29.11.2009
Aube d'acier

Charles Stross
Mnémos, 2006
Iron Sunrise, 2004
Dans le monde de Crépuscule d'Acier, la vie de l'humanité a été changée le jour où une intelligence artificielle et transtemporelle, l'Eschaton, a kidnappé une bonne partie de la population terrestre pour l'expédier coloniser nombre de systèmes stellaires... dans le passé. Ainsi, quand les humains commencent à voyager dans les étoiles, ils y trouvent des répliques, à un niveau planétaire, de diverses cultures européennes ; mais aussi un certain nombre de McWorlds, des planètes sans grand caractère qui ressemblent aux USA du XXe siècle. Mais le voyage spatial leur est possible, quitte à importer les vaisseaux. Corollaire, les guerres arrivent aussi, que les Nations Unies (privatisées, mais encore basées sur Terre) essayent d'empêcher. Et que l'Eschaton contrôle de façon beaucoup plus brutale : la violation de causalité (sortir du « cône de lumière ») est nécessaire pour le voyage ou la communication plus rapide que la lumière, mais elle est strictement encadrée, et la planète qui se risquerait à jouer avec pour produire des armes verrait son soleil exploser en supernova. C'est ce qui se produit sur Moscou, système pourtant tranquille. Il apparaît vite qu'une puissance extérieure a provoqué cette mort subite de centaines de millions de personnes, et le roman suit les itinéraires d'une poignée de personnages qui cherchent à reconstituer les faits, et à en arrêter les auteurs : Wednesday, une survivante moscovite ; Frank, un journaliste d'investigation interplanétaire ; l'agent de l'ONU, Rachel Mansour et son mari Martin Springfield, déjà rencontrés (et qui s'étaient rencontrés) dans le volume précédent (qui, soit dit en passant s'appelait en anglais Singularity Sky, sans « Iron » ; tandis que le présent titre fait référence au fer, élément chimique 56 et aboutissement des réactions de fusion stellaire, comme déclencheur de la supernova susmentionnée, et pas du tout à l'acier, alliage de fer et de carbone utilisé par l'industrie). Plus une foule de personnages secondaires intéressants.
Rachel Mansour est en retrait dans ce livre centré sur la figure adolescente de Wednesday, à la fois tragique et pleine de ressources. Et sur les retournements et les trahisons qui pimentent l'intrigue. Plus que le thriller policier auquel on pourrait s'attendre à la lecture du résumé, le roman cherche ses modèles d'ans les récits de navigation : il se déroule à bord de vaisseaux spatiaux, et, corollaire des difficultés de communication dans l'espace, les événements se jouent entre les personnages présents à bord. Stross ne manque pas d'imagination, ni de talent pour le suspense (quoique ses procédés stylistiques — ellipses délibérées pour accrocher avant d'expliquer, hyperbole verbale — finissent par montrer leurs limites). On se laisse emporter par la course-poursuite. On regrette qu'il n'ait pas creusé plus profondément les horreurs de ses Nazis de l'espace (mais il y reviendra peut-être). Si, comme moi, on adore les histoires de pirates avec une dose d'astronomie, la recette garantit le plaisir.
Pascal J. Thomas
11:44 Publié dans Pascal J. Thomas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, intelligence artificielle
10.10.2009
Science (Fiction)

Manchu
Delcourt, 2002
Manchu est bien connu des lecteurs de Galaxies (voir les n°16 et 22) et de science-fiction en général, puisqu'il illustre depuis plus de vingt ans les couvertures de romans de SF pour Le Livre de Poche, mais aussi Denoël, l'Atalante, Mango...
Qualifié d'art du « réalisme impossible » par Gérard Klein, qui signe la préface de ce magnifique ouvrage, Manchu sait représenter comme personne les visions de la science-fiction, notamment celles de l'espace avec planètes et engins spatiaux. En effet, il ne fait pas seulement rêver par son habileté graphique et sa virtuosité technique. Là où d'autres exécuteraient un vaisseau qui ne saurait voler que dans l'imaginaire du spectateur, il se documente pour le représenter de la façon la plus réaliste possible. On le devine, en cela, influencé par Christopher Foss, qui ravit par ses vaisseaux spatiaux les amateurs de SF des années 70. Mais la palette de Manchu est, à mon sens, plus large que celle de son modèle. Chez lui, les humains, ou d'autres formes de vie, sont présents, dans des attitudes nullement figées comme c'est souvent le cas avec les dessinateurs du détail méticuleux. Ils sont au contraire dynamiques, saisis dans un mouvement ou dans une pose qui les place immédiatement en situation. Manchu apporte la même précision technique au plus simple des objets représentés dans une scène. On s'en convaincra en observant son travail pour la BD Aménophis IV, qui consiste à réaliser les décors et le design des vaisseaux spatiaux, mais qui l'amène aussi à représenter le moindre outil utilisé par les personnages.
La culture spatiale et mécanique acquise lui permet de travailler pour les revues scientifiques qui ont, elles aussi, besoin d'illustrer leurs articles avec des représentations de machines encore inexistantes ou d'exoplanètes jamais directement observées. Outre Ciel et Espace, qui l'a sollicité en 1988, il égaie les pages de Science et Avenir et de Science et Vie Junior, réalise des affiches pour le CNES...
Les superbes reproductions de Science (Fiction) bénéficient d'une impression de qualité, qui rend justice à son dessin. Les admirateurs désireux de comprendre sa technique peuvent suivre pas à pas les étapes d'une illustration. Une biographie en 21 concepts et une bibliographie de ses 400 et quelques illustrations complètent ce très bel album devant les pages duquel on ne peut que rester rêveur.
Claude Ecken
08:10 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, illustration, manchu, space opera
09.10.2009
La pédagogie de l'espace dans la science-fiction (6)
B – La revanche des planètes : les ingénieurs du système solaire
À ce stade de ma communication, je crois que le moment est venu d'opérer un double retour en arrière, dans l'espace et dans le temps, m'en revenir au système solaire et aux années cinquante et soixante, pour rendre hommage à l'un des plus grands auteurs de science-fiction de tous les temps, qui a joué, à côté de Robert A. Heinlein, un rôle décisif dans la pédagogie de l'espace. Brillant sujet de Sa Majesté, Arthur C. Clarke a traversé tout le XXème siècle et, depuis sa demeure du Sri Lanka où il s'installe en 1956, il s'est efforcé d'en intégrer toutes les avancées scientifiques, et astronomiques, dans ses romans et ses nouvelles, dont la première, La Sentinelle (1951), inspirera le plus marquant et aussi le plus discuté de tous les films du genre, 2001, l'odyssée de l'espace (1968), réalisé par Stanley Kubrick, en étroite collaboration avec l'auteur. Véritable plongée métaphysique, et révolution esthétique, le film fait aussi le choix de la plausibilité scientifique qui caractérise l'oeuvre de l'auteur (qui peut oublier la lente valse silencieuse de l'approche de la station spatiale en rotation sur elle-même pour produire une pesanteur artificielle, ou les scaphandres spatiaux si semblables à ceux qui équipent les hommes d'Apollo XI l'année suivante). Le lien, trente ans plus tard, avec Destination Moon de Pichel/Heinlein, s'impose d'évidence, à ceci près que 2001, et les romans qui le suivent, vont plus loin et parviennent, grâce à une scrupuleuse actualisation de connaissances scientifiques sur le système solaire, à marier, pour le meilleur, le réalisme scientifique et le sense-of-wonder d'un premier contact avec une intelligence extraterrestre.
