24.08.2009

Flying Saucers Rock'n'roll (1)

La science-fiction avant le rock'n'roll

 

aa720e615e1d34ab8d5586425be5385f.jpg Si Mary Shelley, en rédigeant Frankenstein (1818), signe au début du XXe siècle l'acte de naissance de la science-fiction moderne, et si Jules Verne et H.-G. Wells constituent à l'évidence les pères du genre, c'est aux États-Unis que celui-ci se constitue avec l'apparition en avril 1926 d'Amazing Stories, première revue entièrement consacrée à ce que Hugo Gernsback, son fonsateur, appelait encore la « scientifiction ». D'autres pulps viendront bientôt la concurrencer, comme Wonder Stories ou Astounding Stories, mais ce n'est qu'à partir de la fin des années 30 que le processus de maturation commence vraiment à porter ses fruits. Il faut attendre la décennie suivante pour voir apparaître les premiers classiques du genre, tels les cycles de Fondation et des Robots d'Isaac Asimov, L'Histoire du futur de Robert A. Heinlein, ainsi que nombre de nouvelles et romans signés Theodore Sturgeon, A.-E. Van Vogt, Clifford D. Simak ou Lewis Padgett.

 

6f2d371a865ebe2422938576720251da.jpg

 

Hiroshima marque une fracture. Le temps n'est plus au scientisme, à la foi aveugle dans le progrès ; certains nouveaux auteurs commençant à publier dans l'immédiat après-guerre, comme Ray Bradbury, Jack Vance ou Cordwainer Smith, ont tendance à se réfugier dans la poésie et/ou les futurs lointains ; néanmoins, cela ne signifie pas qu'ils ne traitent pas de problèmes qui leur sont contemporains, puisque toute bonne science-fiction ne parle que du présent. La génération suivante, dans les années 50, est celle de la transgression, ironique ou non, avec Philip K. Dick, Philip Jose Farmer, Fredric Brown ou encore Robert Sheckley, pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus connus.

 

a39de9ba6cba3aa6c72dd031591d2fbf.jpg

 

Jusque-là, la SF ne pouvait connaître le rock'n'roll, puisque celui-ci apparaît dans les charts en 1953 avec « Crazy Man Crazy » de Bill haley & his Comets. Néanmoins, bien qu'ils soient désormais contemporains, elle traversera la décennie suivante sans paraître remarquer l'existence de ce style musical qui est en train de devenir un phénomène planétaire. Il est vrai que les auteurs de SF n'ont pas été les seuls à mettre du temps avant de comprendre que l'on avait affaire à un phénomène de société, et non à une simple mode passagère.

 

28.02.2009

Le Temps du twist

Casus Belli n° 60, novembre-décembre 1990

 

pdf512-1990.jpg

Joël Houssin

Denoël Présence du Futur (1990)

 

Dans un monde où il est nécessaire de boire de l'alcool en permanence pour lutter contre le rétrovirus zapf, cousin punk du sida, une bande d'adolescents particulièrement défoncés fêtent l'aniversaire de l'un d'eux. le plus beau cadeau, celui du bidouilleur 42-Crew, consiste en un voyage en arrière dans le temps — dont le but n'ets nullement d'échapper au rétrovirus, mais d'assister au premier concert de Led Zeppelin, à Londres. Mais le groupe n'est pas au rendez-vous et nul n'en a entendu parler. Nouvel essai à New York pour le premier concert de leur tournée américaine : nouvelle déception, le sauvage MC5 les a ermplacés ! Quelqu'un a donc chamboulé l'histoire ; il va falloir remettre de l'ordre dans tout ça, avant que le disque dur du temps, surchargé de données, n'efface la ligne temporelle d'origine de nos joyeux lurons.

Pour son second roman en Présence du Futur, Joël Houssin a choisi de changer de style. Le Temps du twist se rapproche plus de certaines nouvelles caustiques qu'il a sgnées au tout début de sa carrière que de son œuvre fleuvenoiresque. Postulat délirant, personnages fokloriques, univers déglingué, informatique temporelle et reconstitution fantasmatique des années soixante — ce livre est tout cela et bien plus encore. E, pour une fois, Houssin s'est fendu d'une fin authentique, qui ne laissera pas le lecteur sur la sienne, de faim. Meilleur roman de son auteur, Le Temps du twist se doit de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de SF comme de tout bon fan de rock, et le MJ astucieux n'aura aucun mal à y piocher quelques idées pour son jeu cyberpunk préféré.

