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30.10.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (2)

 
Domaine anglo-saxon

    Dans les années 20, l’astronome Hubble découvre la nature des galaxies. Même si la nôtre a un diamètre de cent mille années-lumière, elle devient notre proche banlieue, comparée à l’immensité subitement dévoilée de l’univers. Aller jusqu’aux étoiles, c’est faire le tour du voisinage.
 
E. E. « Doc » Smith
 
medium_curee.JPG    Série des Fulgurs : Triplanétaire (Triplanetary, 1934), Le Premier Fulgur (First Lensman, 1950), Patrouille Galactique (Galactic Patrol, 1938) — Albin Michel « Science-Fiction ». Le Fulgur gris (Gray Lensman, 1940), Le Surfulgur (Second Stage Lensman, 1942), Les Enfants du Joyau (Children of the Lens, 1948), Les Maîtres du Vortex (The Vortex Blasters, 1942) — Albin Michel « Super Fiction ».   
    Edward Elmer Smith est considéré aux USA comme l’inventeur du space opera ; il s’agit peut-être du premier auteur à avoir envoyé ses héros hors des limites du système solaire dans La Curée des astres. Malgré sa formation scientifique — le « Doc » se réfère à un diplôme de chimie —, ses descriptions de combats dans l’espace sont frappés du sceau de l’invraisemblance, faisant usage de force rayons tracteurs et écrans protecteurs qui s’effondrent l’un après l’autre sous les coups d’armes sans cesse plus dévastatrices. Il est le premier à pratiquer la surenchère dans la démesure, même si certains de ses successeurs sauront parfois faire preuve d’un peu plus de finesse.
 
Edmond Hamilton
 
medium_rois.jpg    Les Rois des étoiles (Star Kings, 1949), Retour aux étoiles (Return to the Stars, 1970) — J’ai Lu SF. Les Loups des Étoiles (The Weapon from Beyond, 1967 ; The Closed Worlds, 1968 ; World of the Starwolves, 1968) — Folio SF.
    Hamilton publie des space operas dans les pulps dès les années 30 — Hors de l’Univers, Les Voleurs d’étoiles (Opta) — mais son œuvre la plus connue, toujours dans le même style, est Les Rois des étoiles : un petit employé new-yorkais se retrouve dans le corps du prince héritier d’un empire galactique — aventures chevaleresques dans une société interstellaire, dont la technologie hyper-évoluée n’exclue pas des mœurs rappelant fortement le Moyen-Âge. Toutefois son chef-d’œuvre dans le genre qui nous préoccupe restera “Les Loups des Etoiles” : rarement l’archétype du corsaire de l’espace aura été aussi magistralement incarné que dans cette suite d’aventures  nerveuses et débridées.
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Jack Williamson
 
medium_ceuxdela.jpg    Ceux de la légion (The Legion of Space, 1934 ; The Cometeers, 1936 ; One Against the Legion, 1939) — Le 'Bélial.
    Si ses héros intrépides sortent tout droit des Trois Mousquetaires, si ses livres ne manquent ni de super-méchants inoubliables, ni de belles princesses, Williamson se fait le chantre d’une débrouillardise bien américaine quand il s’agit de sauver l’Univers à coups de bricolages pseudo-scientifiques. Le premier volume nous semble pouvoir être considéré comme un authentique archétype du space opera — le sense of wonder à l'état brut.

A. E. Van Vogt
 
medium_joueurs.jpg    Le Monde du Non-A (The World of Null-A, 1945), Les Joueurs du Non-A (The Pawns of Null-A, 1949) — J’ai Lu SF.
    La Faune de l’Espace (The Voyage of the Space Beagle 1943) — J’ai Lu SF.
    Les Fabricants d’armes (The Weapon Makers, 1943) — J’ai Lu SF.     Onirique, friand de délires scientifiques, Van Vogt a transporté ses idées épistémologiques et politiques dans l’espace, à l’occasion de voyages d’exploration comme celui du Space Beagle — dont un des épisodes a inspiré le scénario d’Alien. Il en va de même dans ses fresques mouvementées, comme celle du Non-A, dont le deuxième volet se transporte dans un empire stellaire aux dimensions fabuleuses, ou celle des Armureries d’Isher, où il passe du time opera du premier volume aux enjeux galactiques et dynastiques du second, qui se conclut par la phrase inoubliable « voici la race qui va régner sur le sevagram », dernier mot d’autant plus chargé de mystère qu’il n’apparaît nulle part ailleurs dans le roman. On ne s'étonnera pas que ce maître du vertige éprouve parfois quelques difficultés à fournir des explications… disons satisfaisantes.
 
