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culture science fiction - Page 2

  • Mon avis sur ce best sellers : Le Vieil homme et la guerre, de John Scalzi

    L'histoire du  Vieil homme et la guerre 

    Le Vieil homme et la guerre, de John Scalzi.jpg A soixante-cinq ans, l'âge requis, John Perry n'est pas le seul à intégrer les Forces de défense coloniale qui engagent de nombreux vieillards pour aller se battre dans l'espace. La Terre suit en effet une politique d'expansion spatiale très agressive, et il lui faut des soldats, de nombreux soldats pour se battre contre les nombreux ennemis extra-terrestres qui n'en ont que faire de l'humanité. Mais pourquoi enrôler des vieillards ? Personne sur Terre ne le sait, car les engagés jamais ne reviennent et l'administration des Forces de défense coloniale compte bien en garder le secret.

    Pour John Perry, c'est l'occasion ultime de vivre une belle aventure, mais comme pour tous les autres il ne sait pas vers quoi il s'engage. Et sa surprise sera grande : une fois enrôlé et envoyé sur une base spatiale en orbite les scientifiques militaires lui remplacent tout simplement son corps contre un tout neuf bien plus performant. De plus ils lui intègrent une sorte de PDA intelligent dans le cerveau qui lui permet d'accéder à toute info et de communiquer avec quiconque à tout moment. Dix ans il servira dans l'armée, après, s'il survit, il pourra devenir colon sur l'une des planètes éloignées de la galaxie. L'entraînement commence, rudement, car comme on le répète tout le temps aux "jeunes" recrues, la guerre contre les ennemis de l'espace sont bien plus mortels que toutes celles connues sur Terre. John Perry trouve rapidement un goût insoupçonné pour les affaires militaires.
    Et très vite il envoyé sur les champs de bataille. mais John Perry est loin de s'imaginer encore toutes les horreurs qu'il y rencontrera...

    Critique du livre

     
    Le Vieil homme et la guerre, le premier roman de l'écrivain américain John Scalzi, a été accueilli dès sa sortie en 2005 par un bon succès critique et populaire. Dans le genre de la science-fiction militariste et du space-opera, ce roman est en effet un superbe roman dans son domaine, renouvelant largement tout ce qui a été fait auparavant dans le même domaine. Efficace et simple à la fois, le lecteur suivra avec grand plaisir l'itinéraire de John Perry, ce sexagénaire en partance pour une nouvelle vie, un nouveau corps et une nouvelle jeunesse en échange d'un engagement dans une guerre sans fin se déroulant aux quatre coins de la galaxie. Quelques questions philosophiques et éthiques viennent du fait même de l'intrigue augmenter ce roman qui s'axe vite sur l'action militaire et qui ne laissera aucun temps mort jusqu'à la fin, pour en faire un divertissement hors norme.
    Toutefois, il s'agît bien d'un premier roman non dénué de défauts, dont certaines incohérences concernant l'univers proposé, principalement dues à un manque de justifications, et un humour (pire dans la version française que dans l'originale) qui ne convainc guère. De plus, alors que tous les ingrédients sont là pour en faire un puissant texte antimilitariste, l'auteur ne semble hélas pas réussir à pousser son message jusqu'au bout.
     
    Quatre romans de John Scalzi se déroulent dans le même univers que celui de ce roman : Le Vieil homme et la guerre (Old Man's War, 2005), Les Brigades fantômes (The Ghost Brigades, 2006), La Dernière colonie (The Last Colony, 2007) et Zoé (Zoe's Tale, 2008).
     
    Le Vieil homme et la guerre est malgré de nombreux défauts un roman de science-fiction et de space-opera très efficace, haletant à souhait et non dénué de certaines réflexions éthiques et philosophiques. Ce livre est à conseiller à tous les amateurs de science-fiction d'action.

  • Suite de la lecture de : TAZ de Hakim Bey

    TAZ 2.JPGDans TAZ il y a « autonome » : dans son essai, Hakim Bey appelle, non pas à la révolution mais au soulèvement permanent (où il y aurait selon lui plus de liberté, plus d’autonomie, plus d’invisibilité) avec actions directes et temporaires. Un exemple récent parmi d’autres : en 2004 lors du A31 à New York des activistes (des « pirates urbains » diront les journalistes) partent à l’assaut des symboles du pouvoir représenté par les républicains et notamment Georges W Bush et décident de bloquer le moindre déplacement des délégués de la convention républicaine. D’autres actions d’envergure ont vu le jour ces dernières années, au Chiapas ou en Corée du Nord notamment ou encore dernièrement en Tunisie (à ce propos lire sur le site écrans le portrait de Slim Amazou, « ex-cyberdissident, figure de proue de la révolte qui a renversé le président Ben Ali en Tunisie, et qui a été propulsé secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports quatre jours après sa sortie de prison au début de l’année 2011. (…) Il cite ses références. Hakim Bey et les TAZ (…) qui ont inspiré les jeunes Tunisiens lors des flashmobs, ces rassemblements éclairs diffusés sur Internet »). Pour ceux qui aimeraient découvrir d’autres TAZ, je leur conseille de visionner Fourth world war, ce documentaire (devenu culte lui aussi) dans lequel le réalisateur, Rick Rowley, est parti dans le monde entier à la recherche des TAZ qui ont réussi. Jetez également un oeil à cet article de Wikipédia qui présente le quartier autogéré de Copenhague, Christiania fondé en 1971 mais qui aujourd’hui est en train d’être récupéré par l’État.

