08/07/2012
Alice In Wonderland
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05/07/2012
Voyage of the Rock Aliens
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03/07/2012
Une bibliothèque essentielle du space opera (7)
La Roue fulgurante (1909) — Lattès.Un étrange OVNI avant la lettre emmène un groupe de Terriens dans un voyage autour du Système solaire. Dans une ambiance de roman populaire kitsch, ceux-ci découvrent les créatures peuplant les différentes planètes, dont les plus étranges et originaux sont certainement les Mercuriens monopèdes.

Les Navigateurs de l’Infini (1925, 1960) — Rencontre.La première expédition pour la planète Mars découvre une race d’être vivants à trois pieds… et finit par faire souche sur la Planète Rouge ! La suite du récit n’a été publiée que lors de sa réédition en 1960. Un sommet d'étrangeté dans la SF française d’avant-guerre.
Les Aventuriers du ciel (1937) — Ferenczi.Comme dans La Roue fulgurante, les personnages y visitent les différentes planètes de notre système solaire ; néanmoins, le vaisseau a été cette fois-ci fabriqué par un savant génial — mais pas fou. Cette saga de plusieurs milliers de pages, publiée en fascicules, a fortement “inspiré” Richard-Bessière pour ses Conquérants de l’Univers qui ont inauguré, au début des années 50, la collection “Anticipation” du Fleuve Noir, laquelle a accueilli pendant un demi-siècle la majorité des space operas français.
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Une bibliothèque essentielle du space opera (8)
B.R. Bruss
L’Enigme des Phtas (1965), La Planète introuvable (1968), Les Centauriens sont fous (1969) — Fleuve Noir “Anticipation”.B.R. Bruss, qui signa aussi Roger Blondel, est l’auteur de nombreux space operas qui se caractérisent par leur pacifisme. Prenant le contrepied des auteurs bellicistes qui sévissaient dans la collection, il ne décrit des conflits interstellaires que pour leur trouver une solution évitant en général le recours à la violence, comme dans L’Enigme des Phtas, où de mystérieuses modifications affectent les populations de diverses planètes situées dans le même secteur spatial, ou dans Les Centauriens sont fous, où un peuple extraterrestre envoûte les colons terriens du Centaure pour les dresser contre la Terre. Il sait aussi mettre sur pied des énigmes d’une dimension cosmique, comme celle qui est au cœur de La Planète introuvable : toutes les expéditions qui ont exploré la planète Brull en ont fourni une description radicalement différente. La mission est envoyée afin de percer ce mystère découvrira qu’il s’agit du même monde, mais pas à la même époque !

Visa pour Antarès (1963), Série Dan Seymour : 10 volumes (1966-1974), Les Marteaux de Vulcain (1969) — Fleuve Noir “Anticipation”.Si l’œuvre abondante de Richard-Bessière emploie beaucoup le voyage dans l’espace, le space opera proprement dit n’y occupe qu’une place modeste. En effet, seuls quelques titres isolés — comme Visa pour Antarès — et les aventures de Dan Seymour, l’Agent spatial n°1, prennent la peine de développer un cadre authentiquement cosmique, même si chaque titre est en général consacré à la description d’une seule planète. Le meilleur volume de la série est sans doute Les Prisonniers de Kazor, avec ses méchants extraterrestres au mode de reproduction insensé, mais Cauchemar dans l’Invisible ou La Loi d’Algor — aux accents de fantasy — ont aussi leur part d’originalité. Les Marteaux de Vulcain, qui se déroule a priori dans le même univers, même si Seymour n’y apparaît pas, conte une expédition tragique sur un monde hostile ; le pessimisme de Richard-Bessière y atteint des sommets.

L’Orphelin de Perdide (1958) — Fleuve Noir “Anticipation”.
Adapté à l’écran dans les années 80 sous le titre Les Maîtres du Temps, ce court roman d’aventures est peut-être le chef-d’œuvre de son auteur. Avec ses personnages modelés dans la glaise dont on fait les archétypes et ses décors aux vives couleurs servis par une narration jubilatoire, il constitue une sorte de quintessence du space opera d’aventures français des années 50 et 60. La puissance d’évocation de Wul y atteint de tels sommets que l’on oublie de prêter attention aux imperfections de l’intrigue.
