22.01.2012
Essais sur la science-fiction
Juste un mot pour rappeler l'existence de ce recueil de dix articles issus du présent blog, mis en ligne il y a quelque temps déjà sur In Libro veritas. On y parle de G.-J. Arnaud, Greg Egan, Robert Heinlein, Norman Spinrad, Arthur C. Clarke… et même de Lucrèce et Lavoisier. Téléchargeable ici en pdf et epub.
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21.12.2011
Sauve qui peut ! (5)
Cela dit, il serait vain d'espérer trouver au fil des aventures de Jord Maogan l'évocation « cohérente et continue [de] l'histoire de l'humanité au contact de l'immensité cosmique » que nous promettait l'exergue des Stols. Hormis la présence d'un personnage récurrent — lequel a tendance à s'effacer, comme on l'a vu —, les liens entre les volumes sont pour le moins ténus : quelques rappels en bas de page des volumes précédents et des annotations sans rapport direct avec l'histoire. Ainsi, on apprend incidemment dans Les Naufragés de l'Alkinoos que Sane MacKinley, l'épouse stol de Maogan — rencontrée dans Les Stols —, lui a donné un fils, dont on n'entend plus parler dans les volumes suivants. Il sera également fait allusion à Sane dans Les Whums se vengent, où l'on découvre, en passant, que le commodore doit sa longévité à l'influence du cerveau d'Antéphaès. Les Darmores, par contre, sont présents dans presque tous les volumes ; ces géants à la peau bleue et au faciès asiatique semblent louer au plus offrant leurs services de combattants professionnels : miliciens des Stols, gardiens de bagne ou forces de frappe de la Mac Dewitt. On peut voir en eux des symboles de l'oppression — ou tout simplement de l'implacabilité du système : c'est en effet dans Sterga la Noire qu'on les voit le plus, et ils sont loin d'y avoir le beau rôle ! Les mutants végiens, « les produits les plus réussis de notre monde matérialiste, » préfigurent les hommes-machines de Chevaliers du Temps. Mais parfois, la référenciation interne au cycle ne fait qu'ajouter à la confusion. On voit ainsi apparaître des Nerviens dans Le Secret d'Ipavar, mais il n'est fait aucune mention de Glorvd ; or, s'il faut en croire Ysée-A, les Nerviens ne sont qu'un aspect, un avatar du chasseur de Tulgs. Ce qui devrait être un point de repère se transforme alors en mise en abîme, et les liens apparaissent pour ce qu'ils sont : de simples éléments d'un décor placés là pour ne pas oublier qu'il s'agit d'une série.
purement esthétique et se rattache, dans son principe, aux idées « irritantes » chères à l'auteur. La véritable différence, comme on l'a vu, se situe sur le plan de la vision conjecturale. Sans entrer dans des considérations idéologiques et en laissant de côté les oripeaux du space-opera, dont il a paré sa démarche intellectuelle pour mieux la faire passer, on constate que Louis Thirion est à la fois plus réaliste et plus lucide que ses confrères conservateurs, et que la plupart des rénovateurs. Sans jamais le nommer, il montre l'adversaire du doigt.
Un grand merci à Éric Vial pour sa relecture et ses conseils.
Les Stols, FNA nº 354 (1968).
Les naufragés de l'Alkinoos, FNA nº 377 (1968).
Les Whums se vengent, FNA nº 393 (1969).
Ysée-A, FNA nº 427 (1970), rééd. FNA nº 1734 (1990).
Sterga la Noire, FNA nº 456 (1971), rééd. Fleuve Noir "Lendemains Retrouvés" nº 62 (1979).
Le secret d'Ipavar, FNA nº 543 (1972).