    Des articles sur le livre d’Hakim Bey et sur les TAZ, vous en trouverez partout sur la toile et c’est assez impressionnant de voir comment ce texte (assez court d’ailleurs mais la lecture est intense) a été retourné dans tous les sens, a été servi à toutes les sauces et a servi à de nombreuses causes (nobles et moins nobles). À signaler aussi que l’émission Tracks sur Arte lui a également été consacrée en 2004 (avec jeu de piste et chasse au trésor, pirates et « invisibilité » obligent). Voilà vous êtes parés je crois.

    N’étant pas un spécialiste des TAZ ou d’Hakim Bey j’ai pu ici et là faire fausse route. Si c’était le cas n’hésitez pas à me le faire savoir. Ce billet est d’ailleurs ouvert à tous commentaires, illustrations, témoignages. Je tiens enfin à remercier toutes celles et tous ceux qui m’ont aidé à le préparer.

    Hakim Bey, TAZ Zone Autonome Temporaire, L’éclat 

  • Avis sur : TAZ de Hakim Bey

    TAZ.JPGAvant toutes choses je tiens à signaler que TAZ d’Hakim Bey a été traduit de l’anglais par Christine Tréguier avec l’assistance de Peter Lamia & Aude Latarget. Si le texte original est apparu pour la première fois en 1985, il a été publié en 1991 aux États-Unis puis en mai 1997 en France aux Éditions de l’Éclat (lire le billet consacré à cet éditeur sur ce blog en novembre 2009). Aujourd’hui l’éditeur français en est à sa 8e édition bien que tous les écrits d’Hakim Bey soient libres de droits et que, selon les voeux de l’auteur et de l’éditeur, le texte original de ce livre puisse être librement piraté et reproduit (sous réserve d’information préalable auprès de l’éditeur). Enfin, TAZ est le premier titre des éditions de L’éclat à être fabriqué en ePub par Sébastien Cretin d’ePagine et à être commercialisé dans ce format ; d’autres arriveront dans les prochaines semaines. Je vous tiendrai au courant.

    Avec TAZ (Temporary Autonomous Zone ou Zone Autonome Temporaire) Hakim Bey est devenu en une bonne vingtaine d’années un des personnages les plus emblématiques de la contre-culture dans le monde (d’autres essais et articles ont été écrits depuis). Libertaires, altermondialistes, anarchistes, hackers, cataphiles, créateurs, tagueurs, raveurs, internautes, squatters, tous lui vouent un véritable culte depuis la publication de son essai, un culte qu’il a lui-même alimenté en choisissant de créer ce personnage d’Hakim Bey (presque personne ne sait où vit celui qui se cache derrière ce pseudonyme) afin, dit-il, de se protéger mais aussi pour créer du mystère.

    Subversif, sujet à polémiques, à la fois visionnaire, utopiste et radical (il condamne par exemple la famille pour prôner la bande et il est également contre l’alphabétisation), Hakim Bey fait souvent référence dans ses écrits à Thoreau, Foucault, Baudrillard, Nietzsche, aux grands maîtres soufis ; il est également féru de chamanisme et de tantrisme et il s’intéresse de près aux sociétés totémiques du XVIIIe. S’il se défend d’être un gourou, un porte-parole ou un maître à penser, néanmoins des milliers d’hommes et de femmes dans le monde, après avoir lu TAZ, ont cherché à appliquer ce qu’il défend dans son essai, à faire tomber les barrières et à créer leur propre zone temporaire (que la raison du soulèvement soit politique, sociale, artistique…). De la même manière, s’il n’a jamais voulu « construire un dogme politique », s’il s’est « délibérément interdit de définir la TAZ » (elle « est quasiment auto-explicite (…) comprise dans l’action ») et a plutôt cherché à définir un « archétype » de la TAZ en partant de la colonisation du Nouveau Monde au XVIe jusqu’au XXe en passant par les pirates au XVIIIe (qui sont le vrai coeur de l’essai) ou la première TAZ moderne avec D’Annunzio et l’État libre de Fiume (aujourd’hui Rijeka en Croatie), les lecteurs du monde entier se sont très vite emparés du texte, de ses phrases et de ses idées – quitte d’ailleurs à les lire de travers, quitte à les recracher comme « des perroquets » (ce qu’il écrit dans une des annexes).

     

    Si les TAZ ont commencé à voir le jour sur les mers, dans les terres, dans la rue, sur les places ou dans les villes, aujourd’hui de nombreuses communautés et groupes libertaires et anarchistes créent des TAZ sur le Web et utilisent cet outil comme support logistique à la TAZ (« sommairement parlant, on peut dire que la TAZ existe aussi bien dans le monde réel que dans l’espace d’information. », écrit-il). Il est d’ailleurs très intéressant de lire ce qu’Hakim Bey pouvait écrire dans les années 80 alors qu’il réfléchissait à la notion de contre-culture sur Internet : « mon intuition me dit que le contre-Net est déjà en gestation, qu’il existe peut-être déjà – mais je ne peux pas le prouver. J’ai fondé la théorie de la TAZ en grande partie sur cette intuition. Bien sûr le Web implique aussi des réseaux d’échange non informatisés comme le samizdat, le marché noir, etc. – mais le vrai potentiel de la mise en réseau non hiérarchique de l’information désigne l’ordinateur comme l’outil par excellence. »

     

    Dans TAZ il y a « temporaire » : par définition les TAZ ne sont pas prévues pour durer (lire à ce propos le chapitre sur les pirates au large de Madagascar), le principe étant donc de mettre en place une zone puis, une fois les actions directes effectuées, de la détruire pour en construire une autre ailleurs (lire aussi le chapitre sur la tactique de la disparition). Ainsi Hakim Bey recommande la TAZ « parce qu’elle peut apporter une amélioration propre au soulèvement, sans nécessairement mener à la violence et au martyre. La TAZ est comme une insurrection sans engagement direct contre l’État, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d’imagination), puis se dissout, avant que l’État ne l’écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l’espace. »

     

    à suivre