En nous contant l'existence de trois enfants, puis trois adultes, dans un monde où les repères familiers ont disparu, Robert Charles Wilson s'approche avec Spin d'un Douglas Coupland ou d'un William Gibson. Récit humaniste, son roman rapproche la science-fiction de la littérature blanche.. Magistral.
Ceux qui ont lu Bios, Les Chronolithes, Darwinia ou Blind Lake ont déjà eu une démonstration du talent de conteur de Robert Charles Wilson, et l'expression, souvent facile, convient parfaitement ici, à l'écriture de Wilson. En effet l'américain est un des rares auteur dans le domaine de la science-fiction à être capable d'un tel investissement humain dans les situations souvent hautement science-fictives (c'est le cas de le dire) qu'il décrit.
De la disparition de l'Europe, remplacée par un mystérieux "continent sauvage" de Darwinia, à la découverte d'un écosystème mortel dans Bios, en passant par l'apparition inexpliquée de mégalithes dans Les Chronolithes, sans oublier la relation temps/espace, être humains/extraterrestres, observateurs/observés, de Blind Lake, Robert Charles Wilson place toujours l'humain avant l'idée, ou plutôt: il sait se mettre à la place d'une humanité désarçonnée face à des concepts qui la dépassent et qu'elle tente, tant bien que mal, de gérer.
En ce sens, Spin fait une fois de plus honneur à cette tendance humaniste tout en bénéficiant d'un supplément de talent. En effet, avec ce nouveau roman, on dirait bien que Wilson soit au sommet de sa forme.
Le soleil transformé en naine blanche
L'histoire est simple. Une belle nuit d'hiver étoilée, trois enfants, deux jumeaux garçon et fille et leur petit voisin, jouent sur une pelouse enneigée pendant que les adultes font la fête dans la maison. Soudain, et vraiment soudain, les étoiles justement, disparaissent ! Au matin pourtant, le soleil se lève comme tous les jours. Le père des jumeaux, employé dans une branche parallèle de l'aérospatiale découvre quelques jours après cet évènement qui déclenche bien évidemment une panique mondiale, que la terre est entourée d'une membrane opaque qui la coupe - ou la protège ? - du reste de l'univers. Pourtant, premier mystère, l'astre de vie qui continue de tourner autour de la terre dans un cycle immuable est un faux soleil. Une projection destinée à maintenir la vie biologique sur terre.
Deuxième mystère, le temps de l'autre côté de la membrane s'est brutalement accéléré. De fait, le cosmos indifférent continue de vivre sans les terriens et le vrai soleil, de son côté enfle et risque d'atteindre bientôt son point de fusion. Celui qui le transformera en naine blanche et carbonisera la terre. A partir de ce moment, les enfants, Jase, sa sœur Diane et Tyler, comme le reste de l'humanité, vont devoir apprendre à vivre, grandir, assumer des responsabilités, croître et prospérer, avec la conscience de cette absence et cet implacable compte à rebours.
Apocalypse soft
Certains verront certainement dans ce scénario, un effet miroir avec le Axiomatique de Greg Egan. Et pourtant, Spin n'a rien à voir. Nulle recherche d'explication métaphorique d'un concept scientifique (la physique quantique et ses effets sur le réel, chez Egan) dans le livre de Wilson. Plutôt la chronique douce amère d'une apocalypse soft. Et comment toute une génération devra, non seulement vivre avec, mais aussi faire des choix de vie dans un contexte extrême et bien sûr, parce que pour Wilson l'humanité est un puits de ressource et de survie, trouver une solution pour s'en sortir.
Dans Spin, la relation au monde de Tyler, Jase et Diane, explique bien ce que nous vivons en temps qu'être humains au 21ème siècle (et en tant que lecteurs de SF), du micro au macro : La science-fiction dans Spin, comme dans nos vies, n'est qu'une toile de fond, un prétexte, mais elle investit pourtant toute notre existence.
Cependant, au niveau intime et quotidien de nos existences, avec ses soucis, ses responsabilités, ses carrières et obligations, nous avons tendance à l'oublier, et elle est de toute façon bien souvent indécelable. Habilement, Robert Charles Wilson transforme un récit de science-fiction en drame humain (ou l'inverse) et ça, c'est le signe d'un grand auteur.
La présente trilogie ici réunie en un volume, écrite à la fin des années 60, met en scène Morgan Chane, un enfant terrien élevé sur la planète des Loups des étoiles, de redoutables pirates galactiques. Pourchassé par ceux-ci parce qu'il a tué l'un d'eux, il est recueilli par un groupe de mercenaires en compagnie de qui — et notamment de leur chef, John Dilullo — il va vivre trois aventures dans la grande tradition du genre. Que le but de la quête soit une arme fabuleuse, un mode de transport révolutionnaire ou, tout simplement,un bijou merveilleux, il est avant tout prétexte à des aventures endiablées, pleines de bruit et de fureur, où le souffle épique de l'auteur entretient sans peine la suspension de l'incrédulité chère à la S-F en dépit de quelques approximations sur le plan scientifique. De plus, Hamilton trouve le moyen de coller à l'actualité sans en avoir l'air.
Ce livre constitue une aubaine inespérée pour l'amateur de jeux, qu'il soit fasciné par la hasard, la réflexion ou la simulation. Car si le Jeu du Monde qui donne son titre au roman est une sorte de loterie qui peut déterminer la position sociale et, par exemple, reléguer au niveau de non-joueur quelqu'un qui, la veille encore, occupait un emploi important, ce jeu n'est qu'un aspect de cette société du XXIIe siècle qu'un seul adjectif peut qualifier : ludique.