Avec Arthur C. Clarke, la pédagogie de l'espace redevient celle de la banlieue proche de la Terre, et s'accompagne d'un appel à l'unification de l'humanité comme prélude à l'accomplissement de sa destinée spatiale. Ce à quoi Clarke engage ses lecteurs, à la manière d'un Voltaire de l'âge de étoiles, c'est d'abord à cultiver leur propre jardin solaire, tous ensemble et dans la paix. Telle est la conclusion, pleine d'utopie, du deuxième roman du cycle, 2010 : odyssée deux, lorsque les hommes de l'équipage du Discovery et du Léonov, ces Russes et ces Américains (question de contexte historique) sont contraints d'oeuvrer main dans la main pour se sauver (alors même que leurs Nations glissent vers la guerre) et reçoivent ce message de la part de Dave Bowman, devenu l'Enfant des Etoiles, et de l'ordinateur Hal 9000, juste après la transformation de Jupiter en deuxième soleil : « tous ces mondes vous appartiennent, sauf Europe. N'essayez pas de vous y poser ». Le film que Peter Hyams en tire en 1845 accentue le message implicite de l'auteur, en ajoutant : « Jouissez-en ensemble. Jouissez-en en paix ».
Disparu en 2008, Clarke nous a laissé un testament filmé des plus explicites : « J'ai accompli quatre-vingt-six orbites autour du soleil (...) La plupart des mes rêves sont devenus réalité (...) l'âge d'or de l'espace est juste en train de commencer (...) Dans les cinquantes prochaines années des milliers de personnages voyageront jusqu'à l'orbite terrestre, puis, sur la Lune et au-delà. Le voyage dans l'espace et le tourisme spatial deviendront un jour aussi communs que les vols en avions vers des destinations exotiques le sont aujourd'hui sur notre propre planète (...) J'espère que nous aurons appris quelque chose du siècle le plus barbare de toute l'histoire humaine : le XXème (...) J'aimerais voir dépassées nos divisions tribales, et que nous commencions à penser et à agir comme si nous étions une seule et même famille ; voilà ce que serait la vraie mondialisation. »
Si l'on se tourne du côté de la « planète rouge » qui a tant excité les visions et l'imagination des auteurs de science-fiction depuis La guerre des Mondes de Wells (et la pièce radiophonique éponyme d'Orson Welles), on assiste, à la fin du vingtième siècle, à une évolution similaire : après avoir été le réceptacle de toutes les peurs d'invasion, de possession, voire de manipulation politique (en plein maccarhtysme, Mars devient la métaphore du péril communiste), la planète soeur, sinon jumelle, le la Terre, devient sous la plume précise, humaniste et scientifique de Kim Stanley Robinson, de Ben Bova, ou encore de Paul J. MacAuley, le prochain réceptacle des espoirs de l'humanité et l'occasion pour elle de repenser en profondeur, grâce aux possibilités offertes par la terraformation, les rapports sociaux, les formes politiques et les libertés fondamentales qui sont au coeur de la civilisation.
À ce titre, la trilogie martienne (Mars la Rouge, Mars la Verte, Mars la Bleue) de Robinson, fruit d'un long travail de recherche auprès de la NASA, fait figure d'oeuvre emblématique. Ici, tout comme la vision de Clarke, l'espace, par le truchement de la science, est destiné à être le réceptacle d'une post-humanité ayant résolu tous les problèmes identitaires et atteint, enfin, son âge adulte.
C – À l'heure de la psychanalyse : « N'est-il d'espaces que d'hommes ? ».
Aujourd'hui, au XXIème siècle, étant arrivé à la fin de ce long cursus éducatif, depuis les bancs ensoleillés de l'école primaire jusqu'à l'entrée dans l'atmosphère de la vie active, après des études plus ou moins spécialisées, il peut paraître étonnant de constater que le space-opera, alors même qu'il a pleinement rempli son office, continue d'être écrit, réinventé, produit ; qu'il fait l'objet en 2010 d'une émulation entre auteurs qui rivalisent d'audace, d'ambition, cherchent des biais thématiques, livrent des univers d'une beauté renversante et si subtile qu'elle semble au seuil du bris à chaque page tournée. C'est comme une cristallisation : le nouveau space-opera semble fondé sur une complexité qui trouve en elle-même sa justification, au lieu de servir une pédagogie. Nous sommes avec lui comme des collectionneurs qui, avec émotion, retrouvent une édition neuve de leurs vieux manuels de classe, et en effleurent à peine la couverture, plutôt que d'en interroger le contenu.
Pourtant, le renouveau du space-opera s'abreuve largement à l'engouement de la communauté scientifique pour les planètes extrasolaires et la multiplication des instruments d'observation du ciel profond. Matière à rêverie, il y a, et plus encore... Mais, après Dan Simmons, Iain M. Banks et son Cycle de la Culture se positionnent sur le terrain de la critique sociologique : éprouvant les schémas traditionnels du politique, Banks fait montre d'une lucidité remarquable quand à la possibilité de pervertir des valeurs.
La vague de romans qui suit creuse le sillon de cette ambition critique, comme si les auteurs cherchaient, sous l'évasion, à produire de l'anticipation. Alastair Reynolds, avec Le cycle des Inhibiteurs, Walter Jon Williams, Lois McMaster Bujold, Ken MacLeod, Charles Stross, Paul J. McAuley Robert Reed, sans oublier Vernon Vinge, avec son Feu sur l'abime, qui insiste sur la progression exponentielle de la technologie informatique et la dépossession programmée de son avenir par l'humanité elle-même, tous s'adressent au présent, à l'esprit adulte de leurs lecteurs, et non plus à l'enfant rêveur qu'eux-mêmes ont cessé d'être. En se précisant année après année, le champ des possibilités narratives s'est réduit, au détriment des plus visionnaires, et au grand bénéfice de la fantasy qui s'est approprié des aspirations à un ailleurs qui, jadis, savaient enlacer le rationnel. Il est possible, qu'en devenant si brillant qu'il occulte toutes ses étoiles antérieures, le space-opera soit, en réalité, déjà mort.
Mais, bien sûr, rien ne dit qu'il ne sera pas capable, comme il l'a déjà fait par le passé, de rescussiter. De retrouver le chant vibrant des étoiles lointaines, comme l'atteste, à mon avis l'un de rares romans récents, d'un auteur francais, qui plus est, qui fait exception à l'analyse que je viens de formuler. Il s'agit d'Aucune étoile aussi lointaine de Serge Lehman, où l'émerveillement, et c'est incontestable, est bel et bien celui de l'enfant qui, levant les yeux au ciel, rêve d'être un capitaine :
« Les étoiles. Il y en avait partout. Elles se pressaient à l'avant du vaisseau, comme un essaim de bêtes lumineuses et sans forme. Arkadih les regardait venir vers lui. Il était assis dans le grand fauteuil de la passerelle, au poste de commandement. Là où il avait toujours voulu être (...) Ses rêves l'avaient si bien préparé à cet instant, et depuis si longtemps, qu'il aurait pu décrire, les yeux fermés, l'image projetée sur chacun des cent trente moniteurs de la passerelle, et toutes les projections chiffrées, les courbes et les graphiques mis à sa disposition par les instruments de bord. Son esprit n'était plus là. Il accompagnait la progression du vaisseau, dansait sur l'éperon de proue comme un feu follet, savourait la morsure de vide et le rayonnement spectral des étoiles devant lui ».