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20.12.2011
Sauve qui peut ! (4)
Une période de mutation




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19.12.2011
Sauve qui peut ! (3)
Les limites du genre
Tout en se situant dans la droite continuation de ses prédécesseurs, Ysée-A (1970) élargit encore le cadre spatio-temporel du récit. Partant du postulat d'un univers cyclique où alterneraient phases d'expansion et de contraction, Thirion fait débuter son récit avant le Big Bang. L'empire des Tulgs est menacé par le mystérieux Glorvd. Après une fuite insensée à travers l'espace — cinq cent milliards de parsecs, une bagatelle ! —, un Tulg nommé Oen-Vur parvient sur Gmour, où l'attend Ysée-A, sa compagne. Tous deux vont dormir sur ce monde durant quelques milliards d'années, le temps que le Cosmos se contracte avant de se dilater à nouveau. Les Tulgs ayant survécu à quarante pulsations universelles, cela ne leur pose aucun problème. Quelques éons plus tard, en l'an 2370, Jord Maogan est envoyé explorer Cirva, un monde que l'on songe à terraformer. Seul problème : un sensitif-empirique a déclaré qu'il y a sur ce monde une forme de vie dotée de pouvoirs télépsychiques. Cela n'a rien d'étonnant, car Cirva n'est autre que Gmour, où dorment toujours les deux Tulgs. Ysée-A s'empare du corps de Solène, une biologiste stol, tandis que Maogan tombe sous le contrôle psychique d'Oen-Vur, qui conserve sa forme d'oeuf lumineux.
Délicieusement paranoïaque — mais on le serait à moins dans sa situation —, celui-ci craint que l'humanité ne soit contrôlée par un Tulg qui se serait réveillé avant lui ; il ne peut imaginer que sa race a disparu. Lorsque Maogan et Sloène/Ysée-A — qui est tombée en catalepsie — reviennent sur Terre, ils sont pris en charge par l'Organisation Mondiale de Sécurité Sidérale, que dirige Sedor-Slim-Helsingborg, un mutant au nom pas plus improbable que d'autres. Celui-ci ne tarde pas à découvrir des incohérences dans le rapport de l'astronaute. Confronté à Oen-Vur, qui lui propose de s'associer pour prendre le pouvoir, il refuse et tente de le détruire. Ysée-A parvient à fasciner la planète entière - sauf Jord Maogan qui, se rappellant soudain ce qui s'est passé sur Cirva, décide que le moment est venu de fuir. Pour ce faire, il s'entoure d'animaux extraterrestres indestructibles, conçus à l'origine pour servir de réceptacles aux Tulgs. « Ce qu'Oen-Vur parvenait à réussir sur un être humain — imposer sa pensée et sa personnalité — Jord Maogan pensait y parvenir sur des êtres au cerveau vierge. Se projeter à l'extérieur d'eux-mêmes était une pratique courante chez les mutants et Maogan en savait largement assez à ce propos pour réussir l'opération. » La ficelle typique de la littérature populaire, qui consiste à tirer un personnage d'une situation insensée par le biais d'une pirouette, débouche sur une scène délirante, où les animaux en question — dont l'aspect n'a rien d'humain — parlent et agissent comme Maogan. Le côté absurde de la situation finit par dérégler les robots de garde, que le commodore se fait un plaisir de détruire. Après une conversation avec l'image holographique d'Ysée-A, il s'envole jusqu'au Tibet entré en rébellion, où il ne trouve qu'un champ de ruines. Tiré d'affaire par les Nerviens, des humanoïdes refusant le joug des Tulgs, il leur sert d'appât pour attirer Oen-Vur, qui tombe dans le piège. Comprenant que la partie est perdue, Ysée-A s'endort à bord d'un vaisseau qui part pour une lointaine galaxie, où elle a rendez-vous avec son compagnon. Celui-ci s'enfuit de son côté, poursuivi par les Nerviens, qui ne sont à eux tous qu'une partie de Glorvd, le créateur des Tulgs. Quant à ces derniers, il se révèlent être des robots conçus pour le plaisir de la chasse à courre. Nous sommes bien peu de choses.