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Isaac Asimov
 
medium_courants.jpg    Fondation (Foundation, 1942), Fondation et Empire (Foundation and Empire, 1945), Seconde Fondation (Second Foundation, 1950) — Denoël, « Présence du Futur ».   
    Cailloux dans le ciel (Pebble in the Sky, 1950), Tyrann (The Stars Like Dust, 1951) — J’ai Lu, Les Courants de l’Espace (Currents of Space, 1952) — Pocket SF.   
    Avec Asimov, le space opera devient intello : Fondation, récit de la chute d’un empire galactique inspiré par l’ouvrage de l’historien anglais Gibbons, The Decline and Fall of the Roman Empire, s’intéresse avant tout aux évolutions sociale et politique et se compose de nouvelles où l’essentiel de l’intrigue passe par les dialogues plutôt que par l’action. Même si le Mulet constitue une menace conséquente qui injecte une bonne dose d'intensité dramatique dans le deuxième volume, le personnage le plus mémorable du cycle demeure Hari Seldon, inventeur de la psychohistoire, qui n’est pourtant presque jamais présent physiquement. Les autres ouvrages signalés se situent dans le même empire avant son déclin. Par contre, on peut se dispenser des suites qu’Asimov a données dans les années 1980 au cycle de Fondation. Quant aux romans parus dans les années 1990 où Bear, Benford et Brin reconstituent la vie de Hari Seldon, on y voit ces auteurs engoncés et mal à l'aise dans un univers qu’ils n’ont pas conçu.

Robert A. Heinlein
 
medium_vagabond.jpg    L’Âge des étoiles (Time for the Stars, 1956), Citoyen de la galaxie (Citizen of the Galaxy, 1957), Le Vagabond de l’espace (Have Space Suit, Will Travel, 1958) — Pocket SF.
    Si l’Histoire du Futur — qui regroupe les textes les plus connus de Heinlein à ses débuts, comme Les Enfants de Mathusalem ou Les Orphelins du ciel — brosse un tableau de l’expansion de l’humanité dans l’espace, Heinlein n’a employé toutes les possibilités du space opera que dans ses œuvres pour adolescents, qui peuvent enchanter tous les âges. Dans Le Vagabond de l’Espace, vous êtes au collège et vous gagnez une combinaison spatiale d’occasion qui vous permettra de parcourir une galaxie dont vos aînés n’avaient pas la moindre idée. L’Âge des étoiles applique à la lettre le paradoxe de Langevin : des jumeaux sont séparés pour les besoins de l’exploration spatiale ; l’un d’eux reste sur Terre et vieillit pendant que l’autre, parti à bord d’un vaisseau-torche, profite de la contraction du temps lorsqu’on voyage à une vitesse proche de celle de la lumière. Cerise sur le gâteau non envisagée par Langevin, la raison de leur séparation est qu'ils sont capables de communiquer par télépathie. Citoyen de la galaxie, roman d'apprentissage, présente quant à lui différentes sociétés issues de l’éparpillement de l’humanité à travers l’espace.
 
Clifford D. Simak
 
medium_carrefour.jpg     Au carrefour des étoiles (Way Station, 1963) — J’ai Lu.
    Dans l’univers paisible et parfois mélancolique de Simak, le voyage dans l'espace est souvent relégué en arrière-plan — nous passerons pudiquement sur son médiocre premier roman, Les Ingénieurs du cosmos, qui conte des aventures spatiales typique des pulps. Au carrefour des étoiles est au space opera ce que la vie du gardien de phare est aux histoires de marins. Son protagoniste humain, qui vit seul à la campagne, est le « chef de gare » — immortel — d’une station de transfert interstellaire par où des extraterrestres transitent discrètement sur la Terre.

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

29.10.2007

Une bibliothèque essentielle du space opera (1)

medium_tripla.jpg    Vous trouverez dans les prochaines notes de ce blogue un choix d’œuvres allant de la naissance du space opera dans les années 1920 jusqu'à l'époque actuelle. Nous pensons qu’elles ont marqué l’histoire de la Science-Fiction, et elles figurent pour la plupart parmi les « classiques » de la Science-Fiction — un statut qu'il est néanmoins difficile de conférer aux textes les plus récents, dans la mesure où l’appellation en question reflète, au-delà de la qualité intrinsèque, la marque laissée dans l’histoire du genre. Nous prendrons cependant le risque, en raison du succès qu’ils ont rencontré et, dans certains cas, des imitateurs qu’ils ont déjà suscités, de mentionner Iain M. Banks, Dan Simmons, Vernor Vinge ou Alaistair Reynolds, et quelques-uns des écrivains qui ont incarné le retour, tout d'abord dans les collections populaires aujourd'hui disparues, d’un space op' à la française : Ayerdhal, Laurent Genefort, Pierre Bordage, Jean-Marc Ligny, Alain le Bussy… Sans parler des auteurs qui, aux USA, réutilisent à leur façon le space opera : Rebecca Ore, Jeffrey Carver, Melissa Scott, Eleanor Arnason, etc., dont nous nous contenterons de citer les noms en attendant d'éventuelles traductions de leurs œuvres.

 

Frontières du genre
 
    En dressant une telle liste, nous dessinons ce que sont pour nous les contours du space opera. Pour qu’une œuvre relève du genre, à notre sens, il faut qu’un certain nombre de conditions soient réunies, dont la principale nous semble être la présence au moins potentielle du voyage dans l’espace, ne serait-ce que comme moyen de relier les multiples planètes oùs sont établies diverses civilisations, issues de différents rameaux de l’humanité ou carrément d'origine extraterrestre.
 