À tout seigneur, tout honneur. Je confierai le mot de la fin à celui par lequel j'ai commencé, Jack Williamson, qui a trempé sa plume dans l'encre de millions de soleils. Voici ce qu'il déclarait en 1979, pour les besoins d'une Encyclopédie visuelle de la science-fiction (éd. Albin Michel, pour la France) toujours aussi visionnaire que dans ses premiers textes, mais avec cette percutante simplicité qui touche le lecteur plus vite que la vitesse de la lumière : « nous avons tous envie de voir ce qu'il y a de l'autre côté de la colline ».
Je vous remercie de votre attention.
Ugo Bellagamba
11:50 Publié dans Ugo Bellagamba | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, histoire de la sf, pédagogie
08.10.2009
Superluminal

Vonda McIntyre
Opta, 1986
Superluminal, 1983
Vonda Mclntyre, apparue au début des années '70, fait partie de cette génération d'auteurs américains qui revint à un certain classicisme, après l'explosion psychédélique des années '60. Mais, à la différence de George R.R. Martin, John Varley ou Carolyn J. Cherryh, sa production littéraire reste mince : trois romans et deux novellisations de Star Trek ainsi que quelques nouvelles. Lauréate du Nébula en 1974, catégorie nouvelle, avec le splendide De brume, d'herbe et de sable (in La frontière avenir, Seghers), elle l'obtint dans la catégorie roman cinq ans plus tard pour Le serpent du rêve (Robert Laffont), développement de ladite nouvelle qui reçut également le Hugo.
Superluminal, comme Le serpent du rêve, est tiré d'une splendide novella, Aztèques, parue dans la défunte collection Etoile Double des éditions Denoël. Dès les premières pages, on sent la patte d'un écrivain talentueux, soucieux de qualité et d'originalité. La première phrase, « Elle n'avait pas hésité à renoncer à son cœur », annonce un grand space opéra cruel et dépaysant, dans la lignée de Cordwainer Smith. Comme chez Smith, il faut sacrifier une partie de son humanité — ici, son cœur — pour connaître l'extase de guider une nef spatiale. Et référence ou coïncidence, le spatioport est une île artificielle évoquant le Terraport des Seigneurs de l'instrumentalité.
Mais Vonda Mclntyre a d'autres préoccupations que son illustre prédécesseur, même si les cent et quelques premières pages de Superluminal font penser à La dame aux étoiles, avec cet amour impossible qu'éprouvent l'un pour l'autre Laena et Radu, si proche de celui d'Hélène Amérique pour Monsieur Plusgris. La suite du roman bascule en effet dans un relatif classicisme narratif, dont la destination première est d'offrir un tremplin à une description fouillée des personnages et de leurs rapports. Parler d'une écriture « féminine » est une absurdité, la polémique autour du sexe de James Tiptree / Alice Sheldon l'a amplement prouvé, mais il est certain que la sensibilité de Vonda Mclntyre s'exprime bien plus nettement que celle de beaucoup de ses collègues du sexe opposé. Les relations humaines ont, chez elle, au moins autant d'importance que le côté purement « aventure » de l'histoire. Un livre superbe et attachant comme il en paraît trop peu, qui se déguste comme un alcool fin.
Roland C. Wagner
10:45 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, littérature
07.10.2009
Au tréfonds du ciel

Vernor Vinge
Robert Laffont, 2001
A Deepness in the Sky, 1999
Situé dans le même univers que Un feu sur l'Abîme, lauréat Hugo itou, lui aussi un space opera foisonnant par la longueur, ce livre parfois facile dans ses choix dramatiques est admirable de rigueur technique.
Dans un espace qui ne se parcourt qu'à des vitesses subluminiques, interdisant toute velléité d'Empire Galactique, les Qeng Ho, commerçants nomades, donnent un point de référence culturel et technique aux civilisations planétaires. C'est une de leurs flottes qui aborde l'étoile Marche-Arrêt, curiosité astrophysique : sur une planète de son système, qui ne connaît que quelques décennies de chaleur tous les deux siècles, a évolué une espèce arachnoïde intelligente, sur le point d'arriver au stade industriel du développement. Mais en même temps que les Qeng Ho arrive une flotte des Émergents, nouveaux venus sans scrupules sur la scène galactique. Ce sont ces derniers qui ont le dessus dans un combat qui a suffisamment affaibli les rivaux humains pour qu'ils soient forcés d'attendre que les autochtones, les Faucheux, se développent jusqu'au point où ils puissent remettre leurs astronefs en état.
Se poursuivent alors deux intrigues parallèles : l'histoire d'un inventeur et politicien génial du peuple Faucheux et de sa descendance, et celle des Qeng Ho réduits en servitude par les Émergents. L'intrigue n'est pas sans faiblesse ; chez les Faucheux pointe le côté “ roman pour adolescents ” d'Un feu sur l'Abîme, et comment croire à l'unanimité de la résistance (certes sournoise) des Qeng Ho ? Vinge se rachète par des trouvailles délicieuses. Par exemple, un livre situé dans le futur n'est jamais qu'une traduction dans notre langage des propos et des événements relatés. Les noms Faucheux sont donc rendus par des équivalents anglais, sans l'exotisme factice des X, K, Z et apostrophes typiques de la SF vite écrite. Jusqu'aux couleurs et aux proportions des bâtiments qui sont rectifiés pour la consommation humaine : s'il ne pratique pas la pyrotechnie du style, Vinge ne dédaigne pas la mise en abyme. Et il a une explication irréfutable pour son choix.
Vinge a aussi entrepris un roman plus sombre que le précédent, récit de captivité plutôt que course-poursuite trépidante. Avec un arrière-plan politique plus présent. Les Émergents ont tout du totalitarisme, face à des Qeng Ho apôtres du capitalisme et du shareware (un passage du livre explique les avantages pour leurs auteurs à distribuer des logiciels gratuits... mathématicien de formation, Vinge est depuis longtemps informaticien). Cet antagonisme banal est brouillé par la méthode esclavagiste des Émergents, la Focalisation, qui fait tout négliger à un travailleur, sauf sa tâche, tout en lui conservant sa créativité. Les meneurs de ces machines humaines ont le titre de “ managers ”, ce qui ne peut que faire penser, en plus sinistre, aux procédés de certaines “ jeunes pousses ” de la haute technologie à l'égard de leurs cadres et ingénieurs... Ou serait-ce un clin d'œil de Vinge, qui n'a jamais voulu se focaliser sur sa carrière d'écrivain aux dépens de son poste universitaire ? Son public ne lui en voudra certes pas.