Sterga la Noire (1971) s'ouvre en prologue sur l'errance inexpliquée d'un homme sans mémoire dont le vaisseau s'est écrasé sur un monde sauvage. Aldenor 6, une planète peuplée de proscrits, est voisine de Sterga, un monde industriel appartenant au puissant consortium Mac Dewitt. Les femmes d'Aldenor venaient sur Sterga, s'y mariaient, puis entraînaient leur mari vers leur monde natal. Les trois croiseurs rapides envoyés pour régler le problème ayant disparu - ainsi que la planète elle-même, à en croire les dires des gens d'Infinite Point -, Maogan est parti pour tenter de percer le mystère, et son dernier message laisse supposer qu'il est devenu fou, ou est mort, ou les deux. Le narrateur, Stephan Drill, membre de la « promotion Dwianoukwadar » — dont le nom, une fois de plus impossible, a été choisi par Dortwich, le chef de la Force Cosmique —, part pour Sterga où il découvre la devise de la Mac Dewitt : « Tout ce qui est bon pour la société Mac Dewitt est bon pour la Confédération. » Comme il est impossible de dépasser la vitesse de la lumière au voisinage d'Aldenor 6, la traversée dure deux ans et demi. Mais sur les trois vaisseaux de l'expédition, seul le Farfadet atteint sa destination. Les deux autres sont détruits au début du voyage par de mystérieux agresseurs, eux-mêmes anéantis par un astronef que Dortwich a chargé de protéger ses hommes. Il semble que Douglas M. Bullitt, le maître de Sterga, n'ait pas envie que l'on apprenne ce qui se passe dans le système d'Aldenor. En cours de route, le Farfadet découvre l'épave d'un navire de guerre de la Mac Dewitt, ainsi que la preuve que les gens de Sterga ont massacré la population aldenorienne. Mais une étrange "chose" semble les avoir vengés. Alors qu'il pilote l'épave pour la ramener au port le plus proche, Kurt devient fou et s'éloigne au milieu d'une tempête radio-électrique. Stephan Drill est donc seul lorsqu'il aborde sur un astéroïde sinistre, Infinite Point. L'espace de quelques chapitres aux titres évocateurs, le space opera cède le pas à une curieuse ambiance mi-rêveuse, mi-désenchantée. « Et ce qui me frappa, ce fut la rose. L'homme avait une rose sur son bureau. Une seule rose ! J'ai déjà vu des fleurs de toutes sortes. Les géantes rouges de Fwor qui dévorent des tonnes de viande, les cahams de Rustrel qui s'étendent sur soixante millions d'hectares et les petites fleurs des champs qui poussent sur les toits des buildins de Svorlowsk et d'ailleurs. J'ai même vu des roses, mais une seule rose dans un vase ! Je n'avais jamais imaginé, non ! » Cloué au sol par manque de carburant, Stephan rencontre la fascinante Alioutcha, se met à boire et à faire d'étranges rêves. Il y visite une cité rose, où sa compagne lui raconte les horreurs perpétrées par la Mac Dewitt et lui révèle qu'il est un mutant envoyé sur Terre pour y recevoir son éducation. Il existe en effet sur Aldenor 6 une race ancienne d'hommes-chats qui se sont métissés avec les colons terriens. Après bien des doutes et des souffrances, Stephan finit par accomplir sa mutation. Alioutcha l'entraîne alors sur Terre — les Aldenoriens ont en effet le pouvoir de voler dans l'espace à des vitesses bien supérieures à celles de la lumiètre, bien évidemment sans scaphandre ! — pour essayer de sauver Dortwitch, lui aussi métis de Terrien et d'homme-chat. Ils échouent et celui-ci se suicide. Ils mettent alors le cap sur Sterga, où ils découvrent l'existence des terribles robots-méduses, capables de triompher des illusions qui sont la meilleure défense de leur peuple. Ils apprennent aussi que Jord Maogan, que la Mac Dewitt retenait prisonnier, s'est évadé. Le couple parvient à l'aider dans sa fuite au cours d'un combat qui tient du morceau de bravoure. Séparé d'Alioutcha, Stephan erre à travers l'espace et le temps — et retrouve Dwianoukwadar, la Cité Bleue où son peuple vivait autrefois, détruite des millions d'années plus tôt par les Dongars, ancêtres de l'humanité contemporaine. Sterga, quant à elle, sera bien entendu vaincue. Dans le rapport final de Maogan, qui clôt le roman, on apprend que la Mac Dewitt convoitait Aldenor à cause du minerai des waal, qui permet de fabriquer un explosif surpuissant : la bombe-soleil - jadis employée par les Dongars pour anéantir Dwianoukwadar.