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    Les civilisations en question peuvent commercer, guerroyer, communiquer, échanger leurs légendes… Un space opera réussi suscite chez le lecteur une impression d’immensité de l’espace et d’éternité du temps. Plus mystique que la moyenne de la Science-Fiction, le space op' se demandera parfois « Qui sommes-nous ? », mais plus souvent « Où allons-nous ? » ou « d’où venons nous ? ». On ne s’étonnera  donc pas d’y rencontrer des Grands Anciens dont les civilisations disparues auraient tout inventé, et dont on aurait tout oublié, ou presque. Corollaire du sentiment d’infinitude : la longueur des œuvres, qui sont souvent — vous le constaterez dans les prochaines notes — des cycles de plusieurs romans et/ou nouvelles. Il faut prendre son temps pour visiter le vaste univers.
    Au regard de ces critères, nous avons exclu des textes souvent excellents. Les romans du cycle de l’Ekumen d’Ursula Le Guin (1) se concentrent sur l’étude sociologique des planètes abordées, et ignorent la démesure dans les conflits ; Robert Reed (2) voyage beaucoup, bagarre beaucoup, mais n'emploie pas le voyage dans l’espace ; Greg Bear, dans ces œuvres à l’incontestable démesure que sont Éon, Éternité (3) et Héritage (4),voyage un peu dans l’espace, beaucoup dans des géométries imaginaires, mais, en fin de compte, c'est surtout elle-même que l’espèce humaine rencontre. A contrario, nous nous sommes interrogés sur l’inclusion d’œuvres comme Les Navigateurs de l’Infini — qui ne vont guère que jusqu’à Mars, mais pour un premier contact profondément original — de J.H. Rosny aîné ou le cycle des Huit Mondes de Varley, dont les récits se déroulent souvent en chambre close… Le lecteur jugera et surchargera notre copie au crayon rouge, mais il nous semble que les œuvres exclues ou incluses de justesse marquent précisément les frontières du space opera.  
 
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    Un cas particulièrement intéressant est celui des aventures martiennes de John Carter, créé en 1912 par Edgar Rice Burroughs, le père de Tarzan. John Carter se transporte de la Terre sur Mars par des procédés plus mystiques que spatiaux, et vit sur place des aventures tout en duels au sabre et en voyage d’exploration. Burroughs a d'abord suscité des épigones, parfois aussi talentueux que Leigh Brackett, avant d'engendrer un courant que l'on peut baptiser « planet opera » : des récits avec en toile de fond un univers typique du space opera, dont les auteurs recourent à des mondes exotiques pour y situer leur action et déployer leur inventivité sociologique ou biologique. Marion Zimmer Bradley ou Anne MacCaffrey fournissent de bons exemples de cette tendance, dont Jack Vance reste sans doute le maître.    
    Pour les œuvres récentes, disons à partir du milieu des années 1970, se pose de façon lancinante la question du pastiche : peut-on encore faire du space opera au premier degré, ou verse-t-on dans la parodie, le clin d’œil, voire l’échantillonnage sans vergogne, tel qu’il est si souvent pratiqué par notre culture populaire du tournant du siècle ? S’il est certain qu’il n’est plus possible de produire du space opera « naïf »; si nombre de livres ont pu être conçus avec une intention commerciale ; si l’humour référentiel a depuis longtemps conquis sa place dans les étoiles, on ne peut pas refuser aux auteurs d’aujourd’hui d’employer un cadre vaste et bigarré, où ils peuvent situer toutes sortes de situations et de préoccupations, y compris celles, plus contemporaines, tenant à la nature de la réalité ou de la personnalité. De même que nous ne reprochons pas aux pionniers du space opera d’avoir allègrement pillé les conventions des récits d’aventures maritimes (5), de western ou de cape et d'épée !

 

Pascal J. Thomas & Roland C. Wagner

 


 

    (1) La Main gauche de la nuit, Les Dépossédés (Pocket)
    (2) La Voie terrestre (Robert Laffont).
    (3) Le Livre de Poche.
    (4) Robert Laffont.
    (5) Michel Pagel, dans La Sirène de l’Espace (Fleuve Noir), a tenu à expliciter sur un mode ironico-nostalgique cette adaptation à l’espace de la mythologie de la navigation à voile.

 

27.10.2007

Stephen Baxter (2)

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 LES VAISSEAUX DU TEMPS

Ailleurs et demain, Laffont, 1998

 

    Ce récit reprend la narration du héros de La Machine à explorer le temps exactement là où H. G. Wells l'avait achevée, il y a cent ans. S'apprêtant à retourner dans le futur pour sauver Weena, la séduisante Eloï, des griffes des Morlocks, le Voyageur découvre un futur différent, où ses ennemis de jadis sont à présent une race évoluée et pacifique, qui a émigré sur le plus vaste territoire jamais conçu : les deux faces d'une vaste sphère englobant le soleil. Il ne lui est même plus possible de retrouver son époque, chaque déplacement dans le temps induisant la création d'un univers parallèle. Ses tentatives, en compagnie d'un Morlock, l'amènent successivement dans un 1938 où la première guerre mondiale n'a pas encore pris fin, au Paléocène où elle se poursuit, et jusqu'aux débuts de l'univers, au delà du big-bang !    