Pascal J. Thomas
L'Etoile Marche-Arrêt présente la particularité de ne briller que trente-cinq ans puis de s'éteindre pendant deux cent quinze ans. Pourtant, une vie intelligente, arachnide, s'est développée sur son unique planète. A l'époque où débute le roman, elle a inventé la radio. Sherkaner Underhill est le Thomas Edison de cette civilisation qui suit une évolution plus ou moins parallèle à la nôtre (transports aériens, télévision) : grâce à ses réalisations technologiques, il transforme en profondeur une société attachée à ses traditions. C'est ainsi qu'il se permet d'avoir des enfants en-dehors des périodes autorisées. Mais celles-ci étaient imposées par l'hibernation forcée des Faucheux, qui a cessé d'être nécessaire depuis que le génial touche-à-tout a trouvé le moyen de subsister pendant l'extinction du soleil, malgré le gel de l'air et la disparition des ressources vitales à la surface de la planète. Ces avancées ne sont pas au goût des pays rivaux, ni des pouvoirs religieux qui, voyant leur autorité s'effriter, complotent contre Underhill, son épouse la générale Victory Smith, et ses enfants.
Parallèlement à cette intrigue déroulée sur l'espace d'une vie, deux autres civilisations sont explorées dans le détail : attirés par ses signaux radio, orbitent autour Marche-Arrêt le peuple Queng Ho, des marchands qui vendent des informations technologiques d'une planète à l'autre, et les Emergents, une société violente et sadique que seul le pouvoir motive. Thomas Nau, le chef des Emergents, a vite fait de se rendre maître de la flotte marchande qu'il convainc d'autant plus facilement de collaborer avec lui qu'une brève révolte a drastiquement réduit la flotte interstellaire au point de devoir attendre les progrès technologiques des Faucheux pour pouvoir réparer leurs vaisseaux et rentrer. Ezr Vinh, promu responsable à la tête des Queng Ho rescapés, fait figure de traître ; il complote pourtant avec un personnage légendaire vieux de mille ans, qu'on croyait disparu : Pham Nuwen, dissimulé à bord du vaisseau sous une fausse identité.
Queng Ho et Emergents assistent, des années durant, à l'essor d'Arachnia. Ils ont réussi à traduire leur langue avec les moyens barbares des Emergents : une bonne partie des Queng Ho ont été transformés en Focalisés, capables de se concentrer sur une tâche unique au détriment de tout autre préoccupation, y compris leur hygiène et leur alimentation. Créativité que Thomas Nau détourne à ses propres fins.
D'autres idées science-fictives sont exploitées avec un sens certain de la dramatisation ; ainsi, Trixia, jeune fille manipulée par Nau dont elle est la maîtresse, a le cerveau régulièrement purgé dès qu'elle perce le monstre à jour. Ailleurs, Vinge rend définitivement caduque toute unité de l'espèce compte tenu des distances interstellaires et de la précarité des civilisations. Grâce au projet de Pham Nuwen, les Queng Ho, éternels errants, deviennent du coup les garants d'une permanence ; en mettant leurs connaissances en réseau, autour de standards stables, ce qui n'était qu'un commerce devient une culture. Les civilisations naîtront et mourront, car il est impossible de les sauver toutes, mais ce qu'elles auront imaginé pour le progrès de tous sera préservé par les Queng Ho.
Si certaines naïvetés ou quelques ficelles narratives apparaissent ça et là, le roman est suffisamment volumineux pour que chacun trouve un ou plusieurs passages à son goût. Vinge a l'art de retomber sur ses pieds, avec légèreté et humour, au point de vite faire oublier les incohérences de son récit. Ces huit cent pages sont un vrai régal.
Claude Ecken
10:53 Publié dans Claude Ecken, Pascal J. Thomas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, hard science, littérature
06.10.2009
La pédagogie de l'espace dans la science-fiction (5)
II – LES CITOYENS DE LA GALAXIE
(DE L'UTOPIE DES ANNEES SOIXANTE À NOS JOURS)
Résumé :
À partir des années 1960 la pédagogie de l'espace est largement assumée par le petit écran, avec l'impact culturel de la série Star Trek, qui s'appuie sur une vision optimiste de l'avenir humain et inaugure de nouveaux enjeux narratifs, proches de l'utopie. Le space-opera littéraire n'est pas en reste avec une série de cycles cosmiques, portés par des plumes remarquables et jouant la carte de la diversité biologique, politique et culturelle, envisagée à l'échelle des galaxies. Paralèllement, un retour au réalisme scientifique s'opère au bénéfice des planètes du système solaire, Mars et Jupiter en tête, sous les plumes du britannique Arthur C. Clarke et de l'américain Kim S. Robinson. Enfin, le XXIème siècle balbutiant ne renonce pas à l'actualisation des connaissances scientifiques, tout en tentant de renouer avec la dimension métaphysique des origines. Mais, les plumes des auteurs de N.S.O., trempées dans les sciences humaines autant que dans l'astrophysique, manifestent-elles une authentique renaissance ou plutôt une cristallisation ?

A – L'institut d'études anthropologiques : l'éloge de la diversité.
Star Trek, série de science-fiction créée par Gene Roddenberry (1921-1991) en 1965, diffusée pour la première fois sur la chaîne de télévision amércaine NBC le 8 septembre 1966, appelée à devenir l'une véritable licence de production, avec pas moins de six séries successives, une série animée et onze déclinaisons sur grand écran, est l'exemple flagrant de la pédagogie, sous couvert de divertissement et de space-opera, d'un imaginaire scientifique et d'une vision utopique de l'avenir, qui sont profondément marqués par les spécificités culturelles américaines, au premier rang desquelles la notion-clef de « frontière ». Le prologue, inoubliable forcément, de la série originale n'invitait-il pas le spectateur à suivre l'équipage du vaisseau spatial Enterprise, à avancer dans l'espace l'inconnu, l'ultime frontière, pour explorer des mondes étranges, découvrir de nouvelles civilisations, et s'aventurer, au mépris du danger, « where no man has gone before » ?
Sans doute n'est-il pas nécessaire de les présenter, ces membres d' équipage, essentiellement composé de scientifiques, comme celui du Black Destroyer d'Alfred E. Van Vogt, mais placé sous l'autorité incontestable d'un capitaine qui, s'il a surtout une mission d'exploration, parfois de diplomatie, au service de la Fédération des Planètes Unies, doit aussi être capable, comme celui du croiseur Bellerophon dans Planète Interdite, d'assumer un commandement militaire dans les cas où le recours aux armes serait inévitable, si, par exemple, la frontière, dite la « zone neutre », entre l'empire Romulien et la Fédération est violée, ou si les Klingons, cette race de guerriers fiers et conquérants qui sera intégrée plus tard dans la communauté des mondes, lancent des raids dévastateurs contre les colonies les plus éloignées, les plus fragiles. Le capitaine James Tiberius Kirk, pour remplir sa mission, est assisté par le demi-Vulcain Spock, à la logique infaillible, et le docteur Léonard « Bones » McCoy, qui, lui incarne, l'humanité dans ce qu'elle peut avoir d'impulsif, sinon de dérisoire. Mais, l'essentiel n'est pas là : avec Star Trek, et cela sera accentué par la deuxième série, Star Trek : Nouvelle Génération (à partir de 1987), le space-opera tourne le dos à une partie substantielle de son héritage « pulps » et « comics » : moins à ses esthétiques douteuses (les êtres et les paysages extraterrestres de la série originale ont mal vieilli), qu'à ses scénarii simplistes et répétitifs.