La citation de Platon qui ouvre Le Secret d'Ipavar annonce un texte où l'illusion joue à nouveau une place importante. Ce n'est pas tout à fait le cas, même si des visions hallucinées traversent le roman. Narada et Urgalek explorent Ipavar, une planète abandonnée depuis cinquante mille ans. Séparé de sa maîtresse, Urgalek tombe sur une bande de Vengeurs dirigée par Torle. Ce dernier disparaît, comme Narada, devant une étrange porte-miroir. Les Vengeurs repoussent un assaut de la police et apprennent que Torle n'est pas humain. Il s'avère bientôt qu'il a été le dernier roi d'Ipavar et que Wincha, son épouse remplacée depuis par Narada, a décidé de les traquer où qu'ils aillent. Empruntant la porte-miroir, Urgalek et elle se retrouvent au sein d'une immense sphère tapissée de miroirs qui donnent sur une myriade d'univers parallèles. Ils essayent de nombreuses portes, avec des fortunes diverses. Il semblerait que Torle veuille devenir immortel et créer un empire qui s'étendrait sur des milliers de lignes historiques. Après diverses scènes d'action mal reliées entre elles - peut-être pour donner la sensation que les personnages tâtonnent -, Wincha et Urgalek apprennent que Torle combat les Visqueux, des "suppôts du passé", vampiresse nourrissant de la terreur humaine. La reine répudiée décide de favoriser leur victoire pour se venger de son époux et de la maîtresse de celui-ci. Utilisant la sphère, elle déchaîne la violence et la destruction sur tous les plans de réalité qui lui sont accessibles. Le roman s'achève dans la confusion la plus totale et l'on apprend, avec une certaine indifférence, qu'Urgalek n'est autre que Jord Maogan.
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18.12.2011
Sauve qui peut ! (2)
Un héros à tout faire
Comme ce portrait peut le laisser présager, et bien que Jord Maogan soit un militaire, ses aventures ne ressemblent guère à celles de ses « collègues ». Les Stols (1968), premier titre de la série, ne fait que confirmer cette impression. En 2009, l'URSS et les Etats-Unis n'ont plus guère que l'espace intersidéral pour disputer la troisième guerre atomique. Son vaisseau ayant été capturé par un mystérieux croiseur extraterrestre, le commodore Jord Maogan se retrouve sur Stol IV, autrefois capitale et aujourd'hui dernière planète habitable d'une galaxie agonisante. Les Stols, qui souffrent à divers degrés de dégénérescence - ils deviennent translucides et leurs facultés intellectuelles diminuent -, projettent d'envahir la Terre et de transférer leurs souvenirs et leur personnalité dans le corps des Terriens, préalablement "vidés" par une moisissure porteuse d'un virus neurotrope. Maogan est le seul membre de l'équipage de son vaisseau qui échappe à ce sort, grâce à Sane Mac Kinley, une Stol. Après une étrange promenade dans les entrailles de la planète mourante, il regagne la Terre, où une bonne partie de la population a été atteinte par l'épidémie de mousse verte. Les nombreuses et dynamiques scènes d'action qui s'ensuivent débouchent sur un règlement à l'amiable de la situation. Le Zdar Zwax, responsable du monstrueux plan de conquête est emprisonné, tandis que les Stols déjà transférés dans des corps humains gagnent le droit de vivre sur Terre