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Une bibliothèque essentielle du space opera (9)
Charles & Nathalie Henneberg
Le Chant des astronautes (1958) — Le Masque “Science-Fiction”. La Plaie (1964), Le Dieu foudroyé (1976) — L'Atalante. Démons et chimères (1977) — Le Masque “Science-Fiction”.Les membres de ce couple aujourd’hui bien oublié sont les auteurs, ensemble ou séparément, de quelques-uns des plus grands space operas des années 50. Le Chant des astronautes, paru sous la seule signature de Charles, décrit une de ces guerres totales et grandioses dont le genre raffole, avec une riche galerie d’extraterrestres. La Plaie — publié après la mort de Charles sous le seul nom de Nathalie —, énorme roman épique à l’écriture pleine d’emphase et de préciosité, embrasse un espace immense et atteint par moment une dimension quasi métaphysique. Le Dieu foudroyé, qui lui fait suite, est moins intéressant. Quant à Démons et chimères, il s’agit d’un recueil de nouvelles dont les titres parlent seuls : « La fusée fantôme », « Du fond des ténèbres ». À redécouvrir.

Francis Carsac
Une demi-douzaine de romans et une poignée de nouvelles suffisent à en faire le maître du space opera français de l’après-guerre. Ceux de nulle part, en dépit de son côté désuet, est un fort bon space opera d’aventures, imaginatif et fouillé sur le plan scientifique. Les Misliks éteignent les étoiles ; seuls les Terriens peuvent les arrêter. Pour Patrie l’Espace décrit la vie à bord des immenses vaisseaux qui relient entre eux les mondes habités. Comme dans Citoyen de la Galaxie, les équipages de ces navires mènent une existence indépendante et l’on peut même dire qu’ils ont développé une civilisation propre. La Vermine du lion, enfin, se préoccupe de colonialisme et d’ingénierie génétique. La lutte de Teraï Laprade et de son paralion contre la mise en exploitation de la planète Eldorado est menée tambour battant, prouvant que le space opera constitue le genre idéal pour qui choisit de traiter de politique sur une trame de roman d’aventures. Disons qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre et n’en parlons plus.
Aux armes d’Ortog (1960) — Pocket.Célèbre pour ses romans d’horreur, parus dans la collection “Angoisse” (Fleuve Noir), son fameux Manuel du Savoir-Mourir ou ses ouvrages spéculatifs publiés sous son véritable nom, il livre avec Aux armes d’Ortog un roman baroque, épique et flamboyant, dont le vernis médiéval dissimule une intrigue de nature “cosmobiologique”. Peut-être un tantinet imparfait — mais quel souffle ! Nous recommandons également sa suite, Ortog et les Ténèbres (1967), bien qu’elle se situe hors du cadre de cet article — il s’agit d’un fort curieux livre de fantasy métaphysique à quatre dimensions.
Le Gambit des Etoiles (1958) — NéO.
Saga d’Argyre : Le Rêve des Forêts (1960, 1987), Les Voiliers du Soleil (1961), Le Long Voyage (1964) — J’ai lu, Le Sceptre du Hasard (1968) — Pocket.
Ici, l’empire galactique s’effondre sous son propre poids : Le Gambit des Étoiles prend en compte le fait que les décalages temporels induits par les voyages à des vitesses inférieures à celle de la lumière rendent impossible tout état interstellaire centralisé. Mais il sait aussi s’élever jusqu’à un niveau métaphysique lorsque la véritable nature des étoiles se dévoile…
Publiée à l’origine au Fleuve Noir sous le pseudonyme de Gilles d’Argyre, la saga du même nom constitue une petite histoire du futur. Le Rêve des Forêts (paru sous le titre originel Chirurgiens d'une planète) conte la terraformation de Mars, l’eau et l’air étant transportés depuis la Terre grâce à une porte dans l’espace. Dans Les Voiliers du Soleil, Georges Beyle, principal personnage du premier volume, est devenu partie intégrante d’un gigantesque ordinateur luttant contre des envahisseurs extraterrestres. Le Long Voyage voit la planète Pluton transformée en astronef interstellaire. Enfin, Le Sceptre du Hasard, qui n’est pas un space opera bien qu’il se rattache au cycle, décrit une société dont le dirigeant suprême, le stochastocrate, n’est pas élu ou coopté, mais désigné par un tirage au sort auquel participe la totalité de la population.
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Une bibliothèque essentielle du space opera (10)
AyerdhalLa Bohême et l'ivraie (1990) — Fleuve Noir.