    Il est impossible de rendre compte en quelques lignes de la richesse et de l'inventivité de ce livre, aux détails prolixes. Le narrateur a plus d'une fois l'occasion de se fréquenter, ce qui, en observateur intègre, ne le rend que moins indulgent envers lui-même.medium_baxtertemps.jpg Ce n'est pas le moindre mérite de Stephen Baxter que d'avoir poussé à l'extrême les paradoxes temporels pour mieux les éliminer : ces derniers ne sont qu'apparents, ce qu'il démontre enformulant, avec la rigueur et la logique du mathématicien qu'il est, un principe de Conservation fonctionnant dans une dimension supérieure intégrant la Multiplicité des Histoires. En effet, cette aventure de l'extrême est également un conte philosophique dénonçant l'absurdité des guerres, apprenant la tolérance et esquissant, à la façon de Zadig de retour de ses pérégrinations, une quête du bonheur (le roman finit d'ailleurs sur ce mot). Les amateurs de sense of wonder ne seront pas déçus en lisant la relation de ce voyage aux confins de l'extrême : il y a longtemps qu'on n'a plus éprouvé pareil vertige.    

    On ne saurait rêver de plus bel hommage au père de la science-fiction moderne. Baxter a non seulement poussé la réflexion aussi loin qu'a pu le faire son illustre prédécesseur à son époque, il a également imité son style à la perfection, de telle sorte que les deux journaux de voyage semblent bien avoir été écrits par la même plume. Ce livre a déjà ramassé trois prix littéraires, ce qui n'est pas étonnant ; les vaisseaux du temps est plus qu'une performance : c'est un chef d'œuvre !
    Gilles Dumay poursuit sa promotion de Baxter dans sa brève anthologie périodique Aventures lointaines, en Présence du futur, chez Denoël : celui-ci figure dans les deux numéros avec une uchronie « Tu ne toucheras plus jamais terre », qui relate le périple de l'aviateur Göring vers le pôle à bord d'un Fokker trafiqué afin de prouver que le système solaire est réellement un planétaire fait de tiges reliant les planètes au soleil. Sa suite, « Mittelwelt », fait de Göring le chancellier d'Allemagne en 1940 alors qu'un bombardier antipodal tente d'empêcher la guerre qui couve entre l'Allemagne et le Japon.
    Dans le même temps, J'ai Lu publie Voyage puis successivement deux autres romans consacrés à la conquête spatiale : Titan et Poussière de lune.

 

Claude Ecken

26.10.2007

Flying Saucers Rock'n'roll (4)

1977-2000 :

Le rock'n'roll vient enrichir la science-fiction

 

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    À la fin des années 70, le monde du rock, divisé en tendances de plus en plus figées dans leurs clichés — progressif, hard, jazz-rock, etc. — éclate soudain sous l'impact du mouvement punk, dont le mot d'ordre, faut-il le rappeler, est No Future ! Lequel mouvement n'est pas très productif en matière de SF, malgré son côté précataclysmique ; il aura néanoins une influence vestimentaire sur le cinéma, comme on peut le voir dans Mad Max. Hormis Sang Futur, déjà cité, il 'y a guère que John Shirley, chanteur et précurseur des cyberpunks avec Transmaniacon (1979), et surtout La Balade de City (1980), qui fasse le pont.

 

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    Le retour de styles de rock anciens parfois remis au goût du jour, tels que garage punk US des années 60, fright-rock, rockabilly/psychobilly, surf instrumental, qui se poduit en parallèle amène une résurgence de l'esthétique des films de série B des années 50, déjà exploitée par le Rocky Horror (Picture) Show ou Roky Erickson, le chanteur des 13th Floor Elevators, dans son album Roky Erickson & the Aliens (1980), qui comporte des titres évocateurs comme « I walked with a Zombie », « Two-Headed Dog » ou » Creature with the Atom Brain ». Une autre tendance apparaît au tournant de la décennie, représetée par des gens comme Devo, Tubeway Army et autres groupes new wave technophiles et amateurs de SF — ainsi Human League, au nom tiré d'un jeu de plateau de SF, se réclamait de J.-G. Ballard —, auxques ont peu ajouter les B-52's et leurs histoires de petits Martiens.

 

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    Rien de tout cela ne transparaît dans la SF, sauf peut-être à travers quelques textes isolés. Au contraire, c'est sur les années 60 que choisit de se pencher George R.R. Martin en 1983 avec Armageddon Rag, remarquable thriller surnaturel mettant en scène le Nazgûl, un groupe imaginaire visiblement très inspiré des Doors, dont le chanteur a été abattu en plein concert en 1969. Le rock'n'roll est traité dans ce roman sous un angle aussi bien sociologique que mythologique, et l'on peut en voir certains passages comme de véritables documents surl a période concernée. Un livre qu'il faut avoir lu si l'on ne veut pas mourir idiot.