Les naufragés de l'Alkinoos (1969) débute en 2130 sur Alonite II, une planète-bagne sur le point d'être détruite - son soleil tutélaire va se transformer en nova. Après avoir embarqué les convicts, Maogan emploie la translation instantanée pour s'enfuir, mais l'Alkinoos, son vaisseau, réémerge dans un espace vide situé entre les amas galactiques, puis dans une galaxie inconnue. Ils y découvrent Hadès, monde dépourvu de vie bien que possédant des océans et une atmosphère respirable. Ses profondeurs abritent tout un réseau souterrain où d'étranges blocs de viande poussent sous des cloches de verre. Les bagnards ne s'étant pas gênés pour en dérober une partie, afin de varier leur ordinaire, ils ont sans le savoir mis en péril l'Empire d'Antéphaès, une super-civilisation fortement inspirée de l'Antiquité - véritable poncif de la collection. Cet Etat interstellaire est géré par le cerveau géant d'Hadès ; en prélevant des morceaux de celui-ci pour s'en nourrir, les condamnés ont déclenché des dysfonctionnements. Ce qui entraîne l'intervention de Phéax, le maître immortel d'Antéphaès, qui règne grâce à l'influence hypnotique que le cerveau exerce sur les sujets de l'Empire. En apprenant l'existence des Terriens, Phéax décide de les soumettre en créant une annexe du cerveau dans la voie Lactée. Mais Maogan, insensible à la fascination, est libéré par Noosika, une adolescente éternelle proche de Phéax, tandis que l'un des convicts — dont l'esprit a été transféré dans un corps non-humain à la force physique considérable - tente de renverser ce dernier. Cela donne à Archos, son conseiller, l'occasion de l'assassiner, avant d'être lui-même mis hors de combat par le chef navigateur de l'Alkinoos, tout aussi avide de puissance. Pour ne rien arranger, le cerveau libéré par la mort de Phéax a accédé à la conscience et se met en tête de gouverner à sa guise. Alors que Maogan est sur le point de la détruire, l'immense machine biologique se ravise et décide qu'il lui faut un maître — ou plutôt une maîtresse : Noosika. Le commodore est le seul passager de l'Alkinoos à regagner la Terre.
Les Whums se vengent (1969), avec son titre à éternuer si typique d'Anticipation, est certainement le premier roman de la série où Jord Maogan donne sa pleine mesure de personnage tout-terrain, aussi à l'aise dans la discussion que dans l'action. L'hôtel intergalactique Star-Hunt, qui a remplacé une station d'observation dirigée par Gregor Pawlewski, lequel a disparu, propose à ses clients de chasser les Whums, des « lucioles » n'ayant ni consistance, ni chaleur. Ces créatures étranges ne peuvent vivre que dans le vide compressible du secteur spatial dont elles sont originaires, sur lequel le potentat industriel sir Percy règne en maître absolu. Quasi simultanément, un message annonçant que les Whums vont se venger parvient à la Terre, un vaisseau disparaît inexplicablement et trois bombes à antimatière sont volées d'une façon tout aussi mystérieuse. Envoyé élucider cette affaire, Maogan soupçonne très vite que les Whums pourraient être des créatures intelligentes — ce en quoi il a tout à fait raison. Lorsque l'hôtel est victime d'une panne d'énergie, il réussit, grâce au convertisseur inventé par le savant disparu, à passer sur leur plan. En compagnie d'Elika, une chasseuse de « lucioles », il découvre que les Whums — de gros insectes vivant sur le plan neutrinique — sont tombés sous la coupe de Pawlewski, qui leur a communiqué sa haine de ses semblables. Ils sèment la pagaille sur la Terre et enlèvent sir Percy dans la prison où on l'a jeté ; il est en effet tenu responsable de la panne qui a frappé l'hôtel. Lorsque Pawlewski est la première victime du laser neutrinique capable de détruire les Whums, que les Terriens viennent de mettre au point, Maogan n'a plus qu'à regagner notre plan de réalité pour empêcher le conflit d'éclater. Elika, quant à elle, devient l'ambassadrice des Whums auprès de l'Humanité.