Mytale (1991) — J'ai Lu.
Étoiles mourantes (avec Jean-Claude Dunyach, 1999) — J'ai Lu.
Qu’il situe ses romans sur Terre ou dans l’espace, Ayerdhal écrit une SF profondément politique, toute impliquée dans les luttes de pouvoir, et surtout pour se débarrasser des oppressions, économiques ou puritaines. Ses héros défendent les valeurs naturelles et les droits des peuples autochtones, utilisent l’art comme une arme (La Bohême et l'ivraie), ou changent de sexe à volonté (L'Histrion, Sexomorphoses). Sa plus grande réussite dans le domaine qui nous intéresse est peut-être Mytale, un planet opera inventif et plein d'action qui fait la part belle aux pouvoirs parapsychiques. Quant à l'épais Étoiles Mourantes, qui reprend et prolonge l'univers créé par J.-C. Dunyach dans Étoiles mortes (Fleuve Noir), il souffre quelque peu de l’ampleur du projet esquissé, sans doute impossible à achever avec la même ambition.

Pierre Bordage
Du point de vue romanesque, Bordage reprend là où Edmond Hamilton s’est arrêté : ses sociétés planétaires sont calqués sur celles du Moyen-Âge ou de la Renaissance, avec un rôle particulièrement peu reluisant dévolu aux prélats, et de jeunes héros au cœur pur. Le plus de l’œuvre c’est, outre un incroyable souffle de conteur, la conviction mystique qui emporte tout le cycle.

Laurent Genefort
Omale (2001), Les Conquérants d'Omale (2002), La Muraille sainte d'Omale (2004) — J'ai Lu.
Considéré à ses débuts comme un honnête faiseur — mais il a commencé très jeune ! —, Genefort a su mûrir et imposer progressivement sa vision, construisant un univers coloré, peuplé de races les plus diverses et sillonné par les traces de Grands Anciens — ici, les Vangk, qui ont laissé des Portes dans l'espace permettant les voyages les plus extraordinaires. Genefort, qui a un vrai talent pour l’image, rappelle parfois Stefan Wul dans ses meilleurs moments. L’Opéra de l’espace — cet article ne pouvait ignorer pas plus ignorer ce titre que Space opera de Jack Vance — suit le périple aventureux d’une troupe de chanteurs d’opéra qui, pour survivre, doivent se faire aventuriers autant que saltimbanques. Sa création la plus remarquable à ce jour est Omale, un monde gigantesque dont on devine assez vite qu’il s'agit d'une sphère de Dyson, dont les habitants ont cependant le sang nettement plus chaud que les personnages de Larry Niven.

Roland C. Wagner
Le co-auteur de cet article — mais pas des lignes qui suivent, naturellement — a effectué quelques sorties dans l'espace extérieur au début des années 1990, avec Cette Crédille qui nous ronge (Fleuve Noir), premier essai de planet opera pacifiste, ou le facétieux Les Psychopompes de Klash (récemment réédité sous le titre Aventuriers des Étoiles (Mnémos) en compagnie de sa suite parue en feuilleton dans Bifrost), mais son space opera le plus achevé reste Le Chant du Cosmos et son avenir d'où la guerre et la violence ont quasiment disparu. Quasiment : comme dans les histoires de robots d'Asimov, où il y a intrigue seulement lorsque les lois de la robotique sont ou semblent être prises en défaut, il est nécessaire — pour l'auteur — de préserver des poches de violence. La description de la planète Éden, qui joue ici le rôle d'un de ces isolats, est un des grands moments du livre : terrés au fond de bunkers souterrains, les Édéniques ne montrent jamais leur vrai corps en public, et n'envoient en surface que des clones téléguidés (on pense aux Clans de la Lune Alphane, de Philip K. Dick) exposés aux mille morts d'un monde où chacun est en guerre perpétuelle avec tous les autres. Avec sa structure pastichant le roman sportif, Le Chant du Cosmos emmène en balade lecteur et protagonistes, surprend à plus d'un tournant, et met en jeu — c'est le cas de le dire — le sort de l'univers.
L’année indiquée après le titre original est celle de la première parution. Dans le cas d’une prépublication en magazine, la date donnée est celle correspondant au dernier épisode. L’édition française signalée est la plus récente.
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10/06/2012
Hommage à Ray Bradbury
Clip nominé pour le prix Hugo 2011 dans la catégorie “Best Dramatic Presentation”.
