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29.06.2007
Rama (2)
De gros objets stupidesÀ côté de ces exemples tirés des pulps étatsuniens, et relevant donc d’une littérature qu’il convient de qualifier de « populaire », les artefacts inventés dans Créateur d’étoiles (4) par Olaf Stapledon — un auteur anglais que Clarke a lu dans sa jeunesse —, revêtent une grande importance dans la genèse d’un type particulier de créations science-fictives qui sera baptisé par la suite de « Big Dumb Objects », ou « gros objets stupides » en français :
« […] équipés des dernières réalisations de la science physique et maîtres de l’énergie subatomique, [les Symbiotiques] pouvaient construire dans l’espace des planètes artificielles d’habitation permanente.
Ces grands globes creux de diamant artificiel variaient des structures les plus primitives et les plus petites, comme l’astéroïde, aux sphères considérablement plus grandes, comme la Terre. En général, ils n’étaient pas entourés d’atmosphère, car leur masse était trop peu importante pour empêcher les gaz de s’échapper. Une couche de forces répulsives les protégeait contre les météores et les rayons cosmiques. La surface extérieure de la planète, totalement transparente, emballait l’atmosphère. Juste au-dessous étaient suspendus les centres de photosynthèse et les machines qui puisaient l’énergie des radiations solaires. Une partie de cette enveloppe externe renfermait des observatoires astronomiques et des machines pour contrôler l’orbite planétaire. […] L’intérieur de ces mondes était conçu comme un jeu de sphères concentriques soutenues par des poutres et des arcs gigantesques. […] Les races de la subgalaxie […] construisirent des planètes artificielles adaptées à leur nature. […] Au rythme des âges, de centaines de milliers de petits mondes surgirent, croissant en taille et en complexité. Plus d’une étoile sans planète naturelle s’entoura d’anneaux concentriques de mondes artificiels, tous très divers. »
« [Cette vaste communauté] commença d’utiliser l’énergie de toutes ses étoiles à une échelle jusqu’alors insoupçonnée. […] chaque système solaire était entouré d’une gangue de pièges de lumière qui concentraient l’énergie solaire dans un but intelligent. »
En ce sens, le premier ancêtre science-fictif des Big Dumb Objects est vraisemblablement le super-calculateur couvrant une planète sur trente kilomètres d’épaisseur de « Facteur limitatif » (8), une nouvelle de Clifford D. Simak parue en 1949. En effet, si cette machine ne diffère guère dans ses dimensions de la ville-planète de Trantor ou des mondes artificiels de Stapledon, elle s’en écarte au moins sur deux points : elle n’a pas été construite par l’homme, ni par un peuple connu de l’homme, et sa destination est, au départ, incompréhensible.On peut également citer parmi les précurseurs des Big Dumb Objects le monolithe noir de « La Sentinelle » de Clarke, que l’on retrouve quinze ans plus tard dans 2001, l’odyssée de l’espace, mais il faut attendre quelques lustres pour que le thème s’impose massivement au genre, en 1971 avec L’Anneau-Monde (9) de Larry Niven et, deux ans plus tard, Rendez-vous avec Rama. (On pourrait ajouter à cette liste d’ouvrages fondateurs Le Monde du Fleuve (10) de Philip Jose Farmer — à condition d’admettre que le monde en question est bien un « objet ».) Ce qui explique sans doute pourquoi l’expression désignant ce type d’artefact n’a pas été forgée avant le début des années 1980, à une époque où ils étaient déjà devenus courants dans le domaine.
(7) Gallimard.
(8) In Histoires de machines, le Livre de poche.
(9) Mnémos.
(10) Robert Laffont.
21:03 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, Arthur C. Clarke, Olaf Stapledon, Freeman Dyson, BDO, astronautique, fusées
19.06.2007
Rama (1)
Technologie et métaphysique

La guerre finie, il décide de reprendre ses études au King’s College, l’université de Londres, d’où il sort en 1948 avec une licence de physique et de mathématiques. En parallèle, il commence à publier dans des revues sur les deux rives de l’Atlantique : son premier texte professionnel, « Loophole », est au sommaire du numéro d’avril 1946 d’Astounding, le prestigieux pulp dirigé par John W. Campbell. Une grosse vingtaine de nouvelles plus tard, en 1951, paraît son premier roman, Prélude à l’espace (1), suivi la même année des Sables de Mars (1). Ces anticipations scientifiques à court terme sont avant tout des œuvres de propagande en faveur du développement de l’astronautique. En ces temps de Guerre froide, Clarke fait preuve d’un optimisme qui ne se démentira pas tout au long de sa carrière : comme nombre de ses confrères, il croit que l’homme ira un jour dans l’espace, et il imagine des solutions techniques aux problèmes posés par le vol spatial.
Ce roman, qui se déroule dans un (très) lointain avenir, est caractérisé par un élargissement de la perspective tout à fait impressionnant — d’une cité close jusqu’aux étoiles —, surtout en comparaison de l’aspect « étriqué » des textes d’anticipation de Clarke, où il se contente en général d’extrapoler avec une certaine sécheresse une idée technique ou scientifique que l’on serait tenté de qualifier de « terre-à-terre » si le voyage spatial n’en était pas le plus souvent le sujet principal.
C’est à cette époque qu’il signe avec l’éditeur anglais Gollancz ce qui est alors le plus gros contrat jamais proposé à un auteur de science-fiction. Il s’engage à écrire trois livres. Rendez-vous avec Rama sera le premier d’entre eux. Paru en 1973, il décroche l’année suivante les prix Hugo, Nebula et Locus, le John W. Campbell Memorial Award et le British Science Fiction Award. Excusez du peu.
Comme on peut le lire dans The Encyclopedia Of Science Fiction de Clute & Nicholls : « Jusqu’à quel point le livre le méritait-il, et jusqu’à quel point les prix célébraient-ils seulement le retour d’une figure énormément aimée du domaine après tant d’années de silence relatif n’est pas clair. » Mais peu importe. Car, que Rendez-vous avec Rama soit le « meilleur » roman de Clarke ou non, c’est certainement celui qui réussit le mieux — avec 2001 : l’odyssée de l’espace, mais sa signification est en quelque sorte « altérée » par l’existence du film parallèle — à réunir les deux axes autour desquels s’est organisée son œuvre littéraire : la fascination pour la technologie et le vol spatial d’une part, et la dimension métaphysique d’autre part.
(3) J’ai lu.
(4) Denoël.
(5) Albin Michel.
10:10 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science-fiction, Arthur C. Clarke, astronautique, fusées, littérature