09:59 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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16.12.2011
Sauve qui peut ! (1)


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14.12.2011
Chevalier de l'espace-temps
Louis Thirion est décédé le 9 décembre à l'âge de 88 ans. Il était l'auteur de quelques-uns des livres les plus bizarres et excitants jamais parus dans la collection Anticipation, comme Chevaliers du temps, Le répertoire des époques de cette galaxie et de quelques autres ou encore Demain les rats. On peut trouver sur Noosfère une bibliographie de ses romans de science-fiction. Écrivain à part, qui alliait un solide intérêt pour la prospective à une imagination poétique et foisonnante, il était tout aussi attaché au passé que soucieux de l'avenir, et négligeait parfois sciemment certains détails pour en fignoler d'autres, donnant à certains raisonnements des allures de montagnes russes. Nombre de ses livres sont des voyages à travers des logiques étranges et étrangères, comme la série des aventures de Jord Maogan, dont la republication débutera demain sur ce blog. Pour moi, Louis Thirion restera à jamais l'auteur de Sterga la Noire, l'un de mes tout premiers livres de science-fiction, où les hommes-chats de la planète Aldenor 6 affrontent la McDewitt, une compagnie multiplanétaire dont la devise est : « Ce qui est bon pour la McDewitt est bon pour la Confédération. » Une phrase plus que jamais d'actualité bien qu'elle ait été écrite voici plus de quarante ans, au tout début des années 1970.
Roland C. Wagner
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21.11.2011
Pluie de prix pour “Rêves de Gloire”

« A ground-breaking novel. » (Norman Spinrad)
14:28 Publié dans Roland C. Wagner | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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03.11.2011
La Dernière Charge de la Morve d'Or
Après La Chanson de Jimmy, voici la version pour liseuse de La Dernière Charge de la Morve d'Or, écrit pour le dossier que SFère avait consacré à Michael Moorcock en 1984. Il n'existe actuellement aucune édition papier disponible de ce pastiche, que vous trouverez ici et nulle part ailleurs.
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19.09.2011
Une interview de Claude Ecken (1)
Réalisée à la fin du mois d'août 1993, la présente interview — quoique le terme de « conversation » serait sans doute plus exact — est parue dans le n°5 de La Geste, un excellent fanzine édité par Michel Tondellier, dans lequel le désormais célèbre chroniqueur de la Bibliothèque orbitale fit ses premières armes en un temps où, faute de revue, l'amateur du genre n'avait que des publications d'amateurs tirées à quelques dizaines ou quelques centaines d'exemplaires (quatre-vingts dans ce cas précis) à se mettre sous la dent. La voici reproduite dans une version très légèrement éditée, précédée de son chapeau d'époque :
L'action se déroulait à Orléans lors de la dernière Convention nationale de science-fiction, au milieu d'un joyeux brouhaha et au-dessus d'une vitrine abritant de beaux objets. Sur la vitrine on pouvait trouver : des casse-croûte, des bières, un dictaphone et quelques notes. Autour de la même vitrine on pouvait trouver : Claude Ecken (l'intervewé), Pascal Godbillon (un jeune auteur et un chroniqueur que vous connaissez), Philippe Boulier (un autre jeune chroniqueur que vous connaissez aussi), André F. Ruaud (un vieux fanéditeur que vous devez connaître), Roland C. Wagner (un auteur bien connu) et Michel Tondellier (un fanéditeur que vous êtes peut-être bien les seuls à connaître.
Pus qu'une interview, c'est une table ronde autour de Claude Ecken, un écrivain qu'on aime bien et qui gagnerait à être plus connu.

