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culture science fiction - Page 8

  • sur le fait relatif du decret et de l'universite

    Madame Valérie Pécresse, ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, nous présente un décret, dont le but affiché est l'amélioration du niveau et du dynamisme de la recherche française, l'optimisation du fonctionnement de l'Université, sinon sa « compétitivité » internationale, et dont le processus consiste à faire de l'enseignement (ou, plus précisément, du nombre d'heures d'enseignement) une sanction (augmentation) ou une récompense (allègement) de la qualité relative (et non intrinsèque) des productions personnelles de chercheurs français (articles, communications, conférences, recueils, etc). Je me propose de vous démontrer le plus sérieusement du monde, tout en vous amusant, que la réforme proposée ne peut avoir pour effet que la disparition prématurée de tous les enseignants-chercheurs et l'arrêt corrélatif de toute forme de recherche scientifique en France, en moins d'une génération, laissant les étudiants (toutes disciplines confondues) orphelins, et les entreprises (si gourmandes en chercheurs, semble-t-il) fort dépourvues. Pour cela, et parce qu'il ne faut jamais hésiter, lorsqu'on est un universitaire, ou un politique manifestement, à parler de ce que l'on ne connait pas, je m'appuierai sur une interprétation fantaisiste de la théorie einsteinienne de la relativité. Vous voilà prévenus, mon propos sera délibérément iconoclaste et indiscutablement fallacieux. Albert Einstein, en formulant sa théorie de la relativité générale, a montré que la vitesse de la lumière est une constante absolue qui se chiffre exactement à 299 794 kilomètres par seconde. En conséquence, si la vitesse de la lumière est invariable, la distance qu'elle parcourt en un temps déterminé est toujours identique, qu'un observateur soit immobile ou qu'il soit lui-même en mouvement, et ce à quelque vitesse que ce soit. En conséquence, le temps et la distance doivent nécessairement être variables. Autrement dit, l'espace et le temps ne sont pas des constantes. En pratique, cela signifie que plus un observateur va vite, plus sa perception du temps ralentit et plus il se « contracte » dans le sens de son mouvement. Les aiguilles d'une horloge tournent plus lentement, les grains du sablier rechignent à tomber, etc. Bien entendu, cela n'est véritablement sensible qu'à partir du moment où l'observateur se déplace à un dixième de la vitesse de la lumière, soit à quelques 30.000 kilomètres par seconde. Mais, si l'effet est infime, voire imperceptible, en-deça de cette vitesse, il n'en est pas moins réel dès lors qu'on est en mouvement : le coeur ralentit, les secondes, les minutes et même les heures s'allongent, les mètres et les kilomètres se raccourcissent, les objets se rapprochent. Or, un enseignant-chercheur est quelqu'un qui, par la nature même de son travail, passe la plus grande partie de son temps à ne pas se déplacer : lorsqu'il cherche, il est assis dans une salle de bibliothèque, devant une liasse d'archives, ou dans un laboratoire devant un microscope. Il lit, prend des notes, réfléchit, mais bouge finalement très peu, sinon pour aller, de temps en temps, chercher une nouvelle cote dans des fichiers informatisés (dans le meilleur des cas), ou compiler quelques relevés interférométriques (et découvrir, ainsi, une exoplanète semblable à la Terre), quand il ne doit pas rapporter à un archiviste pointilleux des archives que personne d'autre ne consulte (je ne parlerai pas ici des besoins corporels élémentaires que même un universitaire se doit d'affronter). Et, lorsqu'il enseigne, il n'est guère plus mobile : assis à la chaire, face au micro, il ne se lève que rarement pour inscrire quelque orthographe exacte, ou formule complexe, au tableau [qui, jadis, a été] blanc, ou, pour relancer la minuterie de l'éclairage chiche de son amphi, en général vétuste. Certains universitaires, il est vrai, tournent autour de la chaire, micro HF à la main, mais, tels des poissons rouges dans leur bocal, ils finissent toujours par revenir à leur point de départ, à savoir leurs feuilles de cours, ou leur ordinateur portable, vérifiant la connexion filaire au système de vidéo-projection qui, une fois l'an, s'avère opérationnel. Vous en conviendrez donc, substantiellement, un enseignant-chercheur est un être sédentaire, sinon immobile. Et par conséquent, c'est