22.10.2009
Le Pouvoir
Frank M. Robinson
The Power, 1999
(révision d'un roman de 1956)
Folio SF, 2004
Bill Tanner dirige pour l'US Navy des recherches sur l'endurance humaine. Un membre de l'équipe estime qu'un cerveau doté d'énormes pouvoirs se dissimule parmi eux. Ses lubies parapsychiques sont considérées avec dédain jusqu'à sa mort, inattendue, alors qu'il s'apprêtait à écrire une lettre de révélations au professeur Tanner. Celui-ci a le tort de chercher à en savoir plus : très vite, le mutant s'introduit dans son esprit pour le pousser à se suicider ou manipule son entourage pour précipiter sa mort. Les traces de son diplôme universitaire disparaissent, comme celles de son compte en banque. Fugitif sans ressources, s'interdisant de dormir, Tanner doit se hâter de découvrir l'identité du surhomme sans cependant l'approcher de trop près s'il veut résister à ses assauts psychiques.
On a rarement fait mieux dans la catégorie du récit parano que ce thriller qui ne laisse pas une seconde de répit. Écrit en 1956, le roman, typique des intrigues qu'inspirait la guerre froide, n'est pas sans rappeler Marionnettes humaines d'Heinlein, L'Invasion des profanateurs de sépultures (le film de Don Siegel est sorti la même année), Le Père truqué de Dick, ainsi qu'Escamotage de Matheson et Bester pour le passage où le héros voit son univers se déliter. Il ne brille donc pas par son originalité thématique, pas plus que par son traitement inspiré des Dix Petits Nègres d'Agatha Christie, ni par sa réflexion, axée sur la part humaine du mutant : tout surhomme qu'il est, il n'en reste pas moins homme, avec ses faiblesses et ses envies de pouvoir.
Mais le suspense qui maintient le lecteur en haleine du début à la fin est si maîtrisé que ce roman est un petit joyau dans sa catégorie. On peut même s'offusquer de ne le voir traduit que près de cinquante ans après sa parution, alors qu'il fut adapté en 1967 (La Guerre des cerveaux, de Byron Haskin, avec George Hamilton) comme on peut s'étonner que cet auteur et éditeur plutôt prolifique n'ait jamais été traduit en France, hormis une poignée de nouvelles dans les années cinquante. Voilà une injustice réparée.
Claude Ecken
10:54 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, pouvoirs psi, paranoia, thriller, littérature
01.03.2009
Les Solariens
Norman Spinrad
The Solarians (1966)
Premier roman de Spinrad, publié en 1969 chez Marabout, Les Solariens est un space-opera en apparence classique, mais qui contient déjà en germe quelques-uns des thèmes qu'il exploitera brillamment par la suite.
La guerre qui fait rage entre les humains, répartis sur quelques centaines de mondes, et les Doglaaris, civilisation belliqueuse fondée sur la logique, donne l'avantage à ces derniers. L'ultime espoir repose sur Forteresse Sol : le berceau de l'humanité s'est en effet isolé du conflit en promettant de revenir avec l'arme qui retournera la situation.
Mais les Solariens venus dans un vaisseau sans défense sont d'autant plus déconcertants qu'ils choisissent le jeune commandant Palmer comme négociateur et présentent un plan à l'issue incertaine, basé sur la manipulation psychique des dirigeants ennemis, qu'on approchera en prétextant une reddition. On comprend la déception des militaires qui comptaient disposer d'une suprématie technologique, et leur attitude dubitative devant la solution retenue.
La révolution proposée par les Solariens est avant tout conceptuelle : la logique informatique, considérée comme le summum du conformisme, est battue en brèche dès lors qu'intervient un événement imprévisible. Au lieu de se battre sur le terrain des Doglaaris, par ordinateurs interposés, il convient de se montrer alogique. La révolution des mentalités dépasse le simple cadre militaire : sur le plan social, le changement, conforme à la contre-culture des années 60, prône l'identité communautaire, l'amour libre, la consommation de substances libérant l'esprit.
Encore fallait-il oser l'écrire. De ce point de vue, Spinrad était déjà ce contestataire iconoclaste bousculant les préjugés. Le livre est plus discret quant au sort final des Doglaaris, qu'on a présentés si radicalement opposés à tout qu'il ne peut rien rester d'eux après la victoire. Une œuvre de jeunesse somme toute sympathique qui se relit avec plaisir.
10:55 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, norman spinrad, sixties, pouvoirs psi





Joseph Altairac