 

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    Bien que les auteurs cyberpunks qui déboulent sur le devant de la scène à partir du milieu des années 80 aiment pour la plupart faire baigner leurs textes dans une ambiance de déglingue très rock'n'roll, peu d'entre eux traitent le sujet directement, du moins au début ; il faut attendre la deuxième moitié de la décennie pour voir la SF prendre en compte l'influence sur le rock'n'roll de la nouvelle révoluton technologique qui est en train de se produire. tandis que la house primitive frissonne un peu partout dans le monde, Norman Spinrad signe, avec Rock Machine (1987), sans doute le grand livre sur la musique populaire du futur : des assemblages de pixels peuvent devenir des stars mondiales, la musique est entièrement synthétique, mes drogues électroniques ont remplacé les hallucinogènes… Certes, c'est au retour des bonnes vieilles sixties que Spinrad nous convie, mais la manière dont certains branches du mouvement techno ont su prendre en compte l'héritage de cette période au cours des années 90 indique qu'il avait simplement senti dans quel sens soufflait le vent.

 

Roland C. Wagner

25.10.2007

Stephen Baxter (1)

fc9655b70f7392a2826caea2d50476b8.jpg    Né à Liverpool en 1957, Stephen Baxter s'est imposé d'emblée en France avec un très grand roman, Les Vaisseaux du temps. Il n'en était pas à son coup d'essai : sa série des Xeelees, extraterrestres contre lesquels l'humanité est en guerre et qu'on retrouve dans la saga des Enfants de la destinée, entamée en 1991, en était à son quatrième volume. Avant cela, il avait publié des nouvelles dans divers supports, à partir de 1986.
    Ses thèmes de prédilection : l'espace et l'évolution. Cet ancien candidat astronaute fut éliminé en 1991des tests de sélection pour la station spatiale Mir. Sa déception, devant la façon dont la NASA a brisé le rêve de conquête spatiale se retrouve dans ses livres : Voyage est une uchronie de ce qui aurait pu se passer, Titan est imprégné de l'esprit de conquête, et la série Les Univers multiples met en scène Reid Malenfant, exclu de la NASA qui a décidé de partir dans l'espace avec des capitaux privés. Mais c'est surtout le thème de l'évolution qui passionne Baxter, puisqu'il tente, dans de plusieurs de ses romans, d'imaginer l'évolution de l'humanité quand ce n'est pas celle du cosmos. De même, il se targue de raconter à travers des récits vivants les étapes passées et à venir des mammifère (Evolution) ou celle de la vie depuis le big bang (Exultant). Le moins qu'on puisse dire est que cet ancien professeur de mathématiques, de physique et d'informatique est aussi érudit que passionnant à lire.
    Baxter est si stimulant intellectuellement que personne n'a plus honte, grâce à lui, de lire de la science-fiction ; on aurait plutôt honte d'avouer qu'on n'a pas encore lu Baxter.

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ETOILES VIVES 3
(Ed. BIFROST/ETOILES VIVES)


    Un numéro spécial de la revue Etoiles Vives lui a été consacré en 1998, avant la parution des Vaisseaux du temps en France, mais après la parution de ses premiers textes en 1997, dans Cyberdreams n°11 (« Au PVSH ») et Galaxies n°6 (« Le bassin logique »). Il contient deux nouvelles de l'auteur, hommage aux Premiers hommes dans la lune de Wells avec l'étonnant « Les hommes-fourmis du Tibet » et au boulet de canon de Verne ainsi qu'à Wells avec « Columbiad » où un personnage de fiction demande à son auteur de l'envoyer à nouveau dans l'espace. Baxter acquiert dès lors sa réputation d'auteur original encore trop peu connu en France. C'est donc Sylvie Denis qui l'a découvert et Gilles Dumay qui l'impose en réunissant autour de ces textes un article critique de Joseph Altairac sur Verne, Wells, Baxter et l'invention de la science-fiction moderne ainsi qu'une bibliographie établie par Alain Sprauel. « Le Bassin logique » retenu par Stéphanie Nicot pour Galaxies en 1997 appartient au cycle des Xeelees, comme l'autre novella publiée l'année suivante dans Bifrost n°8 par Olivier Girard, Les Enfants de Mercure.

 

Claude Ecken

24.10.2007

Flying Saucers Rock'n'roll (3)

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    Le courant passe nettement moins bien du rock'n'roll vers la science-fiction. Il faut attendre la fin des années 60 pour voir un groupe rock occuper le devant de la scène dans « Le Grand Flash » (1969) de Norman Spinrad et, si Le Programme final de Michael Moorcock, qui met en scène le personnage de Jerry Cornelius, peut être considéré comme un roman imprégné de l'esprit du swinging London, la musique y est toutefois réduite à la portion congrue. Quelques années plus tard, Moorcock s'attaquera plus directement au sujet avec « Un chanteur mort » (1974). Dans le même ordre d'idées, Gregory Benford publie un peu plus tard « Doing lennon » (1975) — avant la mort de celui-ci, toutefois — et Michael Swanwick « « The Feast of St. janis » (1980).