Photo empruntée à Fantastinet
Roland C. Wagner — Pourquoi la science-fiction ?
Claude Ecken — Parce que je m'y sens à l'aise.
C'est dur comme question, mais c'est vrai qu'elle est intéressante. Pourquoi s'adonner à un genre plutôt qu'à un autre ? Surtout que ça fait un peu pestiféré d'être quelqu'un qui aime la science-fiction. Encore, le fantastique, ça va, c'est noble, mais la SF…
À la base ma motivation aussi bien pour la science-fiction que pour écrire de la science-fiction ça a été l'évasion. Une fuite du réel, une fuite d'un monde que je n'aimais pas. Je voulais quitter ce monde et le meilleur moyen était encore toutes ces histoires qui se passent sur d'autres planètes, ces histoires qui résentaient surtout d'autres modes de vie. Plus tard je me suis rendu compte que la science-fiction ne me permet pas de fuir le monde, mais m'oblige à le regarder en face, à travers un filtre. Je me suis alors rendu compte que je pouvais m'attaquer au réel, travailler sur ce monde que je n'aime pas, essayer de comprendre ce qui ne va pas, pour mieux l'analyser, l'étudier à travers ce filtre que représente la science-fiction.
Pourquoi la science-fiction ? Pour ça.
RCW — Mais tu avais quand même le choix entre plein de trucs pour t'évader. Tu avais aussi la drogue, la musique disco et les filles. Pourquoi la science-fiction plutôt que tout ça ?
CE — D'abord ça devait être littéraire, et…
RCW — C'était important que ce soit littéraire ?
CE — En fait j'avais des parents hyper sévères, qui ne me laissaient pas sortir, qui ne me donnaient pas d'argent de poche, qui ne voulaient rien savoir de la télé ou de la radio. Donc, pas de musique.
Quand tu ne peux rien faire, que te reste-t-il ?
Tu prends un bouquin et tu bouquines.
Petit à petit je me suis mis à lire et comme j'ai pratiquement tout le temps été pensionnaire dans des écoles de curé la lecture a été mon seul moyen d'évasion.
Quand j'étais en classe de septième ou de sixième j'étais non seulement mordu de lecture, mais je m'intitulais déjà écrivain. J'écrivais des petites histoires de mon côté. J'ai commencé dès ma deuxième année scolaire à écrire des poèmes et des bouquins d'aventures. Je lisais du Bob Morane et donc j'écrivais du Bob Morane Mon héros s'appelait Dick Paler, il se battait contre l'Ombre noire, un fameux démarquage de l'Ombre jaune. À dix ans, je m'éclatais à faire des trucs comme ça.
RCW — Ce sont ces années qui sont à l'orgine de L'Abbé X ?
CE — En partie.
Philippe Boulier — C'est autobiographique ? (rires)
CE — Non ! Non ! Ce n'est pas autobiographique, mais il y a quand même une part de vérité… J'ai utilisé le côté pension pour introduire la claustrophobie, mais en fait ce qui m'avait marqué ça a été un reportage sur des gamins prostitués à Manille. Des gamins dont la clientèle était essentiellement composée d'Allemands et de Français. À la même époque on pouvait lire dans les journaux une histoire à propos d'une association qui payait des colonies de vacances à ceux qui n'avaient pas les moyens d'en offrir à leurs gosses. Et les mecs qui offraient ces colos s'offraient les gamins. Peutêtre qu'ils n'avaient pas les moyens de s'offrir un voyage jusqu'à Manille… L'association s'appelait l'Action chevaleresque…
On a reparlé de cette histoire après que j'ai écrit L'Abbé X, on a prononcé un non-lieu et l'affaire s'est d'elle-même tassée dès qu'on lui a trouvé des ramifications politiques.
