23/03/2010

Le Vol de la libellule

laffont-ad04609-1986.jpg

Robert Forward

The Flight of the Dragonfly (1984)

Robert Laffont, 1986

Traduit par Jacques Polanis

 

 

Second roman de Forward traduit chez nous, Le vol de la Libellule ne risque guère de surprendre — au premier abord, du moins — ceux qui avaient lu L'œuf du dragon, son prédécesseur. Les deux livres sont construits sur le même schéma : une expédition scientifique — américaine, bien sûr — est envoyée étudier un astre inconnu et particulier où elle rencontrera une race extraterrestre non-humaine avec laquelle elle aura des échanges plus ou moins fructueux.

Mais il ne suffit pas de remplacer une naine blanche par un monde double relié lors des marées par une chute d'eau interplanétaire, ni les cheelas par les flouwens pour donner une idée du Vol de la libellule. La simplicité de la structure et la pauvreté psychologique des personnages s'y opposent à l'exactitude des notations scientifiques et à une imagination qui parvient à se montrer autant « réaliste » — un point sur lequel on insiste beaucoup en page quatre de couverture : la crédibilité prospective du texte — que délirante.

Car Forward, malgré ses défauts — dont la plupart relèvent du genre dans lequel il se situe — , possède une solide santé et un don pour faire passer chez le lecteur ce sentiment d'extase scientifique que l'on a pu éprouver à huit ou neuf ans face à un télescope ou à l'envoi d'une fusée pour les plus jeunes. De plus, il sait agrémenter ses idées de base — la voile photonique, Rochemonde, les flouwens — de multiples détails qui, souvent, font mouche. Comme ces « lutins » chargés de surveiller les membres de l'expédition lors du voyage, durant lequel leur intelligence va notablement diminuer suite aux effets secondaires du No-Die, une drogue de longue-vie ou la scène d'accouplement des flouwens, qui ne manque pas d'humour.

Les amateurs de hard science sauront négliger l'indigence narrative de Forward pour apprécier l'impact de ses idées ; les autres n'auront qu'à lire les cinquante pages d'annexes : tout y est. Mais un peu de poésie aurait été la bienvenue.

 

Roland C. Wagner