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20/04/2012
Century XXI
Anthologie de Sylvie Denis
Encrage, 1995
En passant d'Asimov présente à Century XXI, on quitte les USA pour les îles britanniques, cet univers parallèle dont les habitudes gastronomiques demeurent un mystère et qui sut engendrer le seul dictateur dickien en real life : Margaret Thatcher. Sous-titré La nouvelle fiction spéculative britannique, ce volume est compilé par Sylvie Denis et traduit par la même et Francis Valéry (bon, traîne pas trop pour le chèque, Francis). Il parait chez Encrage, la maison amiénoise déjà mythique à laquelle nous devons tant d'opuscules de qualité (fond et forme), tels que le superbe volume consacré à Dick par Hélène Collon. En fait, Century XXI constitue le premier titre d'une nouvelle collection, « Pulsar », animée par un nouvel avatar de Francis Valéry.
Sylvie Denis connaît bien la Grande-Bretagne, elle y a découvert le fandom en 1984 / 85. Et elle y a aussi découvert Interzone, la revue que tout le monde présente comme le creuset du renouveau de la SF britannique. Le présent recueil n'est autre qu'une manière d'écrémage des sommaires d'Interzone, les « meilleures histoires » de la revue de David Pringle, en somme. S'il n'y avait les anthos de Duvic et des initiatives telles que Century XXI, sans parler du volume que vous tenez précieusement en mains, on se demande comment le lecteur francophone, pauvre chou, serait au courant de ce qui parait dans le domaine de la nouvelle anglo-saxonne. Je me répète, mais la situation est lamentable dites, les autres éditeurs, vous attendez quoi, exactement ?
Comme toute production Encrage, ce livre est d'abord beau. On peut considérer que c'est inutile, mais personnellement j'aime le rapport charnel avec les bouquins. Je caresse de temps en temps la toile de mes CLA. Bref, le travail d'édition est remarquable, et offre un écrin digne du travail de sélection et de présentation qui s'y trouve mis en valeur. Voilà une anthologie comme on les aime : nantie d'une introduction (même si celle-ci est un peu brève à mon goût) et comportant références des textes et notices sur les auteurs. Du travail soigné. Century XXI contient neuf textes et forme un ensemble particulièrement équilibré, sa composition est de toute évidence très travaillée.
Ouvrir le recueil avec Le retour du docteur Shade de Kim Newman est symbolique. D'une part cette belle nouvelle parle du pouvoir de l'imaginaire et des médias, d'autre part elle constitue tout à la fois une référence au passé (les vieux comics), une peinture d'un avenir sombre, et un univers parallèle encore plus thatchérien que le vrai, s'il est possible. Qu'on y trouve également des allusions à l'équipe d'Interzone et la relation d'une convention donne le ton : la Grande-Bretagne d'où nous viennent tous ces textes est aussi, quelque part, un pays de SF, d'une SF plutôt dystopique... Tous les textes ne provoquent pas un tel choc, et le seul qui s'y hisse facilement est... le dernier du volume, Rêve d'Epsilon d'Eric Brown (auteur qu'on a lu naguère dans Univers). Quand on vous dit que c'est construit. Cette ultime nouvelle est une véritable réussite dans le genre labyrinthe psychologique et éthique, possible uniquement grâce à son postulat SF, ici les enregistrements de personnalité et ce qu'ils permettent à un père malade de la perte de sa femme, lorsque leur fille en est le portrait vivant.
Le reste de l'anthologie est loin d'être négligeable, mais il ne saurait figurer de choc à chaque page. Toxine, de Richard Calder, navigue dans le fantasme de la fascination et mériterait une lecture freudienne attentive : une histoire d'automates angoissante, qui m'a fait songer à un vieux texte de Georges Lange-laan. Amour-fou, de lan R. Mac Leod, est une tranche de vie qui touche aux tripes, peinture pathétique d'une déchéance ultime : pour vendre totalement son corps, jusqu'où la technique permettra-t-elle d'aller ? L'intérêt envers les technologies de pointe n'exempte pas de préoccupations sociales, loin de là.