Selon André-François Ruaud, Star Trek est porté par une vision profondément positive de l'humanité future. Tandis qu'elle mettait au point, grâce à une science triomphante, les outils qui lui ouvrent le chemin des étoiles, notamment le moteur de « distorsion » (warp en V.O.) qui lui permet de faire fi de la vitesse de la lumière, la téléportation (pour atteindre instantanément la surface des planètes visitées par l'Enterprise), un vaste réseau de communications interstellaires quasi-instantanées, condition sine qua non d'une structure de pouvoir étirée à l'échelle d'un « quadran » galactique, l'humanité a aussi évolué sur le plan comportemental, entrant, dès le XXIIIème siècle, dans une « utopie psychologique » qui l'a libérée des principaux travers : l'avidité, la jalousie, la guerre et l'argent (le capitalisme est mort !), le racisme, l'intolérance, la volonté de conquête et de domination (l'impérialisme, qui avait fait les délices des pulpsters, a vécu). De même, elle a éradiqué toutes les maladies et a mis fin définitivement à la violence et à l'indigence, la Fédération garantissant à tous ses ressortissants, longévité et libertés fondamentales. Sans renoncer à la diversité de ses cultures ancestrales, l'humanité s'est unifiée, pacifiée, afin d'entrer dans la grande mosaïque des peuples de la galaxie, aidée en cela par ceux qui sont plus avancés qu'elle, notamment les équanimes, mais calculateurs, Vulcains, avec lesquels elle a établi son premier contact. Un épisode de la première saison de la série originale, intitulé Space Seeds (dont je ne dispose pas ici, hélas) illustre bien cette « utopie psychologique », puisqu'elle doit y être expliquée à des criminels du passé (relativement à l'équipage de l'Enterprise) qui s'éveillent d'une longue hibernation consécutive à l'errance de leur vaisseau et tentent de tirer profit de l'apparence passivité et l'altruiste viscéral des hommes de James T. Kirk. En vain.

L'impact culturel de Star Trek peut être délicat à mesurer depuis la France où la série a toujours été diffusée de manière tronquée, sporadique, ou hachée, victime de doublages approximatifs, rendant insupportable le jargon pseudo-scientifique et gommant certaines des subtilités référentielles les plus savoureuses (les clins d'oeil situationnels et toponymiques à la littérature, au théâtre shakespearien, et aux événéments majeurs de la naissance des Etats-Unis sont légion), jusqu'à provoquer la moquerie, y compris de la part du petit milieu de la science-fiction française qui se voulait plus intellectuel et politique qu'au service de l'entertainement. Mais, il est remarquable, pour commencer, que les meilleurs des épisodes de la série originale aient été écrits par des auteurs de science-fiction professionnels tels que Théodore Sturgeon, Harlan Ellison, Richard Matheson, Norman Spinrad ou David Gerrold, et qu'ils s'inspirent régulièrment de l'oeuvre d'auteurs classiques comme Heinlein. Tous ont contribué à implanter, dans l'esprit du public américain, le saut conceptuel esquissé par Roddenberry : « l'homme ne s'est pas détruit lui-même, on peut s'attendre à voir que, par certains côtés, la nature humaine n'est plus empoisonnée par ses aspects négatifs [...] normalement, il ne doit pas y avoir de problèmes d'ego dans nos personnages », sans toutefois, évidemment, qu'ils soient des « parangons de vertus » ! James T. Kirk, il faut le reconnaître, n'est pas exactement un saint, et, outre quelques abus de sa position dominante, assez savoureux, il sait parfaitement user du mensonge et de la manipulation lorsqu'elles servent des intérêts supérieurs, comme la sauvegarde de son vaisseau et de son équipage. De ce point de vue, le capitaine français Jean-Luc Picard, de la Nouvelle Génération, s'avère moins enclin à recourir à ces méthodes, et, sans doute, atteste, délibérément, de l'enracinement de cette nouvelle psychologie !
Pour autant, les aventures et les défis logiques n'en sont pas moins au rendez-vous. Simplement, le space-opera ne repose plus sur la transposition du western ou de l'épopée médiévale, mais sur la récompense chatoyante qui attend l'humanité qui sera parvenue à s'élever, par l'éducation et la maîtrise de ses prédispositions naturelles à la domination et à la violence, à un équilibre psychologique, politique et social, sans toutefois renoncer à la force de ses émotions (le personnage de Spock joue, ici, le rôle d'un contre-exemple qui, tout au long de la série, valorise à la fois la méthode scientifique et la nécessité du coeur, dans la prise de décision).
Sur le plan strictement scientifique, il faut noter que les séries successives de Star Trek se feront l'écho, avec plus ou moins de réussite et d'ingéniosité, des découvertes et des avancées de l'astronomie, de l'astrophysique, et de la physique. On y trouve des systèmes à deux soleils, des naines brunes, des trous noirs, des filaments cosmiques, des sphères de Dyson, etc, au point de susciter des ouvrages qui y sont consacrés, comme celui de Lawrence M. Krauss, La physique de Star Trek (1998).
Avec Star Trek, l'ambition pédagogique est, plus que jamais auparavant, au centre du space-opera, même si, de sujet, l'espace lui-même et ses merveilles infinies, est devenu le théâtre, l'instrument, de l'éloge de la diversité, à la fois culturelle et biologique, qui constitue l'ultime richesse des hommes. Au fond, c'est en devenant des citoyens de la galaxie qu'ils gagneront le droit de l'explorer et d'en repousser les frontières toujours plus loin.
À titre d'ajout, sur le plan littéraire, les années soixante sont aussi celles de la publication de majestueux cycles cosmiques qui s'appuient largement sur le même matériau et la même ambition anthropologique. C'est le cas, par exemple, du long cycle des Seigneurs de l'Instrumentalité de Cordwainer Smith (pseudonyme de Paul Linebarger) qui, en 27 nouvelles et un roman, trouve son accomplissement final au tournant des années soixantes. L'auteur y dépeint l'avenir stellaire de l'humanité, ses défis, ses drames, et ses questionnements récurrents, avec une poésie saisissante qui n'a jamais été imitée depuis, tant elle s'enracine dans une mythologie propre. La lecture d'un passage de Pensez Bleu, Comptez Deux, sera plus évocatrice : « Au temps où n'existaient pas encore les grands vaisseaux qui planoforment en murmurant entre les étoiles, les gens allaient de soleil en soleil au moyen de voiles photoniques immenses, écrans gigantesques tendus dans l'espace sur de longs mâts rigides à l'épreuve du froid. À bord d'un petit astronef prenait place un seul navigateur, chargé de manoeuvrer les voiles, de relever le parcours et de veiller sur les passagers enfermés dans des caissons adiabatiques, semblables aux noeuds d'une immense corde, que remorquait l'astronef. Les passagers ne se rendaient compte de rien. On les endormait sur Terre et ils se réveillaient sur un monde étrange et inconnu, quarante, cinquante, ou deux cent ans plus tard. C'était un système primitif. Mais ça marchait. »
C'est le cas également de Dune (1965) de Frank Herbert, bien que les romans qui composent le cycle relèvent plus d'une étiquette voisine : celle du planet opera, que Laurent Genefort appelle le « livre-univers » : il s'agit pour l'auteur de façonner, en démiurge inspiré, un monde extraterrestre dans sa géographie physique, son climat, ses continents, ses mers et océans, autant que dans ses civilisations, ses cités, son histoire politique, religieuse, scientifique... Ici, la planète Arrakis, surnommée « Dune », est un monde désertique qui est pourtant l'objet de toutes les convoitises, parce qu'elle est la seule à fournir l'épice, cette substance qui permet à la fois le voyage interstellaire et offre à certains « élus » une forme très élevée de prescience. Ayant choisi de situer Dune dans un empire galactique en crise, théâtre de l'affrontement de Grandes Maisons antagonistes, les Atreïdes et les Harkonnen, Herbert donne à son récit une ampleur universelle qui le rend inoubliable. Plus de deux décennies plus tard, avec la même ambition, à la fois stylistique et conceptuelle, l'américain Dan Simmons relèvera le défi d'Herbert en livrant au public son cycle des Cantos d'Hypérion et d'Endymion, space-opera littéraire et flamboyant inspiré du poème de Keats. Best-seller.