 

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    En France, la « génération électrocutée » du milieu des années 70 donne naissance à plusieurs textes liant SF et rock. Le plus frappant est sans doute « Rock Resurrection » (1975) de Joël Houssin, qui n'est pas sans posséder une certaine parenté avec « Le Grand Flash ». Du même Houssin, Locomotive Rictus (1975) peut être considéré comme l'un des rares livres authentiquement heavy metal jamais publiés. De son côté, Christian Vilà, avec qui il  aréuni l'anthologie Banlieues rouges (1976) — tout un programme —, pubie un roman punk intitulé Sang futur (1977) ; signalons également que la nouvelle de Vilà dans Banieues rouges, « Les derniers jours de mai », empruntait son titre au Blue Öyster Cult. On pourraitégalement citer « Suicide d'une pop star » (années 70) de Dominique Douay), un texte expérimental qui fait honneur à son titre, mais le premier grand roman français mêlant le rock et la SF ne paraîtra qu'au début des années 80, avec le frénétique Furia ! où Jean-Marc Ligny revisite la mythologie qui s'est eu à peu développée autourdu rock.

 

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    Tous ces auteurs baignent dans une ambiance où, comme le dit Pascal J. Thomas, l'on pouvait compter « au nombre de [ses] certitudes adolescentes celle d'une communauté culturelle entre science-fiction et rock'n'toll ». L'existence de pages consacrées au rock dans les revues de SF — comme « Rock'n'troll » de Patrick Eudeline dans Galaxie — et la présence des rubriques SF et rock dans des supports liés à la contre-culture, tant Actuel que la myriade de petites publications parallèles de la première moitié des années 70, permettat en effet dele penser, de même que l'meploi d'une imagerie et de thèmes science-fictifs par de nombreux artistes, de Genesis (« Get 'em Out by Friday », 1972) à Tangerine Dream et de David Bowie (The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars, 1973) à Gérard Manset, qui signe avec La Mort d'Orion (1969) une œuvre remarquable, quoique fort éloignée du rock proprement dit. Considérées comme deux subcultures venues d'Outre-Atlantique — et ce, en dépit que les racines de la SF se trouvent sur le vieux continent — science-fiction et rock'n'roll se retrouvent réunis sous le même chapeau contre-culturel, d'où un feeling particulier chez les auteurs français lorsqu'ils associent les deux.

 

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    Pendant ce temps, en Angleterre, Michael Moorcock a gravé un disque avec son groupe Deep Fix, écrit des textes pour le Blue Öyster Cult et participé à plusieurs albums de Hawkwind, des allumés qui s'habillent comme des personnages de romans de SF et dont les concerts sont l'occasion d'un light show tout à fait spatial. Au même moment, la SF est à l'honneur dans les pochettes de Roger Dean pour Yes (Yessongs, 1973) et Uriah Heep (The Magician's Birthday, 1972), les groupes de Krautrock tels que Can, Amon Düül II, Asha Ra Tempel ou bien entendu Kraftwerk y font abondamment référence, de même que ceux de rock progressif, comme les Français de Pulsar (« Pulsar », 1970) ou la joyeuse bande franco-anglaise de Gong, réunie autour de l'Australien Daevid Allen (Flying teapot, 1973 ; Angel's Egg, 1973 ; You, 1974).

 

Roland C. Wagner

23.10.2007

Les Biplans de D'Annunzio

09309f0c99d996f481eb557920578ea0.jpg    En 1921, la première Guerre Mondiale n'est pas terminée : l'Autriche-Hongrie est toujours debout et n'a pas donné naissance à la Yougoslavie, la Russie désire faire annexer la Bosnie-Herzégovine par une Serbie autonome. Ce qui n'est, pour le professeur Princip, descendant de l'assassin de l'archiduc Ferdinand à Sarajevo, qu'un jeu intellectuel, un roman uchronique, est la réalité pour Mattéo Campini, qui pourrait être un des aviateurs du Grand Cirque décrit par Closterman. Jusqu'à ce que Flavia et Augusto réclament son aide pour les aider à changer le cours du passé. Ils lui avouent venir de 202l et appartenir à l'agence de voyage Belle Epoque, spécialisée dans le tourisme historique. Ils ont besoin de ses talents de pilote pour se rendre à Vienne, en territoire ennemi à l'aide d'un biplan bricolé avec les apports technologiques de demain, afin de mettre fin à la guerre et supprimer cette chronoligne dérivée avant qu'elle ne se substitue à l'histoire réelle.
     Dans le présent, un couple de journalistes indépendant travaillant sur Internet traque Mirko Svobodak, le Boucher de Srebrenica qui se trouve être en relation avec Di Michele, le directeur de l'agence de voyages temporels.
     En effet, celui-ci, nationaliste serbe convaincu, tente de restaurer une Grande Serbie en s'inspirant de l'uchronie de Princip pour influencer au bon moment les personnages clé de la période historique visée. Pour empêcher le rétablissement de la ligne temporelle originale, il agit dans le plus grand secret, en fermant l'accès du XXème siècle aux touristes.
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     A cheval sur deux guerres, le roman de Masali établit un lien historique direct entre l'actuelle guerre des nationalistes serbes et celle de 14-18, époque charnière pour l'histoire du monde : la première grande guerre dessine le visage de l'Europe actuelle, voit la naissance des principes de nationalité, de démocratie, du communisme, des idées de classe.
     Faisant preuve d'une excellente connaissance de cette période historique, l'auteur met en scène, dans des rôles décalés, des personnages aussi divers que Hermann Göring, Armando Diaz, le poète D'Annunzio et d'autres acteurs de second plan, voire des personnages de roman (Settembrini apparaît chez Thomas Mann). Malgré les explications délivrées au cours du récit, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver parmi les protagonistes et de saisir tous les enjeux. De même, la partie dévolue à l'aviation démontre l'érudition de Masali dans le domaine et risque d'agacer les profanes par des explications trop circonstanciées. Il n'est heureusement pas nécessaire d'être féru en histoire ou en aviation pour apprécier l'intrigue et la réflexion qui la sous-tend. Un roman qui a obtenu en Italie le prix Urania, l'équivalent du Hugo américain.