lan Lee, avec II était une fois dans le parc, se montre digne de ce que les continentaux nomment l'humour anglais, mais son récit de compost très spécial ne me paraît pas des plus accrocheurs. Quant à Nicola Griffith, la seule femme du recueil, son Chant des grenouilles... est fort beau stylistiquement mais cette histoire d'épidémie semble avoir été faite... combien de fois exactement ? Greg Egan, que l'on apprend de plus en plus à apprécier, redresse fermement la barre dans un récit sur l'identité et la conscience qui va loin, loin y compris dans des paradoxes logiques comparables au rêve du papillon chinois (mais si, vous savez : l'homme qui s'éveille est-il un homme qui a rêvé d'être un papillon, ou un papillon rêvant qu'il est un homme qui s'éveille...). Cela s'appelle En apprenant à être moi, et toute la question est de déterminer la nature de ce moi, cristal neural qui grandit avec son hôte, ou cerveau d'origine ?
Brian Stableford, que l'on a connu auteur de séries d'aventures traduites jadis dans la collection « Galaxie-Bis » d'Opta, aurait entamé une seconde carrière grâce à Interzone. Je n'en suis pas vraiment convaincu à la lecture de Mortel immortel, mais le thème de cette histoire est tellement rebattu qu'il aurait fallu être très fort pour surprendre : pensez donc, un mortel parmi les immortels qui se demande si l'immortalité, finalement... On le comprend : la société du sixième millénaire a stabilisé ses membres à l'âge de plus ou moins neuf ans, sans aucune pulsion érotique. Paul J. McAuley, enfin, donne une belle histoire mélancolique avec L'histoire d'Ilya, Spider et Box, mélancolique comme toutes les histoires d'astroport et à nouveau un récit qui aborde l'identité, l'évolution de l'individu et le refus du changement. Il y a quelques constantes dans ce recueil, et Sylvie Denis les a bien mises en évidence dans son travail.
En définitive, le constat est mieux que satisfaisant : Century XXI possède ce relent de découverte qui était celui, naguère, des Fiction spéciaux lorsque nous découvrions des classiques insoupçonnés qui miroitaient lentement dans nos souvenirs de jeunes amateurs... Je ne trouve guère de plus beau compliment. Certes, il existe sans nul doute d'autres monceaux de textes qui eussent mérité la sélection, peut-être davantage que l'un ou l'autre texte présent. Le choix est une entreprise castratrice. Après une anthologie pareille, en tout cas, on ne va pas continuer à gémir et à peindre la SF sous les oripeaux d'une vieille femme agonisante !...
Dominique Warfa
Cyberdreams, n°5, 1996
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17/04/2012
Solitude
Quand je suis entrée dans la pièce, tous les régimes étaient déjà là. Les prières le disputaient aux sanglots ; les unes étaient-elles plus sincères que les autres, il était trop tôt pour en juger. Toujours est-il que la plupart des régimes m’ignorèrent comme ils l’avaient toujours fait. Leur mépris ne me touchait plus depuis longtemps. Même le sourire narquois de cette salope de ploutocratie me laissa de marbre. Ma tristesse que je n’avais l’intention de prouver à quiconque, occultait tout.
C’est la monarchie qui vint à moi. Sa souffrance ne semblait pas feinte. Elle me prit dans ses bras, je la laissai faire. Elle avait toujours été un peu absolue dans ses émois. Je l’aimais bien pour cela.
« Il ne manquait que toi. Viens. »
M’ouvrant la voie entre la tyrannie et l’aristocratie qui, une fois encore, se disputaient en toute indécence, elle m’amena jusqu’à la gisante, que l’on avait drapée dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ainsi, figée dans ses valeurs tutélaires, elle semblait presque… parfaite.
« Qui aurait pu croire qu’elle en arriverait là ? » me dit, à voix basse, la monarchie.
Moi. J’ai toujours su que la démocratie finirait ainsi. Qu’elle se donnerait la mort. Tous les autres régimes, eux, vivent et meurent, emportés les uns sur les autres dans le grand cycle de la dégénérescence. Elle haïssait l’Anacyclosis. Jamais elle n’aurait supporté cette fin lente, sans grâce. Nous en avions parlé maintes fois.
« Comment s’est-elle… », demandai-je, sans pouvoir finir ma phrase.
La monarchie eut un frisson.
« Elle s’est servie de l’arme la plus puissante dont elle disposait. »
Je levai le regard au-dessus de la gisante : l’arme était là, encore
dégoûtante du sang qu’elle avait versé.
« Le suffrage universel… », murmurai-je.
- Direct, précisa la monarchie.
- En plein cœur ?