Ugo Bellagamba
09:31 Publié dans Ugo Bellagamba | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, histoire de la sf, pédagogie
04.10.2009
Hypérion & La Chute d'Hypérion
Casus Belli n° 66, novembre-décembre 1991.

Dan Simmons
Robert Laffont, 1991 & 1992
Hyperion, 1989
The Fall of Hyperion, 1990
Il est rare qu'un roman étranger arrive en France avec une réputation comme celle d'Hypérion. Aux USA, ce livre a enthousiasmé la critique dans son ensemble, pour des raisons évidentes. Il était naturel qu'il paraisse chez nous dans la prestigieuse collection Ailleurs & Demain, qui a publié tant de chefs-d'œuvre et de livres-univers, de Dune à Radix, de Tous à Zanzibar à En terre étrangère, de Jack Barron et l'Éternité à Rock Machine : autant de romans qui ont, à juste titre, marqué leur époque. Et gageons qu'Hypérion — et sa suite, sur laquelle je m'étendrai plus loin — connaîtra le même succès que ses illustres prédécesseurs.
Dans ce fort volume de presque 500 pages, Dan Simmons présente plusieurs modes de transport interstellaire, une bonne centaine de planètes aussi curieuses que Mare Infinitum ou Hypérion, qui donne son titre au roman, des cyberpunks — utilisant des matrices gibsoniennes ! —, toutes les religions possibles et imaginables, des intelligences artificielles, une créature improbable et meurtrière nommée le Gritche, ou Seigneur de la Douleur, deux cents milliards d'hommes, des Tombeaux vides qui "remontent" le temps, un prêtre catholique "possédé" par la croix qu'il porte sur la poitrine, des villas dont chaque pièce se trouve sur un monde différent, des éditeurs véreux, pas mal de pages d'histoire — passée et future —, la Terre détruite par un trou noir, un poète alcoolique qui fut multimilliardaire, une détective privée qui porte en elle… je ne vais pas vous infliger la liste complète, hein ? Hypérion est un livre d'une richesse infinie car il tient compte de tout ce qui a pu se faire en matière de SF — devenant dès lors un fabuleux gisement de détails "qui font vrai" pour tous les scénarios futuristes. Il s'agit de toute évidence du roman d'un érudit, avec tout ce que cela peut comporter d'irritant quand la référence se fait trop précise — comme lors des voyages dans l'infosphère qui doit beaucoup au cyberspace de Bill Gibson. En fait, après avoir terminé ce pavé, j'en suis encore à me demander s'il contient une seule idée originale, vraiment originale. Le Gritche, peut-être… Mais il faudra attendre la fin du second voume pour en être certain.
Car voici le problème : ainsi que je vous l'avais suggéré dès le début de cette chronique, ces 500 pages ne forment en fait que la première partie d'un roman deux fois plus gros. Hypérion s'interrompt au moment précis où tout est sur le point de commencer réellement. Et malgré l'enthousiasme que ce début a fait naître en moi — il y avait longtemps que je n'avais pas dévoré un livre de SF avec une telle avidité et une jubilation aussi intense —, je me permets de réserver mon jugement jusqu'à la partion de The Fall of Hyperion, en janvier prochain.
Vite ! Vite ! je suis en état de manque !
Casus Belli n° 71, septembre-octobre 1992
Suite d'Hypérion, La Chute d'Hypérion reprend l'intrigue exactement là où elle avait été laissée dans le premier volume. Car, je le rappelle, ces deux livres constituent en fait un seul roman, coupé en deux pour des raisons de longueur. Et La Chute d'Hypérion, comme son grand frère, sera pour le MJ amoureux de space opera un filon d'une richesse inégalée.
Le personnage central de ce second tome est Joseph Severn, autrement dit un second cybride de Keats (1), qui dans ses rêves assiste aux actes et discussions des pèlerins aux prises avec le gritche et les Tombeau du Temps. Chaînon manquant entre l'humanité et la TechnoCentre, domaine des intelligences artificielles, Severn semble beaucoup intéresser Meina Gladstone, la présidente du Retz, qui a bien du mal à décider de la tactique à adopter face à l'essaim extro qui attaque Hypérion, où les pèlerins affrontent leur destin.
La Chute d'Hypérion permet de réaliser à quel point le premier volume pouvait être piégé. Avec une maestria digne des grands maîtres du genre, Dan Simmons nous a fourni une image globale de l'univers du Retz certes exacte, mais quelque peu pipée. Ici, il fait éclater l'idée que le lecteur avait de ce futur par touches progressives, jusqu'à la révélation presque finale : l'identité de l'ennemi, et sa localisation. Révélation qui entraîne non la destruction de l'humanité, mais d'un élément essentiel de son organisation sociale — et ne comptez pas sur moi pour vous révéler lequel ! Tout se passe en fait comme si Simmons n'avait pris autant de soin à décrire l'univers d'Hypérion que pour mieux l'anéantir en fin de compte. Une démarche au fond classique — beaucoup de mondes de SF n'ont été créés qu'en vue de leur destruction.
Là où les choses se gâtent, c'est dans la progression de l'intrigue. Comme L'Échiquier du mal, La Chute d'Hypérion n'est pas exempt de longueurs. Malgré les coups de théâtre qui se succèdent — parfois artificiellement — on a souvent l'impression de piétiner. Cela tient à la longueur du livre et au grand nombre de personnages. Laisser Untel suspendu au bord d'un abîme, avec les doigts qui glissent doucement, pendant des dizaines et des dizaines de pages, histoire de voir ce que font pendant ce temps-là les autres protagonistes, est une technique littéraire bien connue ; on peut même en rajouter avec de brèves allusions insérées dans les autres lignes de narration, afin d'accentuer le suspense. Mais lorsque ce sont quatre, cinq ou six personnages ou groupes de personnages qui se retrouvent sur le fil du rasoir, le lecteur finit par avoir une impression de "fabriqué". De plus, Simmons oublie, balaye au passage un certain nombre d'explications ; la nature exacte du gritche par exemple, ne sera jamais élucidée. Enfin, lors du crescendo qui occupe l'essentiel de la deuxième moitié de La Chute d'Hypérion, l'avalanche de révélations, toutes plus vertigineuses les unes que les autres, finit par lasser — d'autant que certaines d'entre elles paraissent un peu abusives. Et Simmons a beau justifier l'importance accordée à la religion et à la théologie lorsqu'il dévoile la véritable nature de la lutte, il faut tout de même de la bonne volonté pour marcher dans son empilement mystico-scientifique quelque peu brouillon.