 

Claude Ecken

22.10.2007

Science-fiction 2001 : Mort et renaissance du futur (7)

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Instruire en s'amusant

 

    Dans le premier chapitre de La Refondation du monde, Jean-Claude Guillebaud explique que « Hegel soutenait que le devoir du savant consistait non seulement à communiquer son savoir mais à la rendre attrayant et même poétique. AInsi la tâche du penseur consistait-elle à rendre les idées esthétiques, c'est à dire mythologiques, afin qu'elles puissent être comprises par le peuple. »

     Ces poètes des idées et des connaissances, qui de l'astronomie et de la physique ont fait naître des paysages nouveaux, qui de la biologie et de l'anthropologie ont conçu des civilisations, qui de la cybernétique ont créé des robots, tantôt effrayants, tantôt émouvants, tantôt comiques, et de la biologie et de la génétique tirent intrigues, situations et personnages, nous les avons déjà.

    Nous avons nos poètes, notre mythologie et nos icônes. Comme tous les poètes, leur rôle est de nous raconter l'univers, à nous lecteurs, pour que nous le comprenions mieux.

    En tant qu'écrivains de SF, leur talent est de manipuler le monde — pour qu'il ne nous manipule pas.

 

    Dans les textes que vous allez lire dans Escales 2001, d'étranges animaux auront la parole, le Big Bang sera examiné sous toutes les coutures, des vaisseaux aux dimensions de planètes traverseront les gouffres étoilés, les eaux monteront sur la côte Atlantique, le bug de l'an 2000 aura plus ou moins lieu, des guerres éclateront, des gouvernements peu sympathiques prendront le pouvoir et des savants tenteront de déchiffrer des énigmes inscrites dans le sol d'autres planètes… et la World Company en prendra pour son grade, prouvant, si besoin était, qu'on peut encore regarder le présent en face, et jouer avec le futur, pour le plus grand plaisir des lecteurs.  

 

Sylvie Denis

 

21.10.2007

Flying Saucers Rock'n'roll (2)

1953-1977 :

La SF investit le rock'n'roll 

 

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    Si le rock'n'roll n'influence guère la SF, la réciproque est moins vraie. Mais plutôt que de la littérature, le rock des années 50 s'inspire des films de série B à Z, des comics et d'une mythologie soucoupiste déjà copieuse, avec des titres comme « Martian Hop », « Purple People Eater » ou « Flying Saucers Rock'n'roll », ce dernier interprété par Billy Lee Riley & the Little Green Men ! En outre, alors que la face A d'un simple, celle du hit potentiel, fait l'objet d'un contrôle très strict de la part des maisons de disques, la bride est souvent laissée sur le cou aux artistes en ce qui concerne la face B, et certains en profitent pour délirer copieusement. On notera toutefois qu'ils affichent une nette préférence pour les thèmes horrifiques ou pouvant être traités ironiquement, à la manière de Screamin' Jay Hawkins, plutôt que pour ceux relevant de l'extrapolation sociale ou scientifique. Un certain nombre de break-in, ces 45 tours composés de brefs extraits de morceaux entrecoupés de passages parlés, mettent également en scène extraterrestres et soucoupes volantes. Vingt ans plus tard, des groupes comme les Cramps puiseront leur inspiration dans ces galettes obscures, qu'ils auront le pus souvent découvertes chez des brocanteurs.

 

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     Dans la première moitié des années 60, l'engouement pour la conquête de l'espace est à l'origine d'un cureux épiphénomène, dont témoignent les Spotnicks, des Suédois que leurs pochettes montrent vêtus de combinaisons spatiales plus ou moins réalistes, ou des instrumentaux comme le célèbre « Telstar » (1962) des Tornados, dédié au satellite du même nom qui connut son heure de gloire à l'époque de son lancement. Côté SF, c'est toujours le calme plat ; lorsqu'il publie En Terre étrangère (1961), Robert Heinlein ne se doute pas que ce livre va devenir une véritable référence pour Ken Kesey et les Merry Pranksters, les inventeurs des fameux acid tests qui verront les débuts du Grateful Dead lors de la formidable mutation qui s'annonce au milieu de la décennie.