- Oui. Jusqu’à la garde.
- En seul tour de scrutin. ». Ma voix mourut.
Les monarchies censitaires et parlementaires qui s’étaient approchées pour épier notre conversation, s’étreignirent avec force : « quelle histoire, quelle folie ». D’un regard dur, la monarchie absolue les balaya plus loin.
« Qui prononcera l’hommage ? »
La monarchie ne me répondit pas, elle se contenta de pointer l’Autel du doigt : avec force gestuelle affectée, le Principat rassemblait ses papiers, préparait sa voix C’était plus que je ne pouvais en supporter. Je tournai le dos à la gisante et, sous le poids des régimes interloqués, me dirigeai vers la porte. La monarchie absolue ne tenta pas de me retenir. Elle avait compris, je pense.
J’ai fui le cadavre de la Démocratie, dont je me sentais pourtant si proche. Après tout, un régime si parfait qu’il ne convenait presque pas à des hommes, un régime si empreint d’idéal, était-il si différent de moi ? Une fois encore, j’étais seule, Utopie noyée d’ombres.
12:40 Publié dans Ugo Bellagamba | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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09/04/2012
Richard Canal, une SF sans dieu ni maître (4)
Aujourd’hui (mais est-ce vraiment si récent ?) on dirait que la manipulation a pris la relève de l’anéantissement dans le tronc thématique central, et que l’écriture relaie efficacement ce glissement (12). Les paradis piégés avancent clairement sur le territoire de la réalité virtuelle, du monde impalpable, mais surtout de l’univers qui est la création d’un autre : un piège qui vous manipule et qu’il convient de faire éclater, ce dont le héros ne se prive nullement. Mais, déjà, dans Le cimetière des papillons, malgré la rémanence du principe d’entropie dont ce roman est une parfaite illustration, cinq joueurs s'affrontent en gauchissant le sort du monde. A l'abri de leurs bunkers de jade, ils ne se matérialisent que dans un espace virtuel, le Domaine. Pour eux, les habitants de Shamäyor sont des pions. Mais le niveau des manipulateurs n'est pas le plan ultime, et une autre entité - le Jeu lui-même, peut-être - tire les cartes des cinq joueurs. En jouant des différents niveaux de réalité et donc des entrelacs de causalité (qui tire les fils de qui...), Canal dresse un roman qui est peut-être son œuvre la plus allégorique, avec un recours aux images fortes qui ne néglige aucun effet. Il y a parfois chez le lecteur comme une réminiscence de Brussolo, dans certaines pages : Canal ne parle-t-il pas clairement de “puzzle de chair” (13) ?
L'allégorie et le symbolisme comportent leurs dangers : lorsqu’on en joue, on est amené à manipuler des représentations parfois légèrement trop évidentes. Ah ! Cet enfant au ventre ballonné par la famine (l'Afrique, toujours), à la fois noir et blanc, qui stoppe l'entropie en devenant Source... Cet enfant qui “devenait un puzzle vivant” (sic). Canal, fasciné par les cultures et les forces vitales d’une Afrique qu’il voudrait, on le sent, plus agissante et plus responsable, a mille fois raison de marteler que notre sort se joue entre autres sur le continent noir, et que le métissage, au moins culturel, est toujours préférable à l'exclusion. Un enfant noir et blanc qui donne la vie, quelle belle image après tout...Les images... On quitte un roman de Richard Canal l'esprit frissonnant des images nées de cette écriture souvent flamboyante, bercé tout autant d'odeurs et de sons : odeurs du ghetto de Djoungolo dans Ombres blanches, sons du jazz qui baigne Aube noire, de toutes les musiques partout présentes. Toujours on revient à l'esthétique : dans les villes de Shamäyor, l'importance des apparences tend à transcender le caractère précaire des choses, les villes elles-mêmes sont oeuvres d'art. L'art est-il décidément autre choses que la tentative désespérée de l'homme pour se survivre, pour arrêter le temps réel ?