L'émission des gamins de Manille m'a scandalisé, d'ailleurs elle a scandalisé pas mal de personnes, mais d'une autre manière. Beaucoup de gens se sont plaints de voir une émission pareille diffusée à 20 h 30. Ces personnes ont été scandalisées car elles ne voulaient pas voir la réalité. Mais que leur fallait-il ? Faire rentrer la caméra dans la chambre d'hôtel afin que l'on puisse voir tout ce que ça signfie un enfant qui se fait défoncer la rondelle ?
Qu'est-ce qu'il faut pour que les gens réagissent ? Leur raconter cela peut-être ?
C'est ce que j'ai essayé de faire. À travers un bouquin. À travers L'Abbé X. J'ai décidé de raconter la scène, je n'y suis même pas arriv, à un moment j'ai craqué et mon gamin perd la coscience des événements, de ce qui se passe. J'ai situé l'action en France, dans un pensionnat pour le petit côté étouffant, j'ai réchauffé quelques souvenirs d'enfance, placé quelques situations de ce type, et voilà…
RCW — Mais c'est encore plus immonde dans L'Abbé X car non seulement ce sont des enfants, mais ce sont des enfants mongoliens.
CE — Ben à l'époque j'habitais à côté d'un centre pour handicapés physiques et pour handicapés mentaux. Et quelques rumeurs couraient… Surtout que les mongoliens sont assez portés sur la chose. Certains que l'on estimait pas trop dangereux avaient droit à un jour de sortie par semaine pour se balader dans le village, faire quelques courses. Il y a eu l'histoire d'un jeune gars dans son champ qui s'est fait attaquer par cinq nanas. Le mec s'est fait violer par cinq mongoliennes qui avaient littéralement pris d'assaut son tracteur. À cela s'ajoutaient les rumeurs qui couraient à propos de mecs qui venaient profiter des mongoliennes qui n'attendaient que ça. C'est pour cette raison que j'ai utilisé des enfants mongoliens.
Michel Tondellier — Il t'arrive souvent d'emprunter des choses à la réalité por entamer tes bouquins. Tu en avais déjà parlé à Redu pour La Peste verte, ton bouquin publié dans la collection Gore.
RCW — Un gore absolument génial puisqu'il n'y a pas une seule goutte de sang.
André-François Ruaud — J'imagine que dans L'Autre Cécile il y a aussi énormément d'éléments autobiographiques, étant donné que l'action se déroule à Aix-en-Provence.
RCW — Dans Le Cri du corps également…
CE — Ce n'est pas seulement dans la réalté, ce peut être simplement une pensée. De temps en temps quand quelque chose me choque, me marque, je me demande à quoi on aboutirait si l'on tirait la ligne jusqu'au bout. Le Cri du corps, c'est simpelment des gens qui somatisent et qui s'inventent des maladies, mais une fois qu'ils reconnaissent que leur maladie est psychosomatique, une fois qu'ils en ont découvert l'origine (c'est freudien), ils dévelopent une autre maladie. Et une fois qu'on a fait le tour de toutes les maladies, il ne reste plus qu'à en inventer… C'est sur cette idée-là que je suis parti. J'ai bâti cette histoire en cherchant autour de moi tous les éléments réalistes, plus ou moins autobiographiques, qui vont me permettre de bien raconter l'histoire. Aziki dans Le Cri du corps est quelqu'un qui a de gros prolèmes, à qui l'on fait payer très cher son cabinet, c'est arrivé à une amie toubib à Aix-en-Provence, qui a acheté son cabinet mais qui s'est fait rouler parce que la personne qui le lui a vendu a vendu sa cientèle à quelqu'un d'autre. Un an après la famille s'est aperçue que les meubles n'avaient pas été saisis et sont venus enlever toutes les chaises de la salle d'attente. Du jour au lendemain il n'y avait plus rien pour faire attendre les gens.
Pascal Godbillon — Ta secrétaire médicale est bien vue, on la sent réellement. Je ne sais pas si elle existe effectivement.
CE — Celle-là n'existe pas, mais bon, ce sont des histoires que tu transposes.
(à suivre…)
14:14 Publié dans Claude Ecken | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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