un être qui vieillit plus vite que la grande majorité de la société civile française, même si, comme on l'a dit, l'effet reste généralement imperceptible. Oui, il faut le marteler haut et clair : l'espérance de vie des universitaires est la plus basse de tous les corps de métier, du strict point de vue physique einsteinienne. Les effets de la relativité sur l'enseignant-chercheur sont tous vérifiables : son coeur bat généralement plus vite que la moyenne de la population active (l'absence de pratique sportive régulière accentuant généralement ce problème) ; les heures de cours sont toujours trop courtes pour qu'il puisse expliquer tout ce qu'il aurait voulu à ses étudiants, qui, d'ailleurs, sont toujours beaucoup plus loin de la chaire qu'il ne le souhaiterait ; enfin, les jours passant trop vite, il est toujours stressé par le retard pris sur un article à rendre dans des délais qui s'avèrent, de fait, impossibles à tenir. Ainsi, si les processus organiques d'un système vivant en mouvement témoignent de la dilatation du temps, les talents d'un enseignant-chercheur, toutes ses compétences, son application, et jusqu'à son traitement, sont affectés d'un phénomène de contraction. Y compris lorsque l'universitaire tente de s'opposer à une réforme qui s'avère aller, à une vitesse démentielle, dans la direction exactement opposée à celle qu'il aurait fallu pour sauver l'Université, et précisément, la remettre en mouvement. Bien entendu, du point de vue du gouvernement qui se rue dans cette entreprise exaltante de la réforme d'institutions qu'il ne comprend pas, au contraire, tout semble aller... beaucoup trop lentement ! Et notamment les négociations : pour le ou la ministre, qui court toujours dans tous les sens, surtout lorsqu'il, ou elle, est aiguillonné par un chef de l'Etat hyperactif, les heures s'allongent, les débats sont interminables, et les arguments des enseignants-chercheurs semblent se précipiter sur lui, ou elle, de toute leur justesse arrogante. Résultat : quand, enfin, les réformateurs acceptent, un brin instant, d'interrompre leur agitation frénétique, de ralentir un peu leur marche exaltée vers la « rupture », par exemple pour nommer un médiateur après des semaines de négociations infructueuses, ils se rendent compte qu'à l'Université près de dix années ont passé. La nouvelle génération d'enseignants-chercheurs ne comprend pas le sens d'un réforme qui préconise, à ses yeux, des solutions archaïques (qu'en raison même de leur vitesse, les gouvernants perçoivent toujours, quant à eux, comme fondamentalement novatrices). Oui, entre universitaires croupissants et ministres vrombissants, le consensus paraît impossible. Bien entendu, le raisonnement que je viens de faire peut-être être inversé : si l'on s'intéresse à l'activité intellectuelle, plutôt qu'au déplacement physique, les rapports entre gouvernants et universitaires apparaissent étonnamment différents : des ministres aux secrétaires d'Etat, en passant par tous les rédacteurs de décrets d'application de telle « Loi sur la Réussite de l'Uniformisation », quel que soit le parti auquel ils appartiennent, ou la politique qu'ils affirment servir, tous sont tenus par une cohérence d'action, par le respect d'un programme (en général intenable, à l'instar des délais des articles universitaires, mais le problème n'est pas là). Ils ne doivent pas en dévier, et d'une certaine manière, s'il leur arrive de tergiverser, ce n'est que de manière très ponctuelle. Ils s'en tiennent à ce qui a été annoncé par le chef de l'Etat (ou du moins, affectent consciencieusement de leur faire). Ils sont donc, du point de vue du mouvement intellectuel... immobiles, à l'arrêt, ou pour le dire de façon moins provocatrice, aux ordres ! Les enseignants-chercheurs, en revanche, en vertu de la schizophrénie propre à leur profession bipolaire, sont en perpétuel mouvement, voire oscillation, entre leurs recherches en cours et leurs enseignements. Refusant toutes les vérités pré-établies, rejetant toute théorie ou tout paradigme dont ils auraient accepté la validité à perpétuelle demeure, les universitaires sont toujours en train de questionner leur rapport aux sources, aux manipulations scientifiques, aux données rassemblées, remettant en cause leurs conclusions, leurs lectures, et, pour tout dire, leur propre cheminement intellectuel. Ils s'auto-critiquent, s'auto-évaluent, commentent des erreurs en permanence, en tirent des