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    En effet, l'inventon du folk-rock, l'influence de Bob Dylan et d'autres chanteurs à textes, l'apparition de préoccupations écologiques et d'un intérêt pour les espaces intérieurs, que l'on serait tenté d'attribuer aux effets du LSD, l'évolution même de la technologie qui ne cesse d'élargir la palette des sons disponibles — tout cela contribue à transforer ce qui était hier une musique de danse pour adolescents en un vecteur pour des idées nouvelles ou révolutionnaires — et pas seulement sur le plan politique.

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    La SF tient naturellement une place de choix dans ce formidable bouillonnement de sons, d'images et d'idées. Jimi Hendrix déclare venir de la planète Mars, les Byrds intitulent un album « Cinquième Dimension » (Fifth Dimension, 1966), Frank Zappa s'inquiète de la police de la pensée (« Who are the brain police? », 1966), le Pink Floyd de Syd Barrett grave dans le vinyle un éblouissant voyage spatial (« Interstellar Overdrive », 1967), Paul Kantner, bien rodé par les nombreuses chansons inspirées par la SF qu'il a écrites pour Jefferson Airplane, s'interroge sur l'avenir de l'homme dans un concept-album (Blows Against the Empire, 1970), King Crimson met en musique l'épitaphe de l'homme schizophrène du XXIe siècle (« 21st Century Schizoid Man », 1969) et Van Der Graaf Generator celle des voyageurs stellaires confrontés aux effets de la Relativité (« Pioneers Over C », 1970). Les noms des groupes eux-mêmes reflètent l'omniprésence de la SF et des genres connexes comme la fantasy : Commander Cody & his Lost Planet Airmen, Gandalf, les Hobbits, Cosmic Rock Show — et même H.P. Lovecraft ! La SF imprègne désormais le rock et ses dérivés naissants ; une culture populaire se déverse dans une autre culture populaire.

 

Roland C. Wagner

20.10.2007

Science-fiction 2001 : Mort et renaissance du futur (6)

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La Fabrique des possibles

 

    C'est un fait : pour concevoir le futur, il faut se faire une idée du présent. Il faut pouvoir s'en détacher pour l'observer.

    Il faut être capable de l'analyser, de dire « c'est comme ça que ça fonctionne » — par exemple : l'industrie produit des gaz à effet de serre et « c'est comme ça que ça se passera si… » Les glaciers fondront, le climat sera modifié, cela entraînera telle et telle conséquences dans telle région du globe. Ou bien : si la population augmente, voilà à quoi ressemblera le monde — cela donne Tous à Zanzibar de John Brunner.

    Bref, pour faire de la SF, il ne faut pas se contenter d'intégrer des concepts scientifiques à la description de l'époque. Il faut oser aller au-delà. Il faut intégrer ces concepts pour les transcender. En résumé, il faut oser sortir de la bulle de présent.

    Mais ce n'est pas facile. Cela nécessite d'avoir du recul sur son époque, et d'assumer la vision qu'on en a.

    Or, sélectionner des faits et les rassembler dans des théories, ou construire des paradigmes, n'a jamais été aisé. Cela le devient encore moins quand les découvertes et les innovations se succèdent à un rythme effréné, ou quand l'histoire semble bégayer ses pires moments.

    Le plus simple, pour parler du futur, c'est souvent d'utiliser les créations des générations précédentes. Les « possibles » de la définition de John Clute découlent des moyens dont nous disposons pour comprendre le monde, qu'il s'agisse de l'astronomie, de la physique ou de la chimie. C'est ainsi que sont apparus cyborgs, androïdes, lasers, hyperespace, extraterrestres, vaisseaux spatiaux, villes sous globe, monstres et mutants : toute la merveilleuse quincaillerie du genre, toutes ces icônes qui rebutent tant ceux qui les assimilent à une esthétique trop populaire pour être artistique.

    Ils ont fait les beaux jours de quantité de romans et de nouvelles, et parce que ce sont des créations efficaces — au sens où elles parlent à l'imagination et à la sensibilité — elles le feront encore longtemps.

    On peut aussi, soit qu'on n'aime pas la quincaillerie, soit qu'on n'ait pas beaucoup d'imagination, crier au loup et courir en rond. Mais le nihilisme, même s'il a du talent, n'en reste pas moins un animal au front bas. 

    Je préfère les auteurs qui regardent les choses en face. Oser tenir le monde à distance, oser l'observer et dire « c'est ainsi que je le vois » — au risque d'affronter la critique — oser créer, jouer, inventer des possibles, autant pour faire réfléchir que pour divertir et amuser — c'est ce que j'attends de la science-fiction, et c'est ce qu'on fait les auteurs réunis dans les pages d'Escales 2001.    

 

Sylvie Denis

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