain au fil des ouvrages suivants, dont les protagonistes sont les derniers descendants d’une humanité largement mécanisée.
    Les autres romans majeurs de Benford concernent la vie des scientifiques dans un cadre contemporain, ce qui n’empêche pas les occasionnelles intrusions de l’espace profond : voir L’Ogre de l’Espace, où un envahisseur d’une nature extraordinaire bouleverse notre système solaire dans un futur très proche.

 

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David Brin

 

medium_defi.jpg     Série de l’Élévation : Jusqu’au cœur du Soleil (Sundiver — 1980) — Le Livre de Poche SF. Marée stellaire (Startide Rising — 1983), Élévation (The Uplift War — 1987), Rédemption-1 : Le Monde de l’exil, Rédemption-2 : Le Monde de l’oubli (Brightness Reef — 1995),  Rédemption-3 : Le chemin des bannis, Rédemption-4 : Les rives de l’infini (Infinity’s Shore — 1996)  Rédemption-5 : Le grand Défi (Heaven’s Reach — 1998) — J’ai Lu.
    Malgré sa formation d’astrophysicien qui l’empêche d’écrire des absurdités sur le plan scientifique, David Brin a été l’un des artisans du retour du space opera naïf, bourré d’aventure et de foi en l’humanité. Dans l’univers de l’Élévation, toutes les races doivent leur accès à l’intelligence à l’aide d’une race mentor — sauf les Terriens, qui ont même poussé l’originalité jusqu’à devenir eux-mêmes des mentors en « éduquant » leurs alliés dauphins et chimpanzés. Et les peuples les plus anciens brûlent de faire payer leur insolence à ces parvenus… À ne pas prendre au sérieux, parfois trop long — le troisième volume —, parfois vraiment trop long et par trop gamin — les volumes suivants — mais terriblement amusant à ses meilleurs moments.

 

Bruce Sterling

 

medium_schsma.jpg     Schismatrice+ (Schismatrix — 1985) — Folio SF.
    Annoncé par quelques nouvelles, ce roman explore sur une plus grande échelle un futur où l’humanité s’est séparée en deux factions : les Mécas se transforment en cyborgs, les Morphos ne jurent que par l’ingénierie génétique. Ils peuplent une étonnante variété d’habitats dans le système solaire, et luttent aussi bien sur le plan de l’intrigue politique que celui de la compétition économique, en se disputant les interventions des mystérieux extra-terrestres que l’on a appelé les Investisseurs.

 

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Dan Simmons

 

medium_HYPERION.jpg    Hypérion (Hyperion — 1989), La Chute d'Hypérion (The fall of Hyperion — 1990), etc. — Pocket SF.
    Auteur d’horreur avant tout, Simmons doit sa présence ici à une série dont l'étonnant premier volume, Hypérion, voit un groupe de pélerins de l’espace se rendre sur la planète éponyme où sévit le cruel et mystérieux Gritche, chacun ayant naturellement son propre but. Ce demi-roman, qui retrace la vie de chacun des voyageurs à travers une série de pastiches — chaque histoire adoptant un cadre bien différent au sein de la civilisation interstellaire humaine —, représente une si éblouissante démonstration que la déception n'en est que plus vive face au confus magma narratif de La Chute d'Hypérion, où le postmodernisme affiché de l'auteur apparaît pour ce qu'il est : une vaste opération de recyclage.

 

Vernor Vinge

 

medium_abime.jpg    Un Feu sur l’abîme (A Fire upon the deep — 1992) — Le Livre de Poche SF. Au tréfonds du ciel (A Deepness in the Sky — 1999) — Robert Laffont.
    Vernor Vinge est longtemps resté un auteur mineur dans l’ombre de son ex-épouse, Joan. Sa formation de mathématicien et informaticien lui a permis d’introduire des idées astucieuses, et son long récit « True Names » est considéré comme un des précurseurs les plus sérieux du cyberpunk. Après des romans de voyage dans le temps originaux, il a connu le succès (deux prix Hugo) avec deux romans situés dans un même univers galactique démesuré, où la difficulté de communication tient à l’abondance de l’information, où le voyage interstellaire sert à répandre la technologie via le commerce de la gratuité — on pense à Poul Anderson ou à James Blish. A noter, malgré des intrigues parfois un peu naïves, la création de races extraterrestres d’une grande originalité, comme les Meutes d’Un Feu sur l’Abîme, qui ne sont intelligentes qu’à partir de la réunion de quatre individus ressemblant à des chiens.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

 

03.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (4)

Samuel Delany

 

medium_nova.jpg    Babel 17 (Babel 17, 1966) — J’ai lu.
    Nova (Nova, 1968) — J’ai lu.
    Lorq von Ray désire plonger au cœur d’une nova pour y recueillir l’illyrion — métal transuranique nécessaire à la propulsion des astronefs — qui s’y forme. Il a pour allié La Souris, une sorte de vagabond des étoiles, et pour ennemi Prince Reed, tout aussi riche et puissant que lui-même. Mais derrière ce grand space opera se dissimule une allégorie — avouée — de la quête du Graal, et Jacques Sadoul, dans son Histoire de la Science-Fiction moderne compare à juste titre l’obsession de Lorq von Ray à celle du capitaine Achab de Moby Dick. Babel 17 comporte lui aussi plusieurs niveaux de lecture : le sujet du livre est moins la guerre spatiale qui oppose la Terre à de mystérieux envahisseurs que la nature du langage employé par ces derniers — un langage qui peut vous transformer en un ennemi de votre propre camp.