enseignements au quotidien, et tentent de nouvelles approches. Ils reculent, avancent, accélèrent, ralentissent, etc. Bref, ils sont toujours... en mouvement ! Leurs recherches, et celles de leurs pairs, qu'ils se donnent à lire régulièrement, ne serait-ce que par signe de bonne confraternité, influencent leur manière d'enseigner. Et même si certains de ses ajustements sont infimes, ils n'en sont pas moins réels. En retour, lorsqu'ils enseignent, l'œuvre de synthèse, de simplification (et non de simplisme, comme c'est généralement le cas de la communication politique et médiatique), de mise en relief des grandes structures d'une pensée ou d'une matière (notamment pour les étudiants de première année, qui sont, de loin, les plus demandeurs de clarté et d'ambition du discours) leur offre une occasion extraordinaire de mesurer la justesse de l'orientation prise par leurs recherches personnelles. Souvent, pour ne pas dire toujours, c'est en enseignant que les chercheurs trouvent. Qu'ils ont, au détour d'une phrase, qui doit être claire parce qu'elle s'adresse à des apprentis, ce déclic qui fait tout le sel de leur profession intellectuelle, et qui en une seconde, les remplit d'énergie comme une journée de vacances au soleil. Il en va de l'enseignement pour les chercheurs, comme de l'entraînement pour les sportifs : s'il est correctement compris et pratiqué, s'il repose sur une envie, un désir, voire une passion, il mène à la performance, à la victoire, et pour tout dire, au dépassement de soi. C'est pourquoi la vitesse des enseignants-chercheurs est souvent extrêmement élevée car, sauf lorsqu'ils renoncent à être pleinement ce qu'ils peuvent être, ils sont toujours en train de réfléchir, d'anticiper, de soupeser, de prévoir telle possibilité, telle expérience, telle théorie. Ils pensent à leurs cours lorsqu'ils rédigent leurs articles, et pensent à leurs articles lorsqu'ils professent. Du coup, leur esprit subit de plein fouet l'impact de la relativité einsteinienne : tout ce qui est externe à leur réflexion semble être de l'agitation frénétique, tandis que leur pensée en mouvement est calme, constructive, suivant un raisonnement affranchi de la tyrannie des minutes et des heures, puisque celles-ci se rallongent, donnant tout l'espace nécessaire à leur réflexion en cours. Vous en avez sans doute fait l'expérience, (ou les frais) : il est inutile de s'adresser à un enseignant-chercheur qui rédige un article ou prépare un cours, il ne vous répondra pas. Et pour cause : de son point de vue, vous n'êtes qu'une ombre agitée, une tempête indistincte, un stroboscope irritant, un transitor crachotant un babil dissonnant et incompréhensible. A bord de son vaisseau intérieur qui le propulse à la vitesse de la pensée vers l'édification d'un nouveau discours, la découverte d'une nouvelle molécule, fussent-ils inutiles (donc fondamentaux) la Terre elle-même n'est plus qu'un pixel insignifiant se perdant dans le bruit de fond cosmologique. Mais, bien sûr, cela a un prix très élevé : quand l'enseignant-chercheur revient au réel, après voyagé à toute vitesse dans le foisonnement des possibilités, il risque fort d'être désorienté. En effet, si de son point de vue il ne s'est écoulé que deux ou trois heures, le monde extérieur semble avoir radicalement changé : l'Université est en danger, elle doit répondre à des exigences impérieuses de rentabilité, elle doit « produire » des actifs, former des professionnels, des spécialistes prêts à l'emploi ; elle doit réduire ses dépenses de façon drastique, elle doit abandonner ses habitudes de fonctionnement. Surtout, elle doit accepter, au nom d'une prétendue équité, une évaluation venue de l'extérieur et tissée d'arbitraire. Alors, l'enseignant-chercheur doit quitter sa table de travail, mettre en veille son ordinateur, suspendre son raisonnement et ses cours et... se justifier ! Expliquer que, pour lui, trois heures de cours, c'est trois jours de travail ; que, pour lui, 30.000 signes d'article, c'est trois mois de travail ; que, pour lui, 300 pages de thèse, c'est trois ans de travail. Et, bien sûr, il n'y a guère que ses pairs, scientifiques « purs » et « mous », qui acceptent de le croire. Les politiques eux, se moquent, raillent son improductivité, son attachement à cette lenteur qui est, à leurs yeux, une scorie, écho de traditions dépassées. Et parce qu'ils sont au pouvoir, les politiques finissent toujours par « avoir raison » sans