20.09.2009

Jules Verne, cent ans après

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Colloque de Cerisy

Terre de Brume (2005)

 

Ils sont vingt-cinq à s'être penchés sur son œuvre, Roger Bozzetto, Gilles Menegaldo, Daniel Compère, Arnaud Huftier et d'autres, pour ce deuxième colloque de Cerisy sur Jules Verne (le premier eut lieu en 1978), en prévision du centenaire, prêts à bousculer les idées reçues à propos d'un auteur un peu trop hâtivement catalogué au rayon jeunesse. Découpé en cinq parties, ce recueil est d'une exceptionnelle richesse, ne serait-ce que parce qu'il revient sur des titres peu ou prou connus, le plus cité parmi les contributeurs étant Sans dessus dessous.

L'œuvre romanesque, du manuscrit à l'illustration, se penche sur les titres et les originaux de Verne, les rapports avec Hetzel, le rôle de la presse dans l'œuvre de ce grand consommateur de journaux, celui des illustrations, renforçant « le potentiel émotionnel de la fiction », ainsi que sur l'aspect très visuel de son œuvre. Jules Verne et le théâtre revient sur sa carrière de dramaturge. On connaît les adaptations des ses plus célèbres romans sous forme de spectacle féerique (à l'exception d'un inédit, Voyage à travers l'impossible, que vient de rééditer l'Atalante), on en sait moins sur les vaudevilles et mélodrames du début de carrière, où s'expriment davantage son humour et son goût des calembours (avec un surprenant : « la queue sur la main »). Les approches thématiques nouvelles ne manquent pas d'intérêt, car elles montrent un Jules Verne respectueux de la nature, formulant un pessimisme social face aux dérives de la science. Le sauvage n'est pas toujours celui qu'on croit. Ses personnages de savants et d'explorateurs partagent, eux, cette « hygiène de vue » qui allie résistance physique à des « capacités morales d'enthousiasme et d'émerveillement ».

La géographie à l'œuvre ausculte l'Afrique, l'Extrême-Orient et... la Belgique pour y déterminer la part de documentation et de lieux communs, de vérité et d'invention. Enfin, Jules Verne et les autres établit les relations et les correspondances avec Baudelaire, Poe, qu'il admirait, et les filiations avec un Lovecraft ou un Perec. On le voit aussi prendre ses distances avec certains mythes américains. S'interrogeant sur son statut d'auteur de science-fiction, Jean-Pierre Picot note qu'il « ne procède que de la seule anticipation technologique » ; il n'en est pas vraiment un mais a contribué à familiariser le lecteur avec l'avenir, en le rapprochant plutôt qu'en nous y emmenant.

La somme des interventions, aussi passionnante qu'érudite, a de quoi inciter à une relecture furieuse de celui qui reste malgré tout le père de la science-fiction française.

 

Claude Ecken