 

Fred Saberhagen

 

medium_berserk.jpg    Série des Berserkers : 2 volumes (1967-1985) — L’Atalante.
    La guerre stellaire est finie depuis longtemps… mais les Berserkers, des vaisseaux robotisés, hantent toujours les profondeurs de l’espace, continuant à mener le combat contre les humains. La série aurait pu n’être qu’une chronique d’un déminage aux dimensions de la Galaxie, mais elle s’est hissée, au fil des récits, au niveau d’un combat mythique entre le vivant et le mécanique. Si Saberhagen n’a jamais été considéré comme un des « grands » de la SF, l’idée des Berserkers a exercé une influence sur des auteurs plus modernes comme Benford ou Banks.
 
 
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E. C. Tubb

 

medium_gath.jpg    Série Dumarest : 32 volumes (1967-1985) — Vaugirard.
    Dumarest, « l’homme qui cherche le chemin de la Terre », voyage de monde en monde, affrontant le Cyclan dont les prêtres cyborgs cherchent à étendre sans cesse leur pouvoir. Une grande saga d’aventures riche en paysages extraterrestres et en sociétés baroques, que traversent des personnages féminins fascinants et attachants. Il est rare qu’une série aussi longue maintienne jusqu’au bout un tel niveau de qualité.

 

Roger Zelazny

 

medium_mortsze.jpg    L’Île des morts (Isle of the Dead — 1970) — J’ai lu.
    Le richissime immortel Francis Sandow, dernier survivant du vingtième siècle, est le seul être humain à être entré dans la confrérie des Faiseurs de Monde, dont tous les autres membres appartiennent à la race extraterrestre des Pei’ens. Des personnages de son passé ayant été ressuscités sur l’Ile des Morts, l’une de ses créations, il cherche à savoir qui en est responsable. Le roman s’achève sur un combat de divinités tout à fait impressionnant. Comme chez Delany, une lecture à plusieurs niveaux est possible, comme l’indique par exemple le nom donné aux extraterrestres, qui rappelle irrésistiblement le terme « païens ».

 

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Larry Niven

 

medium_nivanneau.jpg    L’Anneau-Monde (Ringworld — 1970), Les Ingénieurs de l’Anneau-Monde (Ringworld Engineers — 1980) — J’Ai Lu.
    La grande popularité de Niven dans le lectorat de SF n’a pas franchi l’Atlantique ; ces deux romans ne sont que deux des quelques fragments traduits de son univers du N-Space, peuplé de races exotiques telles qu’on en imaginait vingt ans avant, mais exploré avec une rigueur toute mathématique. Dans L’Anneau-Monde, des créateurs depuis longtemps disparus ont remodelé un système stellaire entier pour remplacer les planètes par un ruban de matière en orbite autour de son soleil. Démesure et hard science, donc.

 

Piers Anthony

 

medium_zod.jpg    Zodiacal (Macroscope — 1969) — Opta “Anti-Mondes”.
    Série Constellations : Silex ou le Messager (Cluster — 1977), Mélodie ou la Dame enchaînée (Chaining the lady — 1978), Hérald ou la Quête Kirlian (Kirlian Quest — 1978), Millétoile (Thousandstar — 1980) — L’Atalante.
    Zodiacal mêle hard science et astrologie dans un tourbillon qui ne laisse pas un instant le lecteur en repos. Ce roman énorme et ambitieux constitue une incroyable escalade dans la démesure, avec agrandissement perpétuel du champ en un impressionnant zoom arrière. Ne laissez pas échapper ce chef-d’œuvre méconnu si vous le voyez passer ; il procure un authentique sentiment de vertige. La série Constellations est elle aussi très intéressante, même si l’originalité y paraît un peu plus forcée que dans Zodiacal. Vous y rencontrerez quelques-uns des extraterrestres les plus bizarres jamais produits par la SF et vous y découvrirez leurs mœurs sexuelles tirées par les cheveux.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

01.11.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (3)

 
Jack Vance
 
medium_vancetuer.jpg    La Geste des Princes-Démons : Le Prince des étoiles (The Star King, 1964), La Machine à tuer (The Killing Machine, 1964), Le Palais de l’Amour (The Palace of Love — 1967), Le Visage du Démon (The Face, 1979), Le Livre des rêves (The Book of Dreams, 1981) — Le Livre de Poche SF.
Space opera (Space opera, 1967) Pocket SF.
    Si Space opera n'est qu'un roman mineur quoique distrayant racontant les tribulations d'un opéra ambulant qui essaye d'apporter la culture musicale terrienne à des mondes qui s'en passeraient bien, La Geste des Prince-Démons représente l'une des œuvres majeures de Jack Vance. Sa famille ayant été massacrée par un groupe de criminels connus sous le nom de Prince-Démons, Kirth Gersen traque ceux-ci à travers l'Aire gaïane pour venger les siens. Comme toujours chez Vance, cette quête est prétexte à une débauche de couleurs et de coutumes, dans un univers d’une grande richesse dont les divers mondes et peuples sont décrits avec un luxe de détails. Folklorique et aventureux en diable. Recommandé.
 