jamais avoir raisonné. Ils agissent et passent en trombe largement à côté de l'Université, et atrocement contractés. Et les enseignants-chercheurs à la chaire ou à leurs recherches, se demandent d'où peut bien venir ce courant d'air (ou d'ère) qui éparpille leurs notes et leurs pensées, et les oblige à retarder la publication de leurs découvertes. Pour conclure, il faut rappeler une chose essentielle : plus un esprit va vite, moins il perçoit les changements autour de lui, tel un observateur qui se déplaçant à la vitesse de la lumière percevrait comme immobile un objet qui, pourtant, serait en train de tomber inexorablement vers le sol. Par conséquent, la première leçon de la relativité (aussi hasardeuse et délibérément fantaisiste puisse en être l'interprétation qui en a été faite ici) est la lucidité : les politiques considèreront toujours que leurs réformes sont insuffisantes, voire sans effet, alors même qu'elles transforment inexorablement la matière visée, ici la façon dont les universitaires travaillent ; et, en retour, tous les enseignants-chercheurs croiront toujours que la mise en suspens d'une réforme maladroite équivaut à son gel, voire à son retrait, alors, qu'à la vérité, loin de ralentir, elle continue de se précipiter, bien en-deçà du seuil de leur perceptions, vers son plein accomplissement, telle un astéroïde massif s'écrasant sur un monde auquel il va offrir une belle et revigorante période glaciaire. La seconde leçon de la relativité telle que je l'ai librement interprétée, et qui sera aussi la dernière, est, bien entendu, l'humilité : quelle que puisse être votre position, du côté du gouvernement ou contre celui-ci, pour l'Université ou à l'équerre de ses revendications, vous ne devez jamais oublier que cette position est toujours... relative. Selon le point de vue adopté par ceux qui vous observent, vous passerez pour un indécrottable conservateur ou pour un réformateur insensé. Pour tout dire, la vérité ne sera toujours que d'un seul côté : celui de la lumière.

  • histoires de cochons et de science fiction

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    cochons SF.JPGcochons SF.JPGDes cochons dans l'éprouvette ou comment le goret passa de la charcuterie à la génétique par le biais de la science et de la fiction… orion-sf6.jpgContrairement à ce qu'on pourrait croire, les animaux ont toujours fait partie du bagage thématique de la science-fiction. Mais au final d'autres sujets plus clinquants, tels que les robots, fusées, ordinateurs et autres créatures de métal, tirèrent bien mieux leur épingle du jeu. Ainsi les créatures de poil et de plume, à l'apparence plus humble, passèrent souvent inaperçues. Pourtant, les auteurs ont toujours considéré le règne animal. Citons pour mémoire H.-G. Wells et les animaux cruellement transformés dans L'Île du Dr. Moreau, qui préfigure tout ce que la génétique permettra plus tard de leur faire subir. Songeons aussi à Cordwainer Smith et aux animaux du sous-peuple, ou à ceux de John Crowley. Mais pour aborder notre sujet, c'est à George Orwell et à la fable politique qu'il faut revenir. Pour autant que je sache, si l'on met de côté les cochons des contes, des légendes et des dictons, le premier grand chochon littéraire est un animal politique : Napoléon, le cochon de La Ferme aux animaux. Ce dernier s'impose comme un dictateur dans ce summum de la satire féroce ; une œuvre phare mais pourtant unique, car on n'a plus jamais utilisé le cochon ainsi dans la science-fiction. Il est vrai que le goret s'avère à géométrie plus que variable. le dictionnaire en témoigne : le verrat est un animal à la fois gastronomique, sémantique, symbolique, religieux, plastique et… scientifique. Sous ses formes dodues se dissimulent autant d'expressions populaires que de saucisses et de côtelettes : bref, non seulement tout est bon dans le cochon, mais il est bon à tout et, grâce à lui, on peu toucher aussi bien les enfants que les adultes, jeter sur la société le regard le plus sérieux qui soit ou au contraire s'embarquer dans la folie la plus débridée. On peut, si on le désire, aussi bien provoquer le rire que la peur. Car contrairement à ce que l'on croit, le suidé n'est pas que rose. Il ne l'est pas dans la nature (ainsi que le montrait récemment (1) un numéro du magazine Ça m'intéresse, photos à l'appui) où il arbore diverses couleurs de poils. Il ne l'est surtout pas dans l'imagerie populaire. Le cochon, en effet, dans