La lecture d'Hypérion laisait penser que Dan Simmons était un grand auteur — voire un génie, comme l'ont écrit certains. Celle de La Chute d'Hypérion remet les pendules à l'heure : Simmons se contente d'être un bon faiseur, et son dyptique un bon roman de SF. Ce n'est déjà pas si mal.
Roland C. Wagner
(1) Poète anglais, auteur du poème Hypérion au début du XIXe siècle. Un autre de ses cybrides traversait l'un des flashbacks du premier volume.
11:34 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, casus belli, recyclage, space opera
03.10.2009
La pédagogie de l'espace dans la science-fiction (4)
C – Les futurs bacheliers de la Science : « épreuve Lune, coefficient 10. »
La Lune tient une place à part dans l'oeuvre de Robert A. Heinlein, sans aller jusqu'à dire qu'elle lui appartient. Son Histoire du Futur ne commence-t-elle pas par le récit de L'Homme qui vendit la Lune, qui démontre, près de vingt ans avant Apollo, qu'il est possible de concevoir, de financer et de construire, un fusée lunaire avec des fonds privés, à la seule condition d'avoir à la tête de l'entreprise, un homme avisé, tenace, qui sait choisir ses collaborateurs et triompher de toutes les difficultés intermédiaires (Delos D. Harriman, en l'occurrence), jusqu'à accepter de renoncer lui-même au voyage, repoussant ce plaisir à la fin de sa vie, comme l'apothéose de son engagement pour la conquête spatiale (in Requiem, écrit dix ans auparavant).
Durant les années cinquante, Robert Heinlein, toujours à l'affut de nouveaux médias de diffusion de la science-fiction et de la culture scientifique se persuade que le cinéma est le plus grand de tous. Après avoir vainement tenté de convaincre son ami Fritz Lang (Métropolis, 1926) de se lancer dans l'aventure, c'est finalement aux côtés du producteur George Pal, du réalisateur Irving Pichel et du spécialiste oscarisé des effets spéciaux, Lee Zavitz, qu'il concrétise son projet. Le résultat, après deux années de travail acharné, ponctué de renonciations scénaristiques, en raison de la capacité des majors companies californiennes à broyer l'originalité au nom de critères commerciaux, c'est « Destination Moon », un film plutôt lent et ennuyeux, mais qui, pour la première fois, tourne le dos à la fantaisie échevelée, et fait le choix d'une science-fiction réaliste, centrée sur la conquête de l'espace immédiat, et les difficultés techniques et humaines qui en découlent. Sorti sur les écrans en 1950, et malgré la frustration de l'écrivain et l'accueil assez froid du « fandom », le film tient une part de ses promesses pédagogiques : la Lune y est présentée comme une frontière qui défie l'humanité, à l'instar de celles que les Américains ont toujours repoussé dans leur histoire, et lance un appel à la conquête de l'espace qui sera entendu. Dans un prologue très didactique, mais qui emporte l'attention grâce au conccours du personnage très attachant de Woody Woodpecker, qui vient expliquer à un aréopage d'investisseurs le fonctionnement de la fusée lunaire, le film est porté par un véritable élan pédagogique et met l'accent, dans sa dernière partie, sur les capacités d'adaptation de l'être humain, qui lui ouvrent les portes de l'univers, en dépit des risques élevés de l'aventure spatiale.
Nombreux seront les scientifiques de la NASA, qui confesseront, plus tard, que leur vocation est née de ce travail « pédagogique » mené en grande partie par Heinlein. Faire des jeunes américains de futurs citoyens de la galaxie, étirer leur sentiment patriotique à l'échelle de l'espèce humaine toute entière, tel était son but et il y réussit en partie. Et, bien que l'auteur de Space Cadet (La Patrouille de l'espace, 1948) n'y fut jamais partie prenante, la série éponyme, Tom Corbett, Space Cadet, diffusée de 1950 à 1955 sur trois chaines de télévision, joua le rôle de relai de cette nouvelle « mythologie » américaine, arc-boutée, comme le souhaitait Heinlein, sur une plausibilité scientifique de bon aloi.
Ce n'est d'ailleurs par un hasard, si Walter Cronkite, le commentateur de la chaîne CBS choisit pour commenter le premier alunissage du programme Apollo, le 20 juillet 1969, choisit Robert A. Heinlein comme interlocuteur le plus représentatif de la communauté de science-fiction américaine.

Si la pédagogie lunaire fonctionne à plein dans les années 1950, elle n'exclue pas une prolongation cinématographique du space-opera le plus échevelé. Ainsi, en 1956, dans l'engouement suscité par des films tels que Le Choc des Mondes (1951) et Les Survivants de l'infini (1955), le réalisateur Fred M. Wilcox propose au public sa Planète interdite, un pur space-opera de cinéma appelé à devenir un classique du genre, tant il en contient et en orchestre adroitement toutes les composantes : un astronef d'exploration commandé par une capitaine intrépide, un savant fou et sa fille magnifique en détresse, les vestiges d'une civilisation disparue, l'attaque d'un monstre énigmatique, et un robot inoubliable, surnommé Robby. La scène qui ouvre le film reste un modèle de space-opera tel que les « élèves » de John W. Campbell ont pu le développer, et servira de référence à des productions ultérieures. Et, même si la licence de l'imaginaire joue encore à plein (cf. l'exotisme jubilatoire de la planète Altaïr IV), nous sommes loin désormais des histoires d'empires galactiques en train de s'effondrer et de courses-poursuites effrénées sans l'espace. Une ambition bien plus profonde est déjà à l'oeuvre : celle de la connaissance, celle de l'exploration, et, peut-être, celle d'une possible utopie stellaire, qui verrait l'Homme vaincre tous ses anciens démons, guidé par la lumière des étoiles.
Ugo Bellagamba
10:28 Publié dans Ugo Bellagamba | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, histoire de la sf, pédagogie
02.10.2009
Arago

Laurent Genefort
Fleuve Noir (1993)
Le « Grand Prix de l'Imaginaire » qui vient couronner ce livre excusera, je l'espère, mon retour tardif sur l'ouvrage (qui à ma connaissance est passé au travers des mailles du Chalutier Jaune). Arago est une planète à la tectonique remarquable, divisée qu'elle est par la Gueule Béante, sorte de faille monstrueuse qui ne laisse que deviner un fond voilé par des nuages, à des kilomètres de profondeur, et la vallée de l'Ereb, fleuve gigantesque séparé de Gueule Béante par une chaîne de montagnes, et qui arrose une bonne partie des nations du monde connu.