Canal devait être présent au sommaire de l’anthologie La frontière éclatée, consacrée à la science-fiction française dans les années quatre-vingt, et dont la préface constate cette étonnante unification du genre, alors, autour des motifs de l’artiste et de l’œuvre d’art (14). Grand amateur d’art africain, Canal offre à la création artistique et à sa problématique (de sa source à sa représentation) une place centrale dans ses écrits. Non seulement l’art plastique charpente-t-il souvent les intrigues, mais la musique : Rachmaninov, Tschaïkovsky (La malédiction de l’éphémère), “Don Giovanni” de Mozart (La guerre en ce jardin), Puccini (Swap-Swap), et bien d’autres... L’esthétique est vue chez lui avec un point de vue totalement philosophique : au-delà de la simple perception et du jugement individuel, c’est toute la question de la capacité créatrice qui est mise en cause, ainsi qu’une interrogation quant aux valeurs universelles du “beau”, sans parler de la justification de l’acte artistique. Kant n’est pas loin, il se balade dans les ruelles de Gorée. On peut se demander si les déploiements parfois emphatiques d’Ayerdhal sur l’artiste unique dépositaire de la révolte ne sont pas tout entiers dans quelques paragraphes de Richard Canal.
Relisons à nouveau La malédiction de l’éphémère : nous sommes enfermés, ils nous ont bouclés à l’intérieur du système solaire parce que nous sommes dangereux, des zones interdites maculent la surface terrestre comme un visage grêlé, on a peut-être déjà vu ça, de Farmer (l’univers fermé) aux Strougatski (Stalker), mais Canal déjà dévoie l’aventure purement fonctionnelle de cet univers science-fictif, pour y introduire ses préoccupations esthétiques, dans le “surgissement” de nouvelles oeuvres considérées comme géniales mais immanquablement macabres.
On peut rappeler ici l’opinion de Pascal Thomas (15), selon lequel “l’art est difficile à traiter pour la science-fiction — parce qu’il faut inventer de nouvelles formes sans pouvoir, et pour cause, les créer soi-même”. Dans le roman de Canal, l’art est au centre, mais ceux qui s’agitent dans le roman sont surtout ceux qui s’en emparent après la création : marchands et critiques d’art, voire gangsters...
Ajoutera-t-on in fine que le choix thématique est, toujours, implicitement révélateur des préoccupations de celui qui le pose, et que la mise en scène d’artistes et d’oeuvres d’art est sans doute une réflexion sur soi-même, artiste de la langue. Mais l’art n’est jamais neutre, et le thème de la faute et de la punition n’est pas loin, avec ces hommes coupables d’on ne sait trop quoi (fauteurs de guerre, sans doute ?) maintenus dans les zones interdites, avec ces cités devenues oeuvres d’art elles-mêmes, qui ne cessent de se dissoudre, de disparaître, de mourir... L’œuvre elle-même peut-elle se prétendre neutre ? Dans Les paradis piégés, les univers virtuels sont emboités, chacun constituant l’enfermement de l’autre et in fine du personnage. Roman gigogne qui questionne peut-être le statut même de l’œuvre en ce qu’elle serait, comme vision unique de l’artiste, tentative de repli sur un univers fermé qu’il convient de dynamiter.
Richard Canal se révèle au détour de chacun de ses livres un formidable créateur d'univers, d’univers enrichis de toutes les manifestations de la vie et nantis de personnages d'une épaisse réalité, d’univers qui ne cessent de retisser la trame du réel et de mettre en cause les apparences — ce qui constitue l’un des principes fondateurs de toute bonne science-fiction. D’univers, surtout, qui résonnent d’un questionnement par principe infini, celui du bien et du mal, de la vie et de la mort, de la révolte et de l’entropie — vastes entreprises philosophiques déguisées en questions simples, mais qui jamais ne rebutent les personnages, parce qu’il demeurent inlassablement disposés à se battre. Avec leurs rêves si cela se révèle nécessaire...
Dominique Warfa
(12) Glissement sans doute moins rigide que je ne le présente, les “observateurs” de La guerre en ce jardin pouvant fort bien se voir rangés au rang des manipulateurs.
(13) Le cimetière des papillons, p. 81.
(14) Il est pourtant un peu étrange de présenter ce recours au monde artistique comme typiquement français, alors que l’oeuvre d’art tient une grande place dans la mouvance cyberpunk : il suffit de relire Gibson, en particulier la piste des “boîtes” que remonte Marly dans Comte Zéro. Oui, bien sûr : Gibson et Canal ont été révélés par la même collection, “Fictions” de La Découverte. Étonnant, non ?
(15) In “Littératurants et narratifs”, dans Yellow Submarine n° 60, mai 1989.
Galaxies, n°7, décembre 1997
12:54 Publié dans Dominique Warfa | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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