le folklore collectif, est tout noir ou tout blanc. Impur dans l'islam, il est consommé de la queue au museau en occident, où l'on fait des festins de charcutaille. Omnivore comme l'homme, il est consommé entièrement par ce dernier — et accusé dans les contes de dévorer les enfants, qui reçoivent à leur tour des nourins en plastique ou en plâtre qu'on les invite à remplir de pièces de monnaie… Autrement dit, il est tout, ou il n'est rien. Énorme et bien en chair, on le vide. petite et en matière artificielle, on le remplit. Mais surtout, on le contrôle. Et si on veut le posséder, le maîtriser, c'est que quelque part il effraye. Le cochon, plus que le loup, ou même l'ours, est le double de l'homme. Et s'il lui ressemble, ce n'est, hélas, pas par ses qualités, mais par ses défauts, presque aussi nombreux que les chapelets de saucisses et de jambons qu'il promet aux estomacs affamés. Supposé sale, le porc est accusé de posséder en sus les plus bas instincts de l'homme. C'est à un certain Charles Monselet que l'on doit la phrase qui assure qu'il y a "en chaque homme un cochon qui sommeille". Traité de cochon, l'homme est méprisé — le "cochon de payant" — ou doté de traits de caractère peu prisés : trop têtu, il a "une tête" ou "un caractère de cochon", sournois, il joue "des tours de cochon", blessé sans être un héros il saigne "comme un cochon". Qui ne veut pas vous fréquenter vous signifie que "nous n'avons pas gardé les cochons ensemble". Et depuis que l'expression est apparue dans la Bible (Mathieu, 7,6), l'homme considérant que ce qu'il a dit ou produit ne sera pas apprécié à sa juste valeur parlera de "jeter des perles aux pourceaux", ou "de la confiture aux cochons". Ce qui prouve que les cochons et les hommes ont le même régime alimentaire depuis un bon bout de temps… C'est peut-être parce qu'il nous est trop proche que le cochon n'a pas été le premier animal domestique cloné. Bien sûr, les scientifiques savent déjà comment produire plusieurs individus à partir d'un embryon, et l'expérience a déjà été tentée sur d'autres mammifères, donc, sur le cochon. Mais c'est Dolly la brebis qui a été le premier animal cloné à partir d'une cellule d'un animal adulte. D'où la satisfaction des scientifiques, ainsi que l'affolement des journalistes (toujours en manque de trucs idiots à raconter) et de certains de nos contemporains, mal renseignés, pour qui le mouton est nécessairement un animal docile, qui suit Panurge et que le loup dévore. Du coup, Dolly a suscité des visions de hordes d'humains manipulables à volonté par des dictateurs revenus d'entre les morts… Je ne suis pas sûre que les réactions auraient été les mêmes si l'animal cloné avait été un goret. Pour le moment, on a aussi cloné, selon la même méthode, des singes — mais la presse française en a assez peu parlé — et des vaches. Le singe est encore plus proche del'homme que le cochon, et on sait que la vache s'avère aussi placide que le mouton est docile. Elle est condamnée soit à regarder passer les TGV, soit à devenir folle — d'où son peu de succès médiatique. Pour le moment, rien ne semble se passer pour le cochon. Pourtant, c'est à lui que l'avenir biotechnologique appartient. C'est lui dont les organes sont les plus proches par la taille et la place dans le corps, des nôtres. C'est lui qu'on pourrait cloner et modifier génétiquement pour qu'il produise des organes destinés à remplacer ceux qui nous feraient défaut, cf. la nouvelle de Brian Stableford "Que peut bien vouloir Chloé ?" (in Galaxies n°6) qui n'a pu paraître dans ces pages. Ce qui a permis à son auteur de nous écrir un autre texte où l'avenir des hommes et des cochons est envisagé sous un angle des plus surprenats, où le jeu sur la langue compte autant que les spéculations d'ordre biologique. AVec Serge Lehman, nous entrons dans le domaine des mythes et des légendes. Deux autres auteurs, Esther Friesner et Roland C. Wagner, se sont attachés — si l'on peut dire — aux aspects légers du cochon. Mais avec Ian Lee, que certains d'entre vous ont peut-être déjà lu dans l'anthologie Century XXI (Encrage), Eugene Byrne et Thomas Day, c'est la technologie et ses possibilités plus ou moins effrayantes qui l'emportent. Cette anthologie pose en fin de compte une question fondamentale : le cochon est-il l'avenir de l'homme ? Il n'y a qu'une seule réponse : qui vivra verrat.
  • l'ecriture de la sf

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