 

Roland C. Wagner

24.10.2007

Flying Saucers Rock'n'roll (3)

923a4a99953c587c252277e0d27d7822.jpg

    Le courant passe nettement moins bien du rock'n'roll vers la science-fiction. Il faut attendre la fin des années 60 pour voir un groupe rock occuper le devant de la scène dans « Le Grand Flash » (1969) de Norman Spinrad et, si Le Programme final de Michael Moorcock, qui met en scène le personnage de Jerry Cornelius, peut être considéré comme un roman imprégné de l'esprit du swinging London, la musique y est toutefois réduite à la portion congrue. Quelques années plus tard, Moorcock s'attaquera plus directement au sujet avec « Un chanteur mort » (1974). Dans le même ordre d'idées, Gregory Benford publie un peu plus tard « Doing lennon » (1975) — avant la mort de celui-ci, toutefois — et Michael Swanwick « « The Feast of St. janis » (1980).

 

0550ca854276f35529327a69b1e84ca1.jpg

 

    En France, la « génération électrocutée » du milieu des années 70 donne naissance à plusieurs textes liant SF et rock. Le plus frappant est sans doute « Rock Resurrection » (1975) de Joël Houssin, qui n'est pas sans posséder une certaine parenté avec « Le Grand Flash ». Du même Houssin, Locomotive Rictus (1975) peut être considéré comme l'un des rares livres authentiquement heavy metal jamais publiés. De son côté, Christian Vilà, avec qui il  aréuni l'anthologie Banlieues rouges (1976) — tout un programme —, pubie un roman punk intitulé Sang futur (1977) ; signalons également que la nouvelle de Vilà dans Banieues rouges, « Les derniers jours de mai », empruntait son titre au Blue Öyster Cult. On pourraitégalement citer « Suicide d'une pop star » (années 70) de Dominique Douay), un texte expérimental qui fait honneur à son titre, mais le premier grand roman français mêlant le rock et la SF ne paraîtra qu'au début des années 80, avec le frénétique Furia ! où Jean-Marc Ligny revisite la mythologie qui s'est eu à peu développée autourdu rock.

 

f6ee7024caf35948eb88303f8664d63f.jpg

 

    Tous ces auteurs baignent dans une ambiance où, comme le dit Pascal J. Thomas, l'on pouvait compter « au nombre de [ses] certitudes adolescentes celle d'une communauté culturelle entre science-fiction et rock'n'toll ». L'existence de pages consacrées au rock dans les revues de SF — comme « Rock'n'troll » de Patrick Eudeline dans Galaxie — et la présence des rubriques SF et rock dans des supports liés à la contre-culture, tant Actuel que la myriade de petites publications parallèles de la première moitié des années 70, permettat en effet dele penser, de même que l'meploi d'une imagerie et de thèmes science-fictifs par de nombreux artistes, de Genesis (« Get 'em Out by Friday », 1972) à Tangerine Dream et de David Bowie (The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars, 1973) à Gérard Manset, qui signe avec La Mort d'Orion (1969) une œuvre remarquable, quoique fort éloignée du rock proprement dit. Considérées comme deux subcultures venues d'Outre-Atlantique — et ce, en dépit que les racines de la SF se trouvent sur le vieux continent — science-fiction et rock'n'roll se retrouvent réunis sous le même chapeau contre-culturel, d'où un feeling particulier chez les auteurs français lorsqu'ils associent les deux.

 

166cbbcdb336bf68aca4c2a11535df0a.jpg

    Pendant ce temps, en Angleterre, Michael Moorcock a gravé un disque avec son groupe Deep Fix, écrit des textes pour le Blue Öyster Cult et participé à plusieurs albums de Hawkwind, des allumés qui s'habillent comme des personnages de romans de SF et dont les concerts sont l'occasion d'un light show tout à fait spatial. Au même moment, la SF est à l'honneur dans les pochettes de Roger Dean pour Yes (Yessongs, 1973) et Uriah Heep (The Magician's Birthday, 1972), les groupes de Krautrock tels que Can, Amon Düül II, Asha Ra Tempel ou bien entendu Kraftwerk y font abondamment référence, de même que ceux de rock progressif, comme les Français de Pulsar (« Pulsar », 1970) ou la joyeuse bande franco-anglaise de Gong, réunie autour de l'Australien Daevid Allen (Flying teapot, 1973 ; Angel's Egg, 1973 ; You, 1974).

 

Roland C. Wagner