Deux expéditions sont lancées simultanément vers les marécages de l'Averne, qui abritent un ancien astroport et les usines atmosphériques qui fournissent les humains en air respirable. L'une parcourt la Gueule Béante en prenant passage sur les îles-des-vents, véritables villes volantes, et l'autre emploie le Grand-Espérance, premier vaisseau fluvial à propulsion nucléaire. Elles vont se heurter aux multiples chefs de guerre placés sur leur chemin, et découvrir la futilité de leurs buts apparents...
Genefort a le grand mérite de créer un monde fascinant, avec son histoire et sa géopolitique (quelque peu empruntée quand il introduit des rapports raciaux décalqués de ceux de la bonne vieille Terre, mais passons). La logique de sa création semble souvent visuelle, comme c'est le cas chez Bordage. Passons sur les invraisemblances, comme cette image d'un train de roulottes à vapeur parcourant la jungle, imperméable à tous les obstacles ; Genefort a sur Bordage la supériorité d'une imagination beaucoup plus féconde, beaucoup moins liée à des clichés éculés. Disons que si Bordage a une vision post-moyenâgeuse de l'univers, Genefort a progressé jusqu'à l'âge victorien, et semble fasciné par les chaudières et les tubulures.
Cela ne l'empêche pas d'être référentiel en diable, dans le nom de ses pays ou de ses personnages. Quand on voit arriver un dénommé Fitzcarraldo aux commandes d'un vaisseau qui remonte l'Ereb, on se doute qu'aux premiers rapides il le fera démonter, et porter pièce par pièce par les indigènes recrutés sur place... sans souci de la totale impossibilité de pratiquer une telle opération sur un réacteur nucléaire !
L'écriture de Genefort est plus faible, avec beaucoup de phrases convenues, des « cuirs » retentissants — il croit apparemment que « se mettre en torche » s'applique à un parachutiste enflammé par l'ennemi, ou qu'une « ligne brisée » présente des lacunes — et des néologismes transparents — par exemple ceux qu'il obtient par aphérèse, comme arcasse, squif ou iscopalien...
On aurait toutefois mauvais goût à faire procès à Genefort de ses tics d'écriture, qu'il hérite en bonne partie de son modèle. Genefort marque à mon sens un phénomène nouveau dans la SF française : la fin de Serge Brussolo en tant qu'exceptionnelle singularité, et le début de sa vie de chef d'école (involontaire sans aucun doute). Gilles Dumay a eu raison de souligner (dans Yellow Submarine #112) la dette que Genefort doit à Brussolo au niveau des motifs. Elle est encore plus flagrante à celui de l'écriture : Genefort se lance constamment dans des « fugues brussoliennes », ces passages en-dehors du temps du récit souvent introduits comme des récits mythiques. « On dit que », « les vieux racontent que », pour un passé imprécis et répété (à l'imparfait) ou au contraire « on s'imagine que » pour un avenir hypothétique (au conditionnel). Suivent des images fantasmatiques, parfois horrifiques. Mais là où Brussolo se plonge dans des pages entières de flashes-back, forward, ou aside, Genefort se bride spontanément au bout d'un ou deux paragraphes. Il n'en reste parfois que des exagérations manifestes comme cette « description » p. 239 : « [Pendrek] renonça à le retourner. La chaleur avait dû faire couler son visage comme de la cire. » J'ai rarement vu la viande fondre littéralement à la cuisson...
C'est la brièveté de ses digressions qui permet à Genefort de livrer un roman de SF structuré de façon « normale », là où Brussolo crache des délires (parfois admirables, parfois laborieux). Un défaut sur ce plan, malheureusement : l'incroyable multiplicité des personnages ne leur permet pas de prendre corps individuellement, et les sauts perpétuels de point de vue ôtent tout espoir dans cette direction. Beaucoup finissent par mourir dans des péripéties oiseuses, et dans le plus total manque d'intérêt du lecteur. Certes, Arago dépasse la longueur habituelle d'un Fleuve Noir (par son nombre de pages, et ses caractères de corps réduit), mais c'est très loin de suffire à la longueur requise par l'abondance de la distribution. Si les personnages sont dotés d'une histoire personnelle, et de quelques touches de caractère, ils ne prennent jamais vraiment vie pour moi, et leurs motivations restent souvent obscures. Gageons que Genefort saura corriger ce défaut si on lui en laisse le temps (et je rejoins là les conclusions générales de Gilles Dumay).
Pascal J. Thomas
Yellow Submarine n°113, 1995
08:49 Publié dans Pascal J. Thomas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, planet opera, space opera, aventures, littérature
01.10.2009
Les Univers de Jack Vance

Bifrost HS 2
Septembre 2003
Jack Vance est un faiseur d'univers parfois taxé de légèreté : la richesse de ses civilisations imaginaires masque la réflexion qui la sous-tend. Un examen plus attentif permet cependant de constater que, même si Vance part d'images ou d'ambiances pour construire ses intrigues, comme il l'affirme dans son intéressante Esquisse d'autobiographie, il réinvestit ses lectures savantes, notamment sociologiques, ainsi que ses multiples découvertes culturelles au cours de sa vie nomade. Son atout maître est sa capacité de suggérer un monde dans toute sa complexité, performance encore plus évidente dans ses textes courts qui ne lui en laissent logiquement pas le temps. Si Point de chute est abordé du point de vue d'un dinosaure de l'humanité, un immortel désireux d'en finir avec la vie dans un monde qui le dépasse, Maîtres de maison suggère avec force une civilisation incompréhensible en termes humains. La Gaffe monumentale de Dover Spargill, où un riche héritier se porte acquéreur de la Lune alors qu'une révolution industrielle rend obsolète l'extraction de minerai, comme Rassemblement, mettant en scène des tueurs à gages recrutés par un brigand interplanétaire, donnent un aperçu de son art de la mise en scène ainsi que de sa capacité à esquisser un monde malgré un contexte minimaliste.
Jack Vance se sent finalement moins à l'aise dans les futurs trop proches du nôtre : Le Syndrome de l'homme augmenté, court roman qui a pour thème la décolonisation et les transformations humaines par les gadgets technologiques, le montre empesé par des considérations politiques qui ne lui permettent pas de donner libre cours à son talent.
Celui-ci est particulièrement mis en évidence par la magistrale étude de Dan Simmons, Jack Vance, maître des dragons, qui dévoile les vertus poétiques de son écriture tout en donnant une magnifique leçon de science-fiction. C'est probablement l'article le plus inspiré de ce recueil, à côté des passionnants Fragments d'une Vancyclopédie biographique de Jacques Garin, qui s'intéresse aux interactions entre l'homme et l'œuvre, et de l'intéressant article de Noé Gaillard sur son œuvre policière trop souvent négligée, Du polar comme écran. Outre la bibliographie très complète de Quarante-Deux et Pierre-Paul Durastanti, on trouvera un indispensable guide de lecture résumant ses romans de science-fiction ainsi que quelques liens utiles vers les sites Internet qui lui sont consacrés ou concernant les jeux de rôles s'inspirant de son œuvre.
Avec son lot d'inédits et d'articles pertinents, ce hors-série est la plus alléchante invitation au voyage qui se puisse rêver, dans les univers de Jack Vance.
Claude Ecken
09:53 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, space opera, bifrost, jack vance, littérature





Joseph Altairac