Poul Anderson
 
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    Marchands interplanétaires (Trader to the Stars, 1964) — Temps Futurs. Agent de l’Empire Terrien, La Caverne du ciel (recueils sans équivalent américain), Opta, « Galaxie-Bis ». Les Croisés du Cosmos (The High Crusade, 1960) — Folio SF. Dans Marchands interplanétaires, le commerçant Nicholas Van Rijn voyage dans l’espace pour la plus grande gloire du capital. Quelques siècles impériaux plus tard, l’espion et diplomate interstellaire, Sir Dominic Flandry, héros des nouvelles recueillies dans Agent de l’Empire Terrien, est un personnage que l’on n’oubliera pas facilement — il consacre tous ses efforts à empêcher l’Empire de s’effondrer. Ce ne sont que deux fragments d’une monumentale histoire du futur construite par Anderson, dont seule une petite partie a été traduite en France.. De leur côté, Les Croisés du Cosmos, des chevaliers médiévaux, ont la bonne fortune de s’emparer d’un vaisseau extra-terrestre pour aller exercer dans la Galaxie leurs talents guerriers. Réjouissant en diable.
 
 
 
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James Blish
 
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    Les Villes Nomades : Aux Hommes les étoiles (They Shall Have Stars, 1954), Villes nomades (A Life for the Stars, 1962), La Terre est une idée (Earthman, Come Home, 1953), Un Coup de cymbales (A Clash of Cymbals — 1958) — Denoël, « Présence du Futur ». Semailles humaines (The Seedling Stars, 1956) — J’ai Lu SF. Dominée par l’image frappante de l’île de Manhattan navigant dans l’espace à l’intérieur d'une bulle d'énergie, le cycle des Villes Nomades aborde le space opera sous l’angle jusque-là inédit de l’économie ; comme les “Okies” des Raisins de la Colère, les Terriens, chassés par la misère de leur planète, vendent leurs services au gré de leurs pérégrinations, pour assister au bout du compte à la fin de l’univers. Blish, toujours curieux d’érudition scientifique, est également l'auteur de Semailles humaines propose une vision radicale de l’évolution de l’humanité à coups de mutations contrôlées qui préfigure Varley et Sterling.
 
Cordwainer Smith
 
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    Les Seigneurs de l’Instrumentalité : Les sondeurs vivent en vain, La Planète Shayol, Norstralie, Légendes et glossaires du futur — Folio SF. Mêlant pensées chrétienne et chinoise, Cordwainer Smith occupe une place à part dans la Science-Fiction. Il dépeint un avenir lointain où des animaux « humanisés » vivent soumis aux hommes. Dans ce cycle de légendes du futur s’entrecroisent philosophie et poésie, compassion et monstruosité. Le traitement à la lisière du conte — voir les introductions de nouvelles comme « La dame aux étoiles » ou « Le bateau ivre » — vient renforcer une puissance visionnaire rarement égalée. Cordwainer Smith vous attire, vous implique peu à peu dans son univers, jusqu’à vous le faire partager et vous le rendre compréhensible. Un tour de force sans équivalent : dépaysement garanti.
 
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Gordon Dickson
 
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    Série Dorsai : Necromant (Necromancer, 1962), Dorsai (The Genetic General, 1959), La Stratégie de l’erreur (Tactics of Mistake, 1971), Pour quelle guerre… (Soldier, ask not, 1964), L’esprit de Dorsai (The Spirit of Dorsai, 1979) — Opta, “Galaxie-Bis”. La planète Dorsai n’a à vendre que ses mercenaires. De leur condition, ils font leur gloire… L’ingéniosité de Gordon Dickson en matière de conflits futurs est incontestable, et il fait figure de père de la “military SF” — Science-Fiction belliqueuse, dont Lois McMaster Bujold est une représentante contemporaine et ô combien moins douée.  
 
Frank Herbert
 
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    Dune (Dune, 1965), Le Messie de Dune (Dune Messiah, 1969), Les Enfants de Dune (Children of Dune, 1976), etc. — Pocket. Herbert a introduit l’écologie dans le space opera : point focal d’intrigues à l’échelle de l’empire galactique, la planète Dune retient l’attention par sa culture, inspirée de celle des Touareg et tout entière fondée sur la nécessité de conserver l’humidité. Paul Muad’Dib, héros de la résistance aux usurpateurs, arrive à prendre des dimensions messianiques. Néanmoins, le mélange de démesure épique et d’aphorismes sybillins qui frappent tant de prime abord a fini par s’user au fil des multiples volumes qui ont suivi, sans parler des divers préludes rajoutés après la mort de Herbert.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner