29.03.2009

La plaie

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Nathalie Henneberg

L'Atalante, 1999

(Hachette, 1964)

 

Roman épique, grandiose par sa démesure, éblouissant par son style, les qualificatifs ne manquent pas à propos du chef-d'œuvre de Nathalie Henneberg qui, curieusement, ne connut qu'une seule réédition depuis sa sortie, en 1964.

Le récit s'ouvre au moment de la condamnation à mort d'Airth Reg, alors qu'il s'apprêtait à sauver l'univers. Au xxxe siècle, le mal absolu est enfin identifié. Il s'agit d'un virus, qui a contaminé la Terre à différentes périodes de son histoire et dont l'origine ne serait même pas extraterrestre mais extratemporelle, voire issue d'un autre espace-temps. On l'appelle la Plaie ou la Ténèbre. Identifié, il n'a cependant pas de visage. Ses agents propagateurs, les Nocturnes, ne sont jamais clairement décrits même si les protagonistes qui s'opposent à eux les voient. La Terre attaquée risque de succomber  ; les seuls opposants crédibles à la Plaie sont les mutants, plus particulièrement ceux capables d'affecter le temps, car c'est sur ce plan-là qu'il importe de chasser le virus.

medium_plaie1.JPG Airth est probablement le plus puissant des mutants, mais il l'ignore encore. Deux jeunes filles, dont on suit la trajectoire dans la première partie du roman, se joindront à sa croisade  ; Villys et Thalestra, aux caractères bien tranchés, mutantes unies pour la bonne cause, se jalousent cependant pour l'amour d'Airth. D'autres protagonistes hauts en couleurs parsèment le récit, Lès Carroll, intrépide astronaute, le savant Orozov, l'ambigu Ralp Valeran qui complote pour le pouvoir... La quête est jalonnée de quelques beaux épisodes, comme la Fosse aux Cygnes où le temps et l'espace sont à ce point distordus que des images du passé apparaissent comme des fantômes.

medium_plaie2.jpg On est parfois frappé par la modernité de certaines idées  : Henneberg joue avec les univers parallèles et évoque sans les nommer ou en usant du vocabulaire disponible à l'époque ce qui ressortit aux manipulations génétiques et à l'informatique. Mais il faut remarquer qu'elle manipule ainsi un matériau poétique plutôt que des concepts scientifiques. Si le livre a vieilli sur quelques points mineurs, sa charge émotive est intacte  ; la splendide écriture, haute en couleurs, au lyrisme parfois excessif, finit par faire mouche.

Quête d'absolu, réflexions philosophiques sur la nature du mal, considérations sociales au hasard des escales sur des mondes étranges, l'imposant roman de Nathalie Henneberg est avant tout à lire pour son formidable pouvoir d'évocation, pour les images qu'il déploie dans l'esprit des lecteurs. On a souvent dit de ses romans qu'il s'agissait de space-operas flamboyants. Trente-cinq ans plus tard, ce flamboiement est intact.

 

Claude Ecken

18.03.2009

Le Chant du Cosmos

at098.jpgChroniquant Un Feu sur l'abîme de Vernor Vinge dans les pages de Bifrost, Philippe Boulier remarquait que le seul moyen d'écrire du space opera aujourd'hui, le matériau étant si ringard, consistait en une approche parodique telle que pratiquée par Red Deff. Avec un titre comme Le Chant du cosmos, qui en évoque tant d'autres, l'ombre de Red Deff ne peut que planer sur ces mondes improbables et ces extraterrestres aux mœurs impossibles On en trouve autant que de traits d'humour, à tous les niveaux du récit. Ainsi cette remarque très secondaire à propos d'un logiciel domotique : « Des fois, il fonctionne un peu de travers, à cause d'un virus qu'il a récolté en échangeant des données avec un réseau infecté durant l'épidémie de grippe virtuelle de 42...  ».

Mais le roman reste très wagnérien par les thèmes qu'il exploite et la structure de l'intrigue. Il doit beaucoup à Cette Crédille qui nous ronge, pour les principaux motifs, considérablement développés ici, mais aussi aux Futurs Mystères de Paris : violence rare, ayas se manifestants sur de multiples supports, pouvoirs psychiques en relation avec les vibrations de l'univers.

jl8069-2006.jpgIci, les Penseurs dotés d'un talent psi se livrent au « Jeu », un combat mental qui perd sa dimension sportive quand il est perturbé par les Incisifs prêts, pour gagner, à transformer leurs adversaires en légumes. Sur Diasphine, le jeune Océanien Yeff, éduqué par sa muse, Clyne, devient un champion jusqu'à ce qu'il affronte un Incisif dont les buts réels dépassent de loin le Jeu. Le maèdre, la mignonne peluche qui choisit de suivre Yeff (et qui rappelle d'autres créatures wagnériennes), n'est pas qu'un amusant animal de compagnie mais une clé du mystère. Cette première intrigue n'est qu'un élément d'une affaire plus vaste concernant les agissements frauduleux d'une importante société interplanétaire, lesquels s'inscrivent dans un complot plus vaste encore. La résolution de ces énigmes permet de jeter un regard nouveau sur la nature même de l'univers : le monde, chez Wagner, n'est pas qu'une toile de fond sur laquelle s'agitent ses personnages. Il est le sujet principal, et l'intrigue le révélateur menant à son interprétation, laquelle vise régulièrement à édifier une synthèse spiritualiste et matérialiste de l'univers. Il est d'ailleurs toujours réjouissant de lire les habiles théories que brosse l'auteur pour concilier le parapsychique et la physique, ici en faisant appel au bruit de fond de l'univers et aux vibrations des particules.

Le récit se déroule sur trente ans et sur autant de planètes que de sauts narratifs  : ce n'est pas le moindre mérite de ce roman que d'étaler une intrigue dans le temps plutôt que d'accumuler les concours de circonstances permettant de la condenser. Ce parti pris est celui qui convient le mieux à un space opera : s'il dilue le suspense, il donne à l'univers toute sa chatoyante ampleur, une dimension ludique et exotique qu'il serait dommage de gâcher.

 

Claude Ecken

16.03.2009

Le Printemps russe

Casus Belli n° 70, juillet-août 1992

 

denoel-pres24952.jpgNorman Spinrad

Russian Spring (1991)

 

Un nouveau Spinrad c'est toujours un événement. Depuis la mort de Dick, il y a déjà dix ans, Spinrad est, avec Silverberg, l'ateur amériain le plus intéressant, le plus oroche de notre sensibilité européenne. Et le fait qu'il vive à Paris depuis quatre ou cinq ans ne fait que renforcer cette caractéristique.

Le Printemps russe se situe dans la droite ligne de Rock Machine et des Années fléaux. Une SF à court terme, solidement ancrée dans la réalité contemporaine. Mais ici, pour la première fois, Spinrad a été rattrapé et dépassé par l'histoire avant même la parution du roman aux États-Unis — et à plus forte raison en France. Cela dit, je rappelle qu'un écrivain de SF n'est pas un futurologue ; il ne prétend nullement prédire quoi que ce soit , l'argument de tout roman de SF digne de se nom oeut eneffet se résumer à une phrase commençant par "Et si"… Dans le cas présent, à la vision des récents événements dans les pays de l'Est, ce serait : "Et si Gorbatchev avait pu poursuivre son œuvre de libéralisation dans une URSS communiste ?" Roman prospectif lors de sa rédaction, Le Printemps russe est devenu une uchronie au moment de sa parution, ce dont Spinrad s'explique dans une intéressante préface. Et, je vous rassure, ce "glissement" n'a eu aucune incidence sur la qualité du livre, bien au contraire !

pdf567-1996.jpgLa structure du roman, divisé en trois parties — L'automne américain, Le printemps russe et le Printemps américain —, parle d'elle-même. Jerry Reed, ingénieur à la Nasa, est contacté par l'Agence spatiale européenne pour travailler sur le projet de navette spatiale de la CEE. À Paris, il rencontre Sonia Garagrine, semi-espionne soviétique. Tous deux tombent amoureux l'un de l'autre et se marient. On les retruve une vingtaine d'années plus tard, toujours à Paris. Ils ont eu deux enfants : un garçon qui ne rêve que d'aller aux U$A et une fille fondamentalement prosoviétique. Leurs aventures dans leurs pays de prédilection respectifs — ainsi que les ennuis que doivent affronter leurs parents — forment l'ossature de la deuxième partie, ce qui done à Spinrad l'occasion de décrire des États-Unis paranoïaques, protectionnsites, qui se rplient à l'abri de l'Étoile d'Amérique — une sorte de super projet Guerre des Étoiles — et une URSS dynamique, toute entière tournée vers l'avenir, qui lorgne de plus en plus vers la CEE. Quant à la troisième partie, je préfère ne rien vous en dire, sinon qu'elle est construite autour d'un suspense politique haletant, dont le déroulement et la conclusion ne sont pas sans rappeler certains romans plus anciens de Spinrad, mais aussi les techniques utilisées par Robert Heinlein dans, par exemple, Citoyen de la Galaxie ou Révolte sur la Lune.

foliosf007.jpgComment ? allez-vous me dire. Comparer un gauchiste comme Spinrad à ce vieux fasciste de Heinlein ? D'abord, ce dernier n'est pas fasciste, mais libertarien, une forme d'anarchisme de droite, et il a même eu des sympathies socialisantes dans les années trente. Ensuite, n'a-t-il pas écrit En Terre étrangère — qui fut l'un des livres de chevet des Merry Pranksters, précurseurs des hippies ? Enfin, sur le plan de l'écriture et de la technique littéraire, c'est un auteur important, voire fondamental, qui a marqué plusieurs générations d'écrivains — dont notamment celle de Spinrad, qui n'a pu éviter d'être influencé par celui dont on disait qu'il était l'auteur de SF par excellence.

pdf568-1996.jpgDans Le Printemps russe, cette influence de Heinlein est évidente. Laissons de côté l'aspect idéologique pour nous inétresser aux thèmes et personnages. la façon dont Spinrad décrit la colonisation spatiale — avec sérieux et réalisme — n'est pas sans rappeler les meilleures pages prospectives de L'Histoire du Futur, même si près d'un demi-siècle sépare les deux œuvres. De même, choisir de mettre en scène des adolescents en voie de devenir adultes rappelle la démarche de Heinlein dans ses juveniles. Et puis, il y a cette limpidité d'écriture, cette clarté dans les decsriptions psychologiques qu'on aimerait voir plus souvent dans des ouvrages de SF…

foliosf008.jpgParler au sujet du Printemps russe d'un "Autant en emporte le vent de la Grande Europe en marche", comme le fait le quatrième de couverture, n'est qu'un argument publicitaire vain qui peut induire le lecteur en erreur. On est loin du romantisme puéril du roman de Margaret Mitchell. Le Printemps russe, ce serait plutôt une sorte de fusion parfaitement réussie entre les thèmes spinradiens habituels, l'amorce d'un nouvel état du monde ert une vision post-heinleinienne de l'avenir de l'espèce humaine. À ce titre, la chute, quoique surprenante, entre dans le cadre d'une logique implacable, posée dès les premières pages.

Constat de la dégradation des U$A — un grand pays gouverné par des imbéciles ou des criminels, voire les deux — et de l'émergence d'un renouveau intellectuel en Europe, Le Printemps russe , en balayant les clichés usagés dont on nous rebat les oreilles depuis la chute du Mur de Berlin, a le mérite de présenter une vision du XXIe siècle d'une lucidité rare.

 

Roland C. Wagner

15.03.2009

Lunatique spécial Michel Demuth

eons0357-2007.jpgDécédé en septembre 2006, Michel Demuth fut une grande figure de la science-fiction française, par son œuvre comme ses activités éditoriales. L'hommage qui lui est ici rendu par Richard Comballot et Jean-Pierre Fontana, ami de longue date, comprend deux interviews réalisées par les susnommés (dont celle parue dans Bifrost n°25) et une bibliographie d'Alain Sprauel (tout autant parue dans Bifrost n°25). La couverture est bien sûr signée Philippe Druillet (peu inspiré), avec qui il réalisa Yragaël. Le reste de ce copieux hors série laisse la parole à l'auteur qui avait séduit plusieurs générations avec « Les Galaxiales », un cycle de nouvelles contant une ambitieuse histoire de futur (publié en deux volumes chez J'ai Lu, le troisième et ultime volet de la saga n'ayant jamais été achevé par l'auteur). Les nouvelles du début et de la fin de sa carrière alternent avec les articles critiques consacrés à Cordwainer Smith et Robert Sheckley, et, dans un registre plus léger, aux illustrations érotiques de Raymond Bertrand et à l'aventure de la revue coquine Paris Hollywood.

Parmi les textes des années 58-59, on remarque les influences (revendiquées) de Sheckley et Vance dans « Marginal II » (deux astronautes commercent avec des extraterrestres) et « Niralia » (l'amoureux d'une extraterrestre aperçue lors de ses explorations d'univers parallèles tente de trouver celui où ils seraient heureux ensemble). Deux nouvelles se rattachant au même cycle, « Translateur » et « Mnémonique », mettent en scène des humains se déplaçant instantanément à travers l'espace grâce aux propriétés des Bleutés, des cristaux permettant la téléportation. A la dimension aventureuse du premier récit fait suite un texte plus poétique où perce déjà le styliste de la maturité. Vance est encore décelable dans « Les Climats », où, sur une planète de villégiature qui reproduit les climats et paysages à la demande du client rôde un ennemi extraterrestre pris en chasse par les vacanciers.

La sélection suivante permet de découvrir un Demuth plus intimiste, qui rend, avec « Le Monde terne de Sébastien Suche » un très bel hommage à sa littérature de prédilection, la science-fiction, et se révèle très autobiographique dans « The Fullerton Incident » : l'auteur apparaît sous la forme d'un fantôme revenu dialoguer avec son épouse. On le voit également s'essayer à la littérature policière avec sa seule mais brillante incursion dans le domaine : « Jérôme et la nymphette », qui fait d'un pédophile un héros. Raconté du point de vue du pervers sexuel, ce texte de 1964 fait preuve d'une belle modernité.

En revanche, « Intervention sur Halme », daté de 1967, reste dans l'esprit et le registre de l'époque, avec une complexe histoire d'espionnage politique sur des mondes éloignés du pouvoir central. « Yragaël ou la fin des temps vers 3200 » est une Galaxiale fort éloignée de la version BD et, enfin, « Dans Le Ressac électromagnétique », paru en 2002, est un magnifique récit où le style de Demuth, débarrassé de toute fioriture et concentré sur l'essentiel, nous fait regretter qu'il ait si rarement repris la plume, et ne soit pas donné la peine d'achever son grand œuvre.

 

Claude Ecken


 

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13.03.2009

De la jungle à Mars, de Tarzan à John Carter

Casus Belli n° 46, troisième trimestre 1988 :

 

amz27.jpgVingt-six romans, une cinquantaine de films, des miliers de strips et de planches de comics ont fait de Tarzan l'un des plus grand smythes du XXe siècle, voire une référence quasi universelle. Au point qu'il en arrive qu'on oublie le nom de son créateur et, à plus forte raison, les autres personnages qu'il créa.

Edgar Rice Burroughs, né à Chicago, voit ses études contrariées ar la maladie durant son enfance. Tout d'abord cow-boy dans l'élevage de ses frères, il entre dès ses seize ans à l'académie militaire du Michigan, échoue à l'examen d'etrée à West Point et s'engage en 1896 dans le Septième de Cavalerie… qu'il quittera l'année suivante (1).

 

 

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Dans les pages des pulps

 

bl307.jpgAprès s'être marié en 1900 et avoir exercé diverses professions, il publie en 1912 et sous pseudonyme Under the Moons of Mars, premier titre des aventures de John Carter, qui sera aussitôt suivi de Tarzan of the Apes, où il introduit qui vous savez. Dès lors, c'est un déferlement presque ininterrompu de romans d'aventures qui auront pour théâtre aussi bien la jungle africaine que Mars, Vénus ou Pellucidar, monde étrange situé à l'intérieur de la Terre. Au total, plus d'une centaine de romans et nouvelles qui, jusqu'en 1940, paraîtront dans les pages des pulps, ces revues bon marché qui furent le berceau de la SF.

Comme celles de beaucoup d'auteurs dits populaires, l'œuvre de Burroughs est divisée en cycles, dont celui de Tarzan (quarante-trois romans et nouvelles) est bien entendu le plus connu. Les aventures de John Carter sur Mars occupent la seconde place avec seize textes, dont onze romans.  Viennent ensuite Pellucidar (six romans (2), quatre nouvelles), le cycle de Vénus (trois romans, cinq nouvelles) et celui de la Lune (trois volumes). Sans compter les westerns, romans historiques, préhistoriques, de science-fiction et, bien entendu, quelques aventures de jungle…

 

Traductions françaises incomplètes

 

EGB_003_Martian_0345324536.01.LZZZZZZZ-thumb.jpgDe cette masse littéraire conséquente, nous n'avons eu jusqu'ici qu'un aperçu partiel. Publiés avant-guerre dans Mickey, Robinson ou Hop-Là, puis au CLA ou chez Lattès à la charnière des années 60 et 70, les cycles de Burroughs n'ont jamais connu d'édition intégrale dans notre beau pays (3).

Par bonheur, depuis quelques années, des éditeurs enthousiastes ont entrepris de combler cette lacune. Tout d'abord les éditions Antarès qui, après la publication d'un roman isolé, L'Odyssée barbare, ont édité l'intégralité du cycle de la Lune, une partie de celui de Vénus et deux aventures de John Carter, reprenant ce personnage là où l'avait abandonné Lattès. Puis NéO, grand fournisseur d'œuvres complètes, dont l'édition intégrale des aventures de Tarzan vient d'atteindre son huitième volume (4). Et voici qu'Albin Michel vient de se convertir églement à Burroughs avec la parution des deux premiers tomes du cycle ayant pour cadre Barsoom, La Princesse de Mars et Les Dieux de Mars.

 

 

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Le Cycle de Barsoom

 

mars7.jpgEn 1866, John Carter, ex-officier de cavalerie devenu chercheur d'or — deux des multiples métiers exercés par E.R. Burroughs —, se réfugie dans une caverne pour échapper aux Indiens qui le poursuivent. Une étrange vapeur se répand, le plongeant dans une semi-inconscience, son regard est attiré par la planète Mars… Et notre héros se dédouble suivant laplus pire tradition spirite pour aller s'incarner sur Mars — ou Barsoom, comme la nomment ses habitants.

Barsoom est un vieux monde asséché, peuplé d'un nombre ahurissant de races, des guerreiers verts à quatre bras que John Carter rencontre dès son arrivée, aux Rouges, parfaitement humains, qui entretiennent artificiellement l'atmosphère de Mars, en passant par les Therns — blancs et cannibales —, les pirates noirs venus des deux lunes, les jaunes du pôle nord, les hommes sans tête, etc. Mars/Barsoom est un kaléidoscope de peuples qui semblent n'avoir qu'une idée en tête : s'entretuer.

Face à cet univers éminemment hostile, John Carter possède un avantage : la gravité de Barsoom étant du tiers de celle de la Terre, sa force en est multipliée d'autant. Ce qui lui permettra de défaire le géant vert Tars Tarkas, qui deviendra son ami, puis d'aider la ville rouge d'Hélium dans sa lutte contre Zodanga… et, accessoirement, de séduire Dejah Thoris, fille du jeddak d'Hélium. Voilà pour le premier volume, à la fin duquel John carter se retrouve sur Terre, toujours sans l'avoir demandé, alors que Barsoom est sur le point de mourir d'asphyxie suite à l'interruption du fonctionnement de l'usine atmosphérique. Les suivants se consacreront plus en détail à l'exploration de cette planète où une science très avancée (les Rouges possèdent des appareils volants propulsés par le "huitième rayon du spectre solaire", s'éclairent à l'aide du radium et produisent de l'oxygène à partir du neuvième rayon du spectre précité) côtoie la barbarie le plus profonde. Sans le savoir, avant même l'apparition du terme science-fiction et de l'acception moderne du terme fantasy, Edgar Rice Burroughs avait réussi à fusionner ces deux appellations.

 

Le père de la science-fantasy

 

Tarzan_17012004.jpgOn pourrait schématiser grossièrement la science-fantasy comme un sous-genre qui met en scène magie et combats à l'épée dans un univers possédant une technologie avancée. Sous-genre qui devait se développer tout au long des soixante-dix ans d'histoire de la SF pour aboutir, entre autres, aux romans de Jack Vance et de Philip José Farmer (5). Burroughs a longtemps pesé — à juste titre — sur l'imaginaire collectf. L'esprit de son Barsoom imprègne les œuvres de jeunesse de Catherine L. Moore (6), ainsi que l'extraordinaire Livre de Mars de Leigh Brackett. Moorcock lui-même, avec la trilogie du Guerrier de Mars, se réfèrera ouvertement à Burroughs. Et van Vogt, dans son Monde des non-A, plantera sur vénus les arbres géants imaginés par le créateur de Tarzan dans le cycle consacré à cette planète. De bien beaux hommages comme on aimerait eh voir plus souvent.

 

Roland C. Wagner


(1) Les détails relatifs à la biographie de Burroughs sont tirés de l'excellent article de Francis Lacassin paru dans Encrage n° 11.

(2) Dont Tarzan au cœur de la Terre, qui établit un lien entre les deux cycles.

(3) Même celle de Pellucidar, préfacée par Francis Lacassin, omet les nouvelles annexes.

(4) Précisons qu'il s'agit de la première traduction intégrale de ce cycle, qui a été menée à son terme depuis la rédaction de cet article.

(5) Notamment la saga des Faiseurs d'univers.

(6) Shambleau, éditions J'ai lu.

11.03.2009

Marlène Dietrich et les bretelles du Père éternel

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Pierre Stolze

Hors Commerce, 2002


En 1924, deux archéologues américains arpentent les déserts d'Asie Centrale à la recherche d'une cité merveilleuse. A la différence de Jansen, acharné à récupérer l'Ultime Joyau, Sobaros est plus sensible aux charmes de la belle Xiren, descendante directe d'un souverain mongol du XVIIe siècle, et qui se reproduit à l'identique génération après génération. La statue qui la représente en reine des rats est convoitée par de multiples factions mais disparaît, en même temps que l'Ultime Joyau qu'elle recelait, à présent dissimulé dans une paire de bretelles que, vingt ans plus tard, un tortionnaire nazi recherche activement dans les camps de concentration...
Passé les deux tiers du roman, le rapport avec la science-fiction de ce passionnant récit d'aventures, d'une érudition sans faille, reste peu évident, jusqu'à ce que Pierre Stolze décide, dans la troisième partie, de nouer les fils de cette trame passablement complexe, et de les relier aux deux précédents volumes. On retrouve donc Peyr de la Fièretaillade, alias le Père Noël, époux de Marilyn Monroe, son ennemi Raspoutine alias le Père Fouettard, dans la cité romaine du désert de Désespérance, sur la planète Echo, au milieu d'enfants capables de se diriger dans les couloirs de l'espace-temps et sur qui veillent des samouraïs clonés.

 

Ce dernier volet de la trilogie aurait dû s'intituler « Brigitte Bardot et les bretelles du père éternel ». Mais la crainte d'un procès et de droits à payer ont privé l'auteur de sa déclinaison d'initiales doubles suivies d'un « O » final (Marilyn Monroe, Greta Garbo, Brigitte Bardot). Le souvenir de celle-ci subsiste cependant dans la mention des initiales B.B., qui désignent ici le terme allemand utilisé pour la liquidation des juifs durant la seconde guerre mondiale.

 

Qu'importe le titre ! Une fois de plus, Stolze nous bombarde d'images exotiques et de récits hétéroclites sans jamais perdre le fil de son intrigue ni faiblir dans le rythme de la narration. De cette concaténation de savoirs, il tire des effets aussi saisissants que jubilatoires. Le style et le vocabulaire sont de la même eau : les finesses d'esprit alternent avec les propos relâchés, Stolze distillant le tout avec la gourmandise d'un plaisantin acharné à surprendre sans dérouter. On appréciera de même la construction de l'ouvrage, où les événements se répètent discrètement (l'enfant tirant le protagoniste par la manche, l'attaque des rats), comme si cette structure secrète donnait à ces épisodes échevelés l'assise invisible dont ils ont besoin. A la façon des auteurs d'Astérix, Stolze mène son récit à plusieurs niveaux : linéaire pour une lecture au premier degré, il accumule des blagues de potache au second tout en distillant de savants clins d'œil à l'adresse des intellectuels. On peut donc tout aussi bien s'amuser de voir passer le commissaire Maigret dans ces pages qu'apprécier la très rimbaldienne allusion glissée dans « C'est l'aube et je tombe au bas d'un bois » sans être aucunement incommodé à la lecture.

 

Un feu d'artifice aussi jouissif que brillant !

 

Claude Ecken

08.03.2009

Mémoire

Casus Belli n°49, premier trimestre 1989

 

laffont-ad05663-1988.jpgMemories (1987)

Mike McQuay

Robert Laffont, 1988

 

Je ne sais rien de Mike McQuay, sinon qu'il a écrit Mémoire, un roman — son dixième, d'après le prière d'insérer — que vient de publier Gérard Klein dans sa collection Ailleurs & Demain. À première vue, Mémoire n'intéresserait pas un maître de jeu. Les paradoxes temporels sont difficiles à manier dans le cadre d'un jeu de rôles, ceux qui ont tenté de s'en dépêtrer en savent quelque chose. Mais, une fois terminée la lecture de ce gros volume de 430 pages, on réalise qu'il s'agit d'une véritable mine de scénarios. Tant l'univers futur post-cataclysmique évoqué tout au long de l'histoire que les scènes situées à,l'époque anpoléonienne possèdent cette force d'évocation qui ne manuera pas de titiller l'esprit du MJ. Quant à l'idée maîtresse, elle renouvelle intelligemment le vieux thème du voyage temporel. cette fois-ci, pas question de machines sophistiquées ; on utilise une drogue qui permet de remonter dans la mémoire ancestrale de l'individu. AInsi, un mercenaire du futur s'empare du corps de Bonaparte dont il est l'un des lointains descendants. Une scientifique venue du futur cauchemardesque signalé plus haut et l'un de ses ancêtres, un psychiatre contemporain, vont essayer de l'empêcher de changer l'histoire. Dès lors, c'est un véritable tourbillon dans lequel est emporté le lecteur — un tourbillon qui débouche sur une chute d'une logique implacable. Un très grand livre de SF, qui donne envie de masteriser une partie en employant les règles de plusieurs JDR — chacun correspondant à une époque donnée. À noter également, pour les wargameurs, une excellente documentation au sujet des campagnes de Napoléon.

 

Roland C. Wagner

Poupée aux yeux morts

FnSf38.jpgRoland C. Wagner

Fleuve Noir (1988, 1998)

 

Premier roman ambitieux de Roland C. Wagner, après Le Serpent d'angoisse et Un Ange s'est pendu, Poupée aux yeux morts, qui comprenait dans sa première édition trois volumes, conte les tribulations de Kerl, un voyageur de l'espace qui, à la suite d'une panne sur son vaisseau, a vieilli durant le trajet. Ce septuagénaire tente de retrouver Sue, la bien-aimée qu'il a délaissée cinquante ans plus tôt, laquelle n'a paradoxalement pas pris une ride depuis qu'elle a été conditionnée pour devenir une prostituée.

FnAnt1649.jpgCette quête sentimentale se double vite d'une autre, à l'échelle cosmique. En effet, la rationalité est de plus en plus souvent prise en défaut : il semble qu'une autre logique venue du fond de l'espace, la Perturbation, progresse vers la Terre. Les premiers éléments de cette menace sont donnés à Kerl par l'intermédiaire d'un Fouinain, un extraterrestre dont le physique comique ne masque que mieux l'étendue des pouvoirs psychiques. C'est cependant à l'astronaute de rassembler en un tout cohérent les indices qu'il glane au cours de péripéties rocambolesques ; les Matraqueurs, qui hantent le métro et FnAnt1654.jpgs'expriment en langage minimaliste, les Salvoïdes, clones dont la fonction même de faiseurs d'horribles jeux de mots est un mauvais jeu de mots, les Transylvaniens qui dansent en effectuant de courts sauts dans le temps, les Néopurs, ex régime fort mais encore puissant, d'un puritanisme exacerbé, renversé par la Rationalité et sa rigidité scientifique, comme d'autres extraterrestres ou d'autres personnages attachants, constituent, parfois sans en avoir conscience, un élément du puzzle. Références musicales et littéraires, principalement de Science-Fiction, culturelles en ce qui concerne les images du vieux Paris, scientifiques par rapport à la Perturbation sont autant de détails qui portent l'intrigue à un point d'ébullition.

FnAnt1659.jpgL'art littéraire de Roland C. Wagner est de manipuler conjointement le motif et la trame. Comme dans Les Futurs Mystères de Paris, que ce roman préfigure, chaque motif de son puzzle répète un élément de la trame globale.

Comme toujours chez Wagner, l'action est rapide et échevelée, de multiples personnages se croisent, se perdent et se retrouvent, d'innombrables idées et postulats sont agités, concaténés pour finalement accoucher d'une théorie unifiée d'un univers imaginaire aussi foisonnant dans sa complexité que cohérent dans son ensemble. On sort d'une telle lecture un peu étourdi, mais ravi, ébloui par ce numéro d'équilibriste. Une réédition essentielle (1).

 

Claude Ecken

 

(1) Critique écrite en 1998. Le roman a connu en 2002 une réédition remaniée au Livre de Poche sous le titre L'Œil du fouinain, dont le texte est téléchargeable ligne ici sous licence Creative Commons by-nc-nd.

 

 

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05.03.2009

Les Pêcheurs du ciel

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Tim Powers

An epitaph in rust, 1976

J'ai lu (1997)

 

Il était une fois trois jeunes gens aspirant à devenir écrivains qui avaient Philip K. Dick pour ami. Cela se passait au milieu des années 70, en Californie. Depuis, tous trois sont devenus des écrivains de premier plan, chacun dans son — ou ses — styles. James Blaylock, maître du steampunk et merveilleux auteur de fantasy (1), est sans doute celui sur qui l'influence de l'auteur d'Ubik est la moins visible. A l'inverse, K.W. Jeter s'est avéré le plus ouvertement dickien des trois (2), même s'il semble aujourd'hui se consacrer quasi exclusivement à la littérature d'horreur. Tim Powers, enfin, a développé l'une des œuvres les plus personnelles de cette fin de siècle, mêlant les genres avec maestria dans Les voies d'Anubis ou Le palais du déviant, avant de se tourner vers un fantastique contemporain bien différent de celui pratiqué par Jeter.

Les pêcheurs du ciel, son second roman, se déroule dans une Amérique balkanisée. Thomas, un moine en fuite, entre dans une troupe de théâtre, où il prend le nom de Rufus Penninck. S'il fuit, c'est parce qu'il a pêché dans le ciel un homme-oiseau, à qui il a volé le butin contenu dans sa poche ventrale. Ces créatures nées de l'ingénierie génétique sont employées comme percepteurs par la mairie de Los Angeles, car elles ont tendance, telles les pies, à s'emparer de tous les objets brillants passant à leur portée. Il suffit de tendre de temps à autre de grands filets pour les capturer, puis de vider leur poche ventrale pour collecter les impôts ; on peut se demander si cette méthode est vraiment efficace, à en juger par la poignée de verroterie que récupère Thomas.

Dans ce monde improbable, ce sont des androïdes herbivores qui assurent la police. A l'heure du déjeuner, ils se déshabillent et se mettent à quatre pattes pour brouter. Parfois, certains d'entre eux gonflent, à cause du méthane; il suffit alors de leur décocher une flèche enflammée pour les faire exploser.

Il y a dans ces deux exemples — et surtout dans le second — un irrésistible côté blague de potache, ou plutôt d'étudiant étatsunien des années 70. La grande époque de la contestation et de la contre-culture sont encore fraîches dans les mémoires lorsque Tim Powers écrit Les pêcheurs du ciel. On peut supposer que la balkanisation des USA relève de cette même logique, peut-être inconsciente. Au lieu d'être bafouée, l'autorité a simplement éclaté, pour des raisons mystérieuses ; l'Empire américain s'est effondré.

Le roman a tout d'un collage, dont certains éléments annoncent néanmoins les œuvres à venir de Powers. Ainsi, les hommes-oiseaux collecteurs d'impôts ne dépareraient-ils pas dans Date d'expiration, et certains aspects du personnage de Thomas/Rufus lui donnent un air de première mouture — ou de version light — du William Ashbless des Voies d'Anubis. D'autres détails, comme on l'a vu, relèvent plus directement du Zeitgeist de l'époque d'écriture du livre, tandis que l'intrigue suit la tradition du roman populaire. Il ne faut pas non plus négliger l'influence dickienne, qui transparaît notamment dans le rôle majeur joué par les androïdes, tout en imprégnant subtilement tout le roman. Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? n'est jamais loin, non plus que Coulez mes larmes, dit le policier… Et le personnage de Pat, plus développé, aurait été tout à fait à sa place dans Substance Mort, qui était alors en cours d'écriture. On l'aura compris, Tim Powers en est encore à chercher ses marques.

Dans sa présentation, l'éditeur américain des Pêcheurs du ciel évoque le concept de « gonzo fiction », technique d'écriture basée sur une intrigue frénétique, qui ne laisse jamais le lecteur en repos. A en juger par les auteurs qu'il cite en exemple, il semblerait qu'il y ait là une continuité qui dépasse la simple méthode de travail, et que l'on puisse tracer une ligne d'évolution qui va de van Vogt à Gibson, en passant par des gens aussi divers que Bester, Lafferty, Brunner ou Jeter. En fait, la gonzo fiction, telle que définie dans cette présentation, apparaît comme une manière de traiter l'information et de l'injecter sans en avoir l'air dans un ensemble romanesque souvent frappé du sceau de la dinguerie la plus totale. Mais il semblerait également qu'elle ait été surtout maniée par des auteurs chez qui le cadre socio-politique possède un fond de réalisme (3). Toutefois, van Vogt, Lafferty et Powers font exception à cette règle; chez eux, c'est cette frénésie elle-même qui tient lieu de fil conducteur. Et, en faisant ressortir cet aspect, Les pêcheurs du ciel montre bien, par-delà la richesse des détails et la cohérence des personnages, ce qui constitue la puissance profonde d'œuvres aussi matures que Les voies d'Anubis ou Poker d'âmes.

 

Roland C. Wagner


 

(1) Voir par exemple Le vaisseau elfique, paru chez Rivages.

(2) Madlands constitue un bon exemple de SF post-dickienne.

(3) Ainsi, les deux romans de Bester publiés dans les années 50 sont sans illusion sur la puissance future des transnationales, de même que les œuvres de Brunner à partir du milieu des années 60.

01.03.2009

Les Solariens

MarSF0329.jpgNorman Spinrad

The Solarians (1966)

 

Premier roman de Spinrad, publié en 1969 chez Marabout, Les Solariens est un space-opera en apparence classique, mais qui contient déjà en germe quelques-uns des thèmes qu'il exploitera brillamment par la suite.

La guerre qui fait rage entre les humains, répartis sur quelques centaines de mondes, et les Doglaaris, civilisation belliqueuse fondée sur la logique, donne l'avantage à ces derniers. L'ultime espoir repose sur Forteresse Sol : le berceau de l'humanité s'est en effet isolé du conflit en promettant de revenir avec l'arme qui retournera la situation.

Mais les Solariens venus dans un vaisseau sans défense sont d'autant plus déconcertants qu'ils choisissent le jeune commandant Palmer comme négociateur et présentent un plan à l'issue incertaine, basé sur la manipulation psychique des dirigeants ennemis, qu'on approchera en prétextant une reddition. On comprend la déception des militaires qui comptaient disposer d'une suprématie technologique, et leur attitude dubitative devant la solution retenue.

La révolution proposée par les Solariens est avant tout conceptuelle : la logique informatique, considérée comme le summum du conformisme, est battue en brèche dès lors qu'intervient un événement imprévisible. Au lieu de se battre sur le terrain des Doglaaris, par ordinateurs interposés, il convient de se montrer alogique. La révolution des mentalités dépasse le simple cadre militaire : sur le plan social, le changement, conforme à la contre-culture des années 60, prône l'identité communautaire, l'amour libre, la consommation de substances libérant l'esprit.

Encore fallait-il oser l'écrire. De ce point de vue, Spinrad était déjà ce contestataire iconoclaste bousculant les préjugés. Le livre est plus discret quant au sort final des Doglaaris, qu'on a présentés si radicalement opposés à tout qu'il ne peut rien rester d'eux après la victoire. Une œuvre de jeunesse somme toute sympathique qui se relit avec plaisir.

 

